ColmarJazz Festival

Jazz en puissance !

En 2018, une
nouvelle équipe a
pris en charge la
gestion du Colmar
Jazz Festival. Un
nouveau format et
une programmation ambitieuse qui invitent de grands noms sur la
scène musicale colmarienne.

Désormais Colmar et son Festival de Jazz font le buzz avec une
programmation forte et les liens tissés avec d’autres grands
festivals en France, mais aussi au Luxembourg. Colmar devient
« the place to be » pour les artistes, les programmateurs, les curieux
et même, l’équipe en est convaincue, ceux qui n’ont pas l’oreille
« Jazz ».

Soirée inaugurale, le vendredi 13 septembre à la Salle Europe
(gratuite sur réservation). En 1re partie, M’Scheï avec Matthieu
Scheidecker, un groupe de musiciens aguerris et accros à la scène
qui aiment les espaces susceptibles d’accueillir leur musique
originale et audacieuse. Cette première soirée du festival invite
d’emblée un grand nom du Jazz, avec le Bluesman, Big Daddy
Wilson, chanteur américain de « blues rural engagé » et auteur-
compositeur.

Le 20 septembre sur la grande scène du Parc des expositions, ils
sont quatre pour relever le challenge du mariage entre musique
urbaine et jazz, Weare 4 : Sly Johnson, André Ceccarelli, Laurent
de Wilde, Fifi Chayeb. En 1re partie, le gagnant du Tremplin de
l’édition 2018, Obradovic Tixier Duo.

Le lendemain, samedi 21 septembre, toujours au Parc des
expositions, l’incontournable Thomas Dutronc & Les esprits
manouches. En 1re partie, Foehn Trio, qui vous emmènera dans un
voyage musical empli d’émotions et de complicité.

Avec l’ambition de séduire de nouveaux publics, le Festival va à sa
rencontre : jusqu’au Tanzmatten à Sélestat, mardi 17 septembre
avec Sylvain Luc & Stéphane Belmondo.

De même, la collaboration est plus étroite avec le OFF au Grillen
qui, depuis plus de 15 ans, propose de nombreuses découvertes
avec ses concerts gratuits : jazz innovant, musiques improvisées,
etc.

Le message est clair : du Jazz pour tous et partout dans la ville !
Déambulation, Apéros Jazz, Ciné concert, Master Class,
Expositions, partenariat avec des scolaires… Alors surtout ne rien
s’interdire, de toute façon, l’interdit provoque le désir !

Colmar Jazz Festival 

du 1er au 23 septembre 2019

Tout le programme et la billetterie sur 

festival-jazz.colmar.fr

Etre soldat de Hitler

A l’occasion du 80e anniversaire du
début de la Seconde guerre
mondiale, Benoit Rondeau,
biographe de Rommel et de Patton
nous propose de côtoyer non pas
les grands chefs mais tous ceux qui
furent mobilisés pour défendre le
Reich de mille ans du Führer. Du
désert libyen au front russe, des U-
Boot à la bataille d’Angleterre,
l’ouvrage aborde avec intelligence
la grande diversité de ces
Allemands qui ont servi dans la Wehrmacht et la SS. Des rations
alimentaires à la vie quotidienne en passant par l’endoctrinement,
Benoît Rondeau déconstruit le mythe d’une armée de nazis
fanatiques sans pour autant omettre leurs crimes – dans un
chapitre fort intéressant au demeurant – et propose une variété
de portraits, allant des braves types venus des campagnes de Saxe
ou de Thuringe aux SS fanatisés en passant par les témoignages de
chefs restés célèbres comme Heinz Guderian, théoricien du
Blitzkrieg ou Erwin van Manstein dont la légende est écornée à
juste titre d’ailleurs.

Il y a dans ces pages des témoignages touchants d’hommes
ordinaires plongés dans des situations extraordinaires, broyés par
une guerre trop grande pour eux, qui les dépassa et dans laquelle
ils furent des milliers à y laisser leurs vies après y avoir enduré
mille souffrances. Mais il y a aussi ces mots terribles de soldats
engagés notamment sur le front russe. Fourmillant d’informations
édifiantes comme l’utilisation de méthamphétamine, cette drogue
servant à stimuler l’ardeur au combat des soldats ou de ces chiens
écorchés à Stalingrad pour en faire des gants, l’auteur nous
montre que l’histoire des hommes s’écrit rarement en noir et en
blanc.

Par Laurent Pfaadt

Benoit Rondeau, Etre soldat de Hitler,
Chez Perrin, 600 p.

Conversations entre adultes, Dans les coulisses secrètes de l’Europe

Janvier 2015. Ministre des finances
du gouvernement grec durant la
crise économique qui frappa le pays
et fit craindre une sortie de la
Grèce de la zone euro, Yanis
Varoufakis assista pendant sept
mois en spectateur médusé aux
sommets européens qui décidèrent
du sort de son pays. Ses notes
prises dans le plus grand secret,
décrivent sans concessions, un
monde où règne hypocrisie et
duplicité, bien loin des préoccupations humanistes
requises à ce niveau de responsabilité. Passant de Bruxelles à
Athènes, l’ouvrage permet également de mesurer les rapports de
force en Europe et de prendre conscience un peu plus de
l’effacement des idéologies dans un monde en changement soumis
définitivement aux lois de l’argent.

L’ouvrage qui devrait être adapté au cinéma par Costa-Gavras
raconte ces moments tantôt ubuesques, tantôt tragiques. Ces
discussions pourraient prêter à sourire sauf qu’ici se décida, entre
quelques-uns, du sort d’un pays, d’un continent et de plusieurs
millions de personnes. Ici l’Histoire avec un grand H prit
certainement une direction irréversible. En y pensant, cela fait
froid dans le dos. Au lendemain des élections européennes, voilà
donc une lecture nécessaire.

Par Laurent Pfaadt

Yanis Varoufakis, Conversations entre adultes,
Dans les coulisses secrètes de l’Europe,
Chez Babel, Actes Sud, 544 p.

 

L’espion et le traître

L’histoire qui semble sortie tout
droit d’un roman de John Le
Carré ou de Robert Littell est
d’autant plus effrayante qu’elle
est véridique. Pur produit d’une
famille qui a servi sans ciller le
KGB, Oleg Gordievsky entra à
son tour dans la carrière d’espion
avant de faire défection. De
cette histoire, l’écrivain Ben
MacIntyre qui a recueilli pour la
première fois les témoignages
des acteurs de cette incroyable histoire, en a tiré un document
digne des meilleurs thrillers.

Gordievsky devient alors un agent double. Tout en travaillant pour
les Anglais qui l’ont recruté à Copenhague, il donne le change
auprès des Soviétiques grâce aux infos distillées par le MI6. Sorte
de Philby soviétique, son histoire est racontée avec un rythme tel
qu’il est impossible de lâcher ce livre, best-seller en Angleterre et
qui devrait bientôt devenir une série télévisée. Mais n’est pas
Philby qui veut et Gordievsky le comprit très vite. Car les traîtres
sont partout. Il lui fallut ainsi s’arracher des griffes du KGB et son
passage définitif à l’Ouest lors de l’opération Pimlico est l’un des
passages les plus incroyables du livre. Alors oubliez tout et
plongez d’ce récit incroyable qui vous transportera des ors du
Kremlin au coffre obscur d’une voiture à la frontière finlandaise,
du 10 Downing Street à de ludiques parties de badminton en
compagnie de personnages à la fois brillants et médiocres d’une
guerre froide à qui il ne reste que quelques années à vivre.

Par Laurent Pfaadt

Ben MacIntyre, L’espion et le traître,
Aux éditions de Fallois, 416 p.

Classé sans suite

Chaque livre est une forme de
musée. Il permet de se souvenir mais
surtout de ne pas oublier. Consacré
livre de l’année par le magazine Lire,
le roman de l’écrivain italien Claudio
Magris, auteur de l’inoubliable
Danube, revient dans ce roman qui
tient parfois de l’essai, sur un
épisode peu connu de la seconde
guerre mondiale : la présence à
Trieste d’un camp de la mort – le
seul sur le territoire italien – où juifs
et opposants politiques furent
enfermés et exécutés notamment
via un four crématoire. Là-bas, les détenus gravèrent sur les murs
du camp les noms de leurs bourreaux, noms consignés dans de
petits carnets.

La narratrice de ce roman, petite-fille d’une prisonnière du camp
au passé trouble, raconte la volonté d’un professeur d’établir à
partir de ces carnets, un musée de la guerre pour montrer
l’horrible ingéniosité des hommes. Cette quête muséale se double
vite d’une quête personnelle en même temps que d’un combat
contre l’oubli de cette ville qui classa sans suite la mort de ce
professeur et de son projet pour la vérité. Du poignard qu’il fut, le
stylo devient ainsi, dans la main de Magris, ce burin destiné à
gratter la chaux d’un mensonge qui, même s’il est partagé par tous,
n’en demeure pas moins un mensonge.

Par Laurent Pfaadt

Claudio Magris, Classé sans suite,
Chez Folio, 480 p.

 

Hommages et récits

Alors que vient de mourir Zhang
Jian, l’un des leaders de la révolte
étudiante de Tiananmen en
1989, durant laquelle il fut
blessé, paraît une anthologie de
témoignages et de récits
célébrant les trente ans de la
révolte étudiante qui secoua la
Chine et le monde. Rassemblées
par Vincent Hein, présent là-bas
et auteur remarqué du récent
Kwai (Phébus), l’ouvrage
regroupe des contributions d’intellectuels chinois et
occidentaux œuvrant pour que ce massacre ne reste pas impuni
comme la traductrice Brigitte Duzan ou Sébastien Lapaque, Prix
Goncourt de la nouvelle 2002.

Se croisent ainsi les voix des écrivains Xue Yiwei et Bei Dao, et
surtout celle de Liu Xiaobo, Prix Nobel de la paix 2010 présent sur
la place Tiananmen en mai-juin 1989 et disparut depuis deux ans,
presque jour pour jour, qui dans son poème la place étouffante
évoque « cette place étouffante/Bondée de foule et de cris/En un
instant seulement/S’évacue comme du mercure ».
Le mercure ne
quitte jamais le corps après ingestion. Cette foule de spectres sera
à jamais à l’intérieur de la Chine. Et le mercure continue de couler
notamment à Hong Kong. Pour ne pas oublier donc.

Par Laurent Pfaadt

Tiananmen, 1989-2019, Hommages et récits,
Chez Phébus, 192 p.

Le chant des revenants

Ce roman
incroyable où la
féerie et le
cauchemar
dansent en
permanence ne
vous laissera à
coup sûr pas
insensible. Jesmyn
Ward, double
lauréate du
National Book
Award notamment pour ce livre, l’une
des plus prestigieuses récompenses littéraires qui couronna
notamment des auteurs tels que William Faulkner, Philip Roth,
Jonhatan Franzen ou Colson Whitehead, nous embarque dans une
incroyable odyssée, celle de Léonie, une mère droguée et de ses
enfants dont Jojo vers le pénitencier de Parchman, la plus grande
prison du Mississippi bâtie sur une ancienne plantation et où se
trouve son compagnon qui s’apprête à être libérer.

Ce voyage vers le nord de l’Etat va très vite s’apparenter à une
plongée dans un passé douloureux, celui de la condition des Noirs
aux Etats-Unis. Et à la manière des harpies grecques, les fantômes
de ces jeunes garçons noirs incarcérés à Parchman dont Richie
qu’a connu le grand-père de Jojo viendront rappeler aux
voyageurs que malheureusement le passé ne meurt jamais.
Récemment couronné par le Grand prix des lectrices d’Elle, ce
livre absolument poignant et le fantôme de Richie vous hanteront
longtemps. Alors précipitez-vous pour écouter le chant des
revenants
. Vous y entendrez certainement des échos de la grande Toni Morrisson.

Par Laurent Pfaadt

Jesmyn Ward, Le chant des revenants,
Chez Belfond, 272 p.

2312

L’auteur de la désormais cultissime
trilogie martienne revient avec un
nouveau monument tout aussi
intense. Après Mars, c’est au
système solaire dans son intégralité
que s’attaque Kim Stanley
Robinson, un système qui a survécu
tant bien que mal au changement
climatique et dominé par des
intelligences artificielles, ces qubes
implantées dans les humains. Swan,
une jeune femme, vient d’hériter de
l’entreprise d’Alex, sa grande belle-mère décédée. Mais rapidement,
elle se rend compte que cette dernière développait des projets
alternatifs qui ont certainement précipité sa mort. Aidé de
quelques compagnons de route rencontrés au gré de ses voyages
dont le truculent diplomate de Titan, Fitz Wahram, Swan s’engage
alors dans une quête pour découvrir la vérité sur la mort de sa
parente et devient l’ennemi à abattre.

Une fois de plus, le roman devient scénario, celui d’un monde
possible. Comme dans Mars, 2312 est une dystopie écologique à
prendre au sérieux. Le roman qui a reçu le prix Nebula du meilleur
roman 2012, l’une des plus importantes distinctions littéraires du
genre, devrait donc ravir les amateurs du genre aussi bien que
ceux qui se demandent à quoi ressemblera notre galaxie dans trois
siècles.

Par Laurent Pfaadt

Kim Stanley Robinson, 2312, Babel,
Chez Actes Sud, 624 p.

Jeu blanc – Obasan

Les deux faces de la même médaille,
celle du racisme canadien à
l’encontre des étrangers et des
Amérindiens. D’un côté le récit
familial d’une canadienne d’origine
japonaise, Naomi Nakane, enfant de
déportés japonais de Colombie-
Britannique forcés de travailler
dans les champs de betteraves de
l’Alberta. De l’autre, l’assimilation
forcée de Saul Indian Horse dans
ces internats des années 1970 où
son indianité fut méprisée. Deux
êtres suspectés d’être des menaces
pour la nation canadienne. Mais un seul destin, celui d’avancer
coûte que coûte. Chacun y développa ses armes : le hockey sur
glace, véritable sport national au Canada dont Saul Indian Horse
devint vite un prodige. Le travail de mémoire pour Naomi. Leurs
combats oscillèrent en permanence entre résilience et déchéance.
Ici, plus qu’ailleurs, l’expression « l’enfer c’est les autres » prend
tout son sens.

Les deux écrivains récompensés pour leurs ouvrages ont tirés de
leurs existences matières à leurs littératures. Deux plumes pour
tracer ce même destin : celle tranchante comme une lame de patin
à glaces pour Wagamese et celle plus ronde et plus méditative de
Kogawa. Leurs récits s’appuient sur deux inoubliables
personnages : la grand-mère de Saul Indian Horse, gardienne de
ces légendes indiennes sur lesquelles Saul allait bâtir la sienne et
Aya l’« Obasan » de Naomi, cette tante que la déportation a
plongée dans le mutisme. La tolérance canadienne n’a pas toujours
été une évidence et conduisit Naomi et Saul à une vie de nomade.
Des excuses officielles concernant le drame des autochtones ont
été nécessaires et aujourd’hui des applications financées par l’Etat
et conçues en partie par Joy Kogawa permettent d’éclairer cet
épisode oublié de la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, le
Canada tente de réparer ces injustices qui, tel un fleuve
infranchissable, traversent les deux livres. Et la littérature est là
pour dire ce qui a été mais surtout, en ces temps de
bouleversements migratoires, pour éviter que l’histoire ne se
répète une énième fois.

Par Laurent Pfaadt

Richard Wagamese, Jeu blanc,
Chez 10/18, 264 p.
Joy Kogawa, Obasan,
Livre de poche, 408 p.

Terminus

Le Terminus est ce moment où
toute vie sur terre sera détruite.
Certains agents qui ont voyagé
dans le temps comme l’agent
spécial du NCIS, Shannon Moss,
le situent vers le XXVIIe siècle. Et
lorsqu’un crime atroce est
commis en 1997, c’est toute
l’existence de Moss qui s’en
trouve bouleversée. Car la
maison où s’est déroulé le
massacre et où vivaient la jeune
survivante disparue et son père,
le principal suspect, lui rappelle des évènements que Moss croyait avoir oublié.

Course poursuite à travers le temps magistralement menée,
Terminus est aussi une enquête policière qui, tel un prisme,
comporte différentes perspectives. Sorte d’épigone de Clarence
Starling du Silence des agneaux, Shannon Moss devra affronter ses
peurs les plus intimes car très vite il s’avère que ces meurtres ont
un lien avec le Terminus. Et celui-ci, sans explications et
inexorablement, ne cesse de se rapprocher. Commencé sur les
chapeaux de roue, ce page-turner aux rebondissements incessants
ne vous laissera, jusqu’au dénouement final, aucun répit.

Par Laurent Pfaadt

Tom Sweterlitsch,
Aux éditions Albin Michel, 448 p.