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Noura Mint Seymali

Si vous ne connaissez ce genre musical que l’on qualifie de rock
mauritanien ou touareg, il faut vous précipiter sur le nouvel album
de Noura Mint Seymali, Arbina. Après un premier album remarqué
en 2014, Noura Mint Seymali confirme tout son talent avec ce
nouvel album enregistré à Brooklyn. Sorte de Marianne Faithfull
sub-saharienne, cette griotte séduit  dès les premières notes avec sa
voix puissante et âpre qui raconte l’histoire de ses ancêtres sous la
forme d’une poésie savamment élaborée en fonction de sa
musicalité.

Elle est accompagnée d’instrumentistes de haut vol notamment son
époux, Jeiche Ould Chighaly, qui a modifié sa guitare électrique
pour donner ce son inimitable et si reconnaissable du rock
mauritanien ou qu’il troque pour le luth Noura Mint Seymali n’est
pas en reste puisque avec son ardîn, cette harpe maure si
caractéristique qui souffle comme un vent brûlant du désert, elle
achève de convaincre qu’elle est une grande artiste.

Laurent Pfaadt

arbina

Arbina, Glitterbeat

 

Souvenirs d’une occupation

© Deutsches literaturarchiv Marbach
© Deutsches literaturarchiv Marbach

L’occupation allemande racontée
par les soldats allemands

Le 10 mai 1940, la Wehrmacht
envahit la France. En un peu moins
de cinq semaines, les troupes du
Troisième Reich écrasent les
armées françaises dans ce qu’il
convient d’appeler aujourd’hui la
bataille de France. Le 14 juin, Paris
tombe. Le 22 juin, le maréchal
Pétain, nouveau chef du
gouvernement, signe l’armistice et
ouvre l’époque du gouvernement
Vichy. Pendant plus de quatre ans,
la France fut divisée entre une zone occupée au nord et une zone
libre au sud, qui fut elle-aussi occupée à partir de novembre 1942.
Des milliers de soldats allemands stationnent alors dans l’hexagone
tandis que les résistances intérieure et de Londres s’organisent.

De nombreux ouvrages ont relaté cette période tragique de notre
histoire y compris du point de vue allemand. Mais il demeure encore
quelques petits trésors épistolaires dénichés dans les archives
fédérales et locales allemandes qui permettent d’apprécier ce que
fut le quotidien des troupes d’occupation pendant ces quatre
années. L’ouvrage d’Aurélie Luneau, Jeanne Guérou et Stefan
Martens n’est cependant pas un livre de plus mais plutôt un album
illustré avec ses lettres magnifiques, pathétiques ou tragiques, ses
photos-souvenirs ou ses croquis. D’une lecture très plaisante, il
entre dans l’intimité de ces hommes, intellectuels, agriculteurs ou
employés, officiers ou simples soldats plongés dans ce conflit.
Durant quatre longues années, le lecteur mesure leur patriotisme,
leurs doutes mais également leur vision d’une France et d’une
guerre qui allaient les changer irrémédiablement. Ils y
rencontreront les joies de la vie française, quelques fois l’amour
mais également le dégoût et pour certains d’entre eux, la mort.

A leur arrivée en 1940, ils sont les héros du triomphe nazi en Europe
et les hérauts de cette nouvelle Europe vantée par le Führer. « Le
coeur de la France est entre nos mains ! Fantastique ! »
écrit ainsi
Arnold Binder, le 14 juin 1940. Jusqu’en 1943, la Wehrmacht vole
de victoires en victoires. Mais à partir de Stalingrad, l’espoir s’étiole
lentement même s’il demeure chez eux un nationalisme marqué par
la propagande. « Non, l’Allemagne ne mourra jamais, même si nous
perdons la guerre »
avoue Heinrich Böll, futur prix Nobel de
littérature, le 29 janvier 1943. Il y a également les rumeurs de
quelque chose d’horrible à l’Est mais les hommes ne disent rien,
certainement en raison de la censure qui surveille les courriers mais
autorise les photographies qui permettent aujourd’hui de mettre
des images sur leurs mots. Seul l’auteur d’Orages d’acier, Ernst
Jünger, critique à l’égard d’Hitler depuis 1933, ose manifester
ouvertement son dégoût concernant le traitement des juifs : « c’est
ainsi que je me suis senti immédiatement gêné de me trouver en
uniforme»
(7 juin 1942) dit-il en voyant des juifs parisiens porter
l’étoile jaune.

L’ouvrage montre également la perception qu’ils ont de Paris et de la
France. On est bien loin des nazis se vautrant dans la luxure
parisienne. Paris est tantôt la ville des arts, tantôt celle de la
débauche. Arrive bientôt la défaite, d’abord à Paris puis à Berlin. Les
uns rencontrèrent leur destin funeste sur le front russe, les autres
reprirent leur vie d’avant après un passage par un camp de
prisonnier.

Reste alors ces histoires singulières vécues par des hommes
ordinaires engagés dans cette guerre. Ces lettres laissent
également entrevoir ces histoires d’amour qui naquirent durant
cette époque de haine de l’autre et qui restent encore aujourd’hui
taboues. A la lecture de l’histoire de Christiane et de Fritz, cette
passion entre cette jeune Française et ce soldat allemand, on
imagine les retrouvailles à venir après le chaos. La lettre de Fritz est
datée du 29 août 1944, soit trois jours après le défilé du général de
Gaulle sur les Champs-Elysées. Mais l’ouvrage ne dit pas si les deux
amants se retrouvèrent comme pour nous signifier que cette lettre
est déjà passée de l’histoire à la littérature.

Laurent Pfaadt

Aurélie Luneau, Jeanne Guérout, Stefan Martens
Comme un Allemand en France,
lettres inédites sous l’occupation, 1940-1944
,
L’Iconoclaste, 2016

Charl du Plessis Trio

plessisAprès un premier
volume fort réussi,
ce nouvel opus du
Charl du Plessis trio
enregistré au festival
Musikdorf d’Ernen,
s’attaque à d’autres
morceaux bien
connus du répertoire
tels que les Quatre
Saisons de Vivaldi, la
fameuse Sarabande
de Haendel rendue
célèbre par le film
Barry Lindon ou la Toccata et fugue de Bach.

On est une nouvelle fois enchanté par cette initiative qui vise à
transcender les frontières parfois trop hermétiques entre musique
classique et jazz.

Les grands classiques de la musique baroque sont réinventés et il
faut dire que la magie opère immédiatement. Cette réinterprétation
est proprement bluffant ici car la composition des oeuvres n’a pas
été modifée mais transformée, jazzifiée en quelque sorte. Et l’on
comprend alors mieux pourquoi ces morceaux traversent les
époques et demeurent immortels.

On en viendrait même à danser sur du Bach…

Laurent Pfaadt

Baroqueswing vol. II,
Claves Records

Le livre du mois

svetlanaLa fin de l’homme rouge

La sortie en poche de l’ouvrage de
Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de
littérature 2016, permet de pénétrer
au cœur du système soviétique.
L’auteur y dissèque avec brio ce
fameux « Homo sovieticus », cet
homme nouveau ainsi que le
basculement de la société soviétique
dans l’ère du libéralisme incontrôlé. A
travers les témoignages de gens
ordinaires, elle montre l’atomisation
d’un peuple passé d’une idéologie à une autre.

Svetlana Alexievitch nous dépeint ce basculement brutal entre deux
systèmes politiques que tout opposait mais qui au final se
ressemblent tellement car ils ont voulu tous les deux faire table rase
du passé et créer un homme nouveau. Livre choral, la fin de l’homme
rouge
se fait le porte-parole de ces milliers d’êtres humains qui ont
vu leur vie et leur histoire bouleversé, passant d’un totalitarisme à
un autre.

Laurent Pfaadt

Svetlana Alexievitch,
La fin de l’homme rouge,
Babel, Actes Sud

Dans l’ombre de Poutine

Poutine © RIA NOVOSTI
Poutine © RIA NOVOSTI

Un journaliste allemand a suivi le
président russe pendant six ans. 

Il faut dire que le président russe aux
commandes de l’une des plus grandes
puissances mondiales depuis plus de
quinze ans, n’a pas bonne presse en Occident : faiseur de guerres, pourfendeur des droits de l’homme,
maître-chanteur économique ont été depuis toutes ces années, les
qualificatifs les plus utilisés pour décrire celui que l’on présente
souvent comme l’héritier des tsars rouges.

Le journaliste allemand, Hubert Seipel, est parti sur les traces de cet
homme qui constitue toujours, alors qu’il nous semble si familier,
une énigme. Pendant six ans, il a suivi le président russe, pénétré son
intimité, son idéologie et analysé ses choix politiques qui
apparaissent à la fois d’une extrême limpidité et d’une incroyable
complexité. Puisant dans le passé personnel et politique de cet
homme, Hubert Seipel est descendu jusqu’aux tréfonds de l’âme
poutinienne qui a fini par se confondre avec l’âme russe. Et en a
ressorti un portrait où la frontière entre objectivité et subjectivité
est parfois difficilement perceptible.

Pour connaître véritablement Vladimir Poutine, il faut revenir à St
Pétersbourg, au début des années 1990 lorsque ce dernier était
adjoint du maire d’alors, Anatoli Sobtchak, figure de proue du
réformisme postcommunisme. Venu des services secrets, Poutine
gère une métropole qui lutte pour sa survie alors que la Russie est
humiliée sur la scène internationale notamment par un Occident
mené par les Etats-Unis. Voilà la matrice de son engagement
politique qui guidera et guide toujours son action et se traduira par
deux idées fortes : revanche sur la scène internationale, fierté
retrouvée sur la scène intérieure.

Afin de parvenir à ces deux objectifs, Vladimir Poutine, fauve
politique qui a fait de l’acribie et de l’embuscade ses maîtres-mots,
s’appuiera sur ses réseaux des services secrets et de St Petersbourg.
Pour preuve, Alexeï Koudrine, Sergueï Ivanov ou Dimitri Medvedev,
les grands hommes de la galaxie Poutine, viennent de la ville de
Pierre le Grand.

A lire Seipel, on découvre avec intérêt l’organisation du système
Poutine côté russe. « Plus de démocratie est en réalité, pour Poutine, la
poursuite d’une stratégie visant à réduire l’influence de la Russie »
écrit
ainsi l’auteur qui déconstruit les mythes des révolutions orange
(Ukraine) et des roses (Géorgie) nées de la simple volonté des
peuples mais plutôt facilitées par Washington. On pensera ce que
l’on veut des Pussy Riot ou de l’affaire Khodokhorski, cet oligarque
qui s’est érigé depuis son bagne en opposant à Poutine et en héraut
des droits de l’homme après avoir contribué à piller l’économie russe
et avoir jeté dans la misère des milliers de ses concitoyens.
D’ailleurs, l’auteur est sans pitié pour ces oligarques qu’il qualifie de
« voleurs ».

Certes, il y a matière à réflexion sur la méthode Poutine, partisan
d’un état fort qui trouve sa traduction dans une verticalité du
pouvoir qui rappelle son ancêtre soviétique et dans le renouveau
d’un nationalisme appuyé sur un christianisme orthodoxe dont il a
résorbé le schisme russe. Le livre montre un président animé de
convictions, parfois plus modéré que la société qu’il dirige comme
par exemple sur la question de l’homosexualité mais également
tactique, n’hésitant pas à mobiliser la morale comme dans l’affaire
des Pussy Riot qui renforça sa popularité. Seipel explique que
Poutine est avant tout le président de la Russie avant d’être l’allié de
l’Occident et que, à la différence de l’ère Eltsine, son but n’est pas de
copier l’Occident. C’est peut-être en cela qu’il nous agace car il
montre que la Russie, après une période de bouleversements
majeurs – en cela, l’auteur rappelle la gestion en tout point
exemplaire de la division nucléaire du pays – est restée elle-même et
n’a pas été vaincue.

Chacun pensera ce qu’il veut de cette approche du président
Poutine qui n’aborde que légèrement les points sensibles de son
ascension politique mais elle a le mérite de permettre de
comprendre sa vision du pouvoir et le positionnement de ce grand
pays aux héritages multiples.

Laurent Pfaadt

Hubert Seipel,
Poutine, une vision du pouvoir,
éditions des Syrtes, 2016.

Un crime dans la tête

molinaLe grand écrivain
espagnol, Antonio
Munoz Molina, signe
un nouveau chef
d’oeuvre

Il y a des rencontres
qui vous marquent à
jamais et vous
hantent. Celle du fantôme de James Earl Ray, l’assassin de Martin
Luther King, poursuivit pendant près de trente années, l’écrivain
espagnol Antonio Munoz Molina. Et c’est dans la capitale portugaise
que les destins de ces deux hommes se croisèrent. Le meurtrier du
pasteur américain, après avoir abattu le prix Nobel de la paix 1964 à
la terrasse du motel Lorraine de Memphis, le 4 avril 1968, s’enfuit en
Europe. Il est à Londres puis à Lisbonne. Il s’y consume dans une
fuite qu’il sait sans retour, fréquentant les endroits mal famés, bordels et bars. Revenant à Londres, il y est finalement arrêté. Près
de vingt ans plus tard, Antonio Munoz Molina, alors jeune auteur en
vue, se trouve à Lisbonne pour écrire son roman l’Hiver à Lisbonne
qui mêle jazz, histoire d’amour et roman noir.

Trente ans plus tard, l’écrivain de Pleine lune et de Dans la grande nuit
des temps
, célébré dans le monde entier (Prix des Asturies 2013)
revient sur les traces de Ray, sur les traces de cette ombre qui passe
dans Lisbonne. Il suit les pas de l’assassin, recrée son univers mental,
redonne corps à cette fuite et dans le même temps, revient sur les
traces de son apprentissage d’auteur. Dans un subtil parallèle,
Molina décrit la lente destruction de Ray et en même temps sa
construction d’auteur. James Earl Ray, criminel échappé d’un
pénitencier devenu l’Oswald des Noirs d’Amérique, donna la mort
quand Molina créa la vie dans ses romans.

Molina s’est plongé avec une minutie qui fait la richesse de ses
romans dans le cerveau de Ray. Il a tout décortiqué, des archives du
FBI en passant par les travaux de la commission du Congrès des
Etats-Unis ou HSCA chargée de faire la lumière sur les assassinats
de JFK et Luther King et qui donna lieu à un rapport en 1979 ou des
objets ayant appartenu à l’assasin. Il en a extrait une construction
psychologique qui rappelle un peu celui de l’écrivain. Par exemple,
qui est ce Raoul dont parla Ray et qui aurait guidé sa main ? Peut-
être ne fut-il dans l’esprit de Ray qu’un prête-nom, celui du destin
dont il fut l’objet, le même qui conduisit Santiago Biralbo, le héros de
l’Hiver à Lisbonne, sur les chemins tortueux de sa passion dévorante
pour Lucrecia.

Le roman car il s’agit avant tout d’un roman, met à nu le travail de
l’écrivain. En ce sens, il est passionnant car parfois Molina pose sa
caméra sur une table et laisse tourner. On y voit l’écrivain au travail,
à sa table ou déambulant dans les rues avec son carnet de notes en
redonnant corps à James Earl Ray tout en le suivant et en lui
ordonnant d’accomplir telle ou telle chose. La toute-puissance de
l’écrivain se révèle alors dans ses rues sinueuses de Lisbonne ou à
Memphis en ce 4 avril 1968. Disposant d’un pouvoir de vie et de
mort, l’écrivain entre dans la tête de ses héros, leur ordonnant de
mourir ou de donner la mort. Il contrôle les esprits, revient dans le
passé pour le changer ou le contempler. On se rend compte à cet
instant précis qu’à travers le roman, l’écrivain est devenu l’égal de
Dieu. D’ailleurs, James Earl Ray écrivit lui aussi en prison. Se prenait-
il pour Dieu ? C’est pour cela peut-être qu’il abattit son pasteur…

Laurent Pfaadt

Antonio Munoz Molina,
Comme l’ombre qui s’en va,
Seuil, 2016

Le livre du mois

LénineRobert Service, Lénine

Avec Staline et Trotski, Lénine est la
troisième grande figure du
communisme. Inspirateur de l’une
des plus grandes révolutions de
l’histoire de l’humanité, il reste celui
par qui tout a commencé. C’est ce
qu’a bien compris Robert Service,
enseignant à l’université d’Oxford
dans cette biographie qui devrait
constituer l’une des références
majeures du personnage.

Ayant eu accès aux archives du Parti communisme et plus
particulièrement au « dossier Lénine », Robert Service jette une
nouvelle lumière sur celui qu’on a bien souvent opposé à la
brutalité de Staline dans un jeu de miroir hagiographique. Ce que
nous dit Service à bien des égards c’est que Staline trouva en
Lénine plus qu’un maître à penser. Si Staline fut un voyou, Lénine
apparaît plutôt comme un idéologue intransigeant agissant au gré
des évènements. Au final, tous les chemins mènent à la dictature
du prolétariat…

Laurent Pfaadt

Perrin (coll. Tempus)

Le CD du mois

Nozze di FigaroMozart, Le nozze di
Figaro

Poursuivant son
travail entamé
avec le Chamber
Orchestra of
Europe dans Don
Giovanni
, Cosi Fan
Tutte
et
l’Enlèvement au
Sérail
, le chef
canadien Yannick
Séguet-Séguin
revient cette fois-ci avec les noces de Figaro. Pétillant, plein de
vie, l’opéra est une fois de plus réinventé et transcendé.

Grâce à une interprétation réalisée comme les précédentes en
live à Baden-Baden par un orchestre qui a su préserver sa
dimension chambriste qui convient aisément à l’opéra et à ses
rebondissements rythmiques et à un casting somptueux, on
éprouve un plaisir non dissimulé à vibrer au son des voix de
Thomas Hampson (Conte), Sonya Yoncheva impériale et inventive
en Contessa, Anne Sofie von Otter (Marcellina) et Rolando
Villazon (Basilio), de retour au plus hiveau.

Les surprises viennent indiscutablement de Christiane Karg,
sublime Susanna, et d’Angela Brower qui campe un Chérubin
exalté et confirme l’attention portée aux rôles secondaires de
cette série mozartienne qui devrait faire date.

Laurent Pfaadt

Deutsche Grammophon

Le livre du mois

LithiumAurélien Gougaud, Lithium

Lithium c’est la rencontre entre Il
et Elle dans ce Paris du XXIe
siècle. Mais plus encore, Lithium
constitue le destin commun de
deux êtres au bord du gouffre,
enfermés dans cette mégalopole
moderne où la superficialité et la
fuite en avant se disputent le
leadership. Lithium, cet élément
chimique sensé soigner les
troubles bipolaires est devenu la
patrie de nos deux héros et de leurs milliers de semblables, ces bipolaires sociaux.

On y croise des ambiances qui vont du Loup de Wall Street à
Requiem for a dream où nos héros, entre drogue, sexe et argent
s’interrogent sur leur place dans cette société mondialisée,
aliénante et qui bien souvent atomise les individus qui cherchent
leur salut dans le divertissement.

Lithium d’Aurélien Gougaud devrait faire parler de lui lors de cette
rentrée littéraire. Il contient en effet de belles promesses, celles
d’une jeunesse qui se cherche et d’un écrivain qui s’est trouvé.

Laurent Pfaadt

Chez Albin Michel

 

 

En charmante compagnie

ColtmanHugh Coltman et Jamie Cullum
étaient à l’affiche d’un incroyable
concert

Jazz in Marciac, c’est des
découvertes et des redécouvertes.
La soirée du 13 août 2016 résuma à
elle seule cette atmosphère qui
constitue la richesse incomparable de ce festival. Si les
spectateurs étaient venus en grande partie pour Jamie Cullum,
star planétaire et illustre représentant de la nouvelle génération
du jazz, ils ont été bien inspirés d’assister au premier concert du
chapiteau, celui de Hugh Coltman. Peu connu en dehors des
puristes, le britannique qui vit en France et se produit avec son
groupe de blues, The Hoax, était à Marciac pour un concert en
hommage à Nat King Cole.

Sa voix de crooner a immédiatement fait mouche. Plus habitué à
l’entendre sur BBKing, Coltman qui rappelle que son amour de
Nat King Cole lui est venu de sa mère à qui il a dédié la chanson
Morning Star, issue de l’album St Louis Blues en 1958, a réussi à
polir sa voix traditionnellement rocailleuse pour entonner les
titres de son dernier album solo, Shadows – Songs of Nat King Cole.
Dans un exquis mélange de grands classiques tels que l’inévitable
Mona Lisa sorti à l’été 1950 et de petites perles, Coltman a offert
un magnifique concert brûlant de passion et d’intimité
frissonnante. Il faut dire qu’il était accompagné de musiciens hors
pair notamment Thomas Naim à la guitare avec son faux air de
Clapton ou Bojan Z, victoire du jazz 2007, une fois de plus
incroyable au piano.

Mais avec Coltman, le blues n’est jamais bien loin et accompagné
de son harmonica, il n’a pas hésité à revisiter certains standards
du crooner de Montgomery ou à faire quelques infidélités à ce
dernier en allant du côté de Johnny « Guitar » Watson.

Quelques instants plus tard, le phénomène Jamie Cullum est
arrivé sur scène. Cullum revient avec autant de plaisir à Marciac
et cela se voit. Avec son énergie phénoménale, il a immédiatement
séduit le public. Avec ses musiciens de talent, il a entonné ses
grands tubes comme What a difference a day made, All At Sea. Mais
le concert fut également l’occasion de réécouter quelques tubes
qu’il a revisité comme Don’t Stop The Music de Rihanna (The
Pursuit, 2009), Amazing Grace, ou des titres plus anciens tels
qu’High and Dry (Pointless Nostalgic, 2002)

Les spectateurs furent immédiatement conquis devant cet
homme-instrument qui n’a pas hésité à jouer des percussions avec
son piano ou a ponctué ses morceaux de beatbox. Et entre deux
morceaux, il a communié comme d’habitude avec ce public qu’il
aime tant en usant de son charme et de son humour so british
notamment lorsqu’il s’est agi de s’excuser du Brexit. Ainsi, avec
plus de 250 000 personnes, le festival Jazz in Marciac a, une fois
de plus, fait honneur à sa réputation de meilleur festival de jazz de
l’hexagone. En attendant, la 40e édition, l’an prochain, qui
s’annonce déjà d’ores et déjà grandiose…

Laurent Pfaadt