Archives par mot-clé : Albin Michel

Une maison faite d’aube

Aujourd’hui N.S. Momaday
demeure le seul écrivain
amérindien récompensé par le Prix
Pulitzer. C’était en 1969 avec son
ouvrage majeur, Une maison faite
d’aube
. La nouvelle traduction
réalisée par Joëlle Rostkowski,
grande spécialiste de littérature
amérindienne, nous permet ainsi
d’apprécier toute la beauté de
cette prose qui plonge dans les
racines des pins de Californie ou
suit les traces de ces loups qui « le
soir, attirés par les feux de camp des chasseurs, (…) s’asseyaient en cercle dans la pénombre des sous-bois
comme des anciens réunis pour fumer ».

A travers la figure d’Abel, indien navajo revenu de la guerre, se
déploie toute la dichotomie entre la folie des hommes et l’ordre
naturel de la nature. Ode à une vie ancestrale menacée, la grande
force de la prose mystique de Momaday est d’inscrire des mots sur
ces ambiances et ces sentiments qui se passent justement de mots.
Du pueblo et de ces rites animistes tolérant le christianisme à
l’hostilité de la ville coure Abel, le héros du livre, fuyant le
déracinement, la sauvagerie des hommes et sa propre violence
intérieure d’une vie privée de repères. Chant d’un monde recouvert
d’une nuit de plus en plus longue, Une maison faite d’aube traversée
de pollen, de pluie et de merveilles n’a rien perdu de sa magie, bien
au contraire.

A lire également le très beau Crazy Brave (Globe) de Joy Harjo,
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nelcya Delanoë et Joëlle Rostkowski.

Par Laurent Pfaadt

N.Scott Momaday, Une maison faite d’aube,
Chez Albin Michel, 288 p.

#Lecturesconfinement : Amrita de Patricia Reznikov par Chris Dercon

A few weeks ago I  received an email
from a friend in India: ˋHave you
come across ´Amrita’ , a novel in
French by Patricia Reznikov, just
published this year by Flammarion?
’. I was intrigued as I have been
working since many years on the
unique, artistic œuvre of exactly the
same Amrita . Amrita is  Amrita
Sher-Gil , a pioneering painter and
feminist,  who was born in 1913 in
Hungary and died tragically in India
in 1941, aged 28. The figure of
Amrita and her work became in
recent years immensily popular in India and beyond. Just like
Patricia Reznikov , Amrita studied at the Ecole des Beaux Arts in
Paris. Her exceptional painting skills won her a prize and
immediately  many fans at the Ecole . After 5 years in Paris,  the
indian- Hongarian family Sher-Gil returned in 1934 to India where
she became one of the inventors of modern Indian art. Throughout
her work Amrita loved depicting women in private moments, in her
later work expressing the indolence and loniless of Indian women
living in the rural areas. In much the same way as her contemporary
Frida Kahlo , Sher-Gil used her ambiguities of nationality and
sexuality, to question what and how an Indian artist, let alone a
female one, might be. Sher-Gil herself knew exactly what was at
stake when she declared in 1938 :´Europe belongs to Picasso,
Matisse and Braque and many others. India belongs only to me’
thereby boldly outlining her ambition to be the first truly modern
Indian painter. One can easily see why Reznikov is fascinated by the
life and times of Amrita Sher-Gil. She is not alone, also India’s most
important filmmaker Mira Nair is preparing her view on the
revolutionary role of Amrita, as an encouragement for thé
émancipation of  Indian women. It is interesting to note that in 2022
exhibitions are planned of the unique œuvre which Amrita left
behind, in Qatar and South Africa. Indeed, thé legacy of Amrita
Sher-Gil lives on. The indepth  research, rich interpretations and
story telling of Reznikov make the exceptional personality of Amrita
come alive and makes clear that a large exhibition especially in Paris
is long overdue. That’s what my friend, Amrita’s nephew ,leading
contemporary Indian artist Vivan Sundaram,in his mail was indeed
hinting at.

Chris Dercon est le président de la Réunion des
Musées Nationaux-Grand Palais
Amrita de Patricia Reznikov (Albin Michel)
par Chris Dercon

#Lecturesconfinement : Prudence et Passion de Christine Jordis par Gérard de Cortanze

Dans Raisons et Sentiments, Jane Austen
opposait deux sœurs qui proposaient
deux regards sur la vie. La première,
Marianne, belle et vive, personnifiait les
dangers de l’audace et le goût des
extrêmes. La seconde, Elinor, plus sage,
moins séduisante, s’engageait dans une
voie plus prudente, choisissant la raison
contre l’émotion. Christine Jordis, en
romancière subtile, transpose cette
matière anglo-saxonne dans la France
d’aujourd’hui et pose une question: dans le tumulte et le tapage
ambiants, quel comportement adopter? Faut-il fuir, s’engager, se
replier su soi? Il y a plus d’un siècle, Jane Austen nous prodiguait une
leçon de vie, Christine Jordis la reprend à son compte et nous glisse
dans l’oreille: « Voulez-vous la vérité ou plaire à un monde qui
ment ? » Un livre pudique et nécessaire.

Gérard de Cortanze est écrivain, essayiste et dramaturge, auteur de
nombreux livres dont Assam (Albin Michel), prix Renaudot
2002. Dernier livre paru : Moi, Tina Modotti, heureuse parce que libre
(Albin Michel)


Pruden
ce et Passion de
 Christine Jordis (Albin Michel)
par Gérard de Cortanze

#Lecturesconfinement : Une maison faite d’aube de N.Scott Momaday par Francis Geffard

Riche en images et scènes d’une grande
beauté, Une maison faite d’’aube, le
roman
 de N. Scott Momaday, premier
écrivain amérindien à recevoir le prix
Pulitzer, 
réconcilie la littérature moderne
avec le sens du sacré, et impose
l’universalité de 
la condition humaine
dans un style empreint de lyrisme et de
poésie.

« Dans un pays très ancien, que l’on
disait éternel, il y avait une maison faite d’aube, de pollen et de
pluie. La plaine resplendissait des reflets miroitants des argiles et
des sables et les collines alentour étaient multicolores. C’était un
pays fort et tranquille. Tout y était beau. »

Francis Geffard est éditeur de la collection « Terres d’Amérique »
chez Albin Michel

Une maison faite d’aube
de N.Scott Momaday (Albin Michel)
par Francis Geffard

#Lecturesconfinement : Nickel Boys de Colson Whitehead par Jean-Michel Guenassia

Nickel Boys de Colson Whitehead
est le meilleur roman que j’ai lu
cette année. Colson Whitehead
nous raconte l’histoire d’Elwood,
un jeune afro-américain, volontaire
et doué, qui va entrer à l’université
et dont l’avenir s’annonce radieux,
mais qu’un caprice du destin va
faire basculer dans l’enfer d’une
maison de redressement. Car nous
sommes en Floride au début des
années 60. Un autre monde, une
autre époque.

Le grand mérite de Colson Whitehead est de nous raconter cette
histoire sans pathos,  ni effets, et cette narration au plus près des
personnages est d’une redoutable efficacité. On est embarqué et
captivé de bout en bout. Mais l’immense talent de cet auteur est
d’avoir osé et réussi, dans la dernière partie du texte, un coup de
théâtre exceptionnel, un de ces fameux twists si rares dans les
romans français, et qui va nous emporter au-delà de la simple
lecture d’un bon roman et donner à Nickel Boys une dimension
mythique qui bouleversera le lecteur. Colson Whitehead avait
obtenu le prix Pulitzer pour son précédent roman, Underground
Railroad
, et il a obtenu un deuxième Pulitzer pour Nickel Boys, tout
aussi mérité.
Jean-Michel Guenassia est écrivain. Son roman Le Club des
incorrigibles optimistes
 a obtenu le prix Goncourt des lycéens en
2009. Dernier ouvrage paru : De l’influence de David Bowie sur la
destinée des jeunes filles
 (Albin Michel, 2017)
Nickel Boys de Colson Whitehead (Albin Michel)
par Jean-Michel Guenassia

#Lecturesconfinement – Mon père, ce nazi

Philippe Sands

Avec La Filière, Philippe
Sands poursuit sa
chasse aux fantômes
dans cette Lemberg
vidée de ses juifs.

Dans Retour à Lemberg, il
était resté dans l’ombre.
Dans celle de Hans
Frank, le gouverneur
général de la Pologne
occupée. Dans celle de
la mort qu’il servit. Dans
celle de l’histoire enfin
qu’il tenta de fuir, désespérément.

Otto Wächter a longtemps cru qu’il passerait entre les mailles du
filet. Ce nazi autrichien ayant joué un rôle important dans
l’assassinat du chancelier Dollfus qui permit aux sbires d’Hitler –
Seyss-Inquart et Kaltenbrunner, tous deux condamnés à mort et
exécutés à Nuremberg – de nazifier l’Autriche, devenu gouverneur
de Cracovie puis de Lemberg avec l’invasion nazie du territoire
ukrainien en juin 1941, fut l’un des rouages essentiels de
l’extermination des juifs soviétiques et de la mort de millions de
personnes. Jusqu’à son décès en 1949 dans un hôpital romain, il a
cru sa mémoire préservée y compris par un de ses enfants, Horst,
l’un des personnages principaux de La Filière.

Remontant les pages du journal de Charlotte Wächter, la femme
d’Otto, comme on remonte le temps, Philippe Sands a ainsi
reconstitué presque quotidiennement la vie du nazi, de ses jeunes
années à l’Italie où il trouva refuge après la guerre en passant par
Berlin où cet aigle atteignit les sommets et Lemberg où il se mua en
vautour se repaissant des cadavres des juifs. Dans La Filière, l’auteur,
comme à son habitude, met à nu la barbarie d’un homme en
confondant le négationnisme de sa femme et de son fils. On se
demande souvent, devant l’évidence des faits, comment le fils peut
encore croire à l’innocence de son père.

Les visites de Sands au château du fils de Wächter et sa rencontre
avec de stupéfiants documents ont permis à l’auteur d’approfondir
son enquête comme on creuse une immense tombe pour y exhumer
la vérité. Le lecteur est ainsi embarqué dans un va-et-vient littéraire,
entre passé et présent, entre les actes abominables de Wächter et
les dénégations de son fils. On touche là au point central de
l’ouvrage, celui du travail de mémoire, d’une famille et à travers elle,
d’un pays face à ses démons. Horst Wächter ne parvint jamais à
accomplir ce dur voyage, dissociant en permanence le crime effectif
pour minorer celui de son père qui l’ordonna pourtant.

Le livre ne serait qu’une enquête supplémentaire si la mort
mystérieuse, à quarante-huit ans, d’Otto Wächter, n’avait pas
alimenté un certain nombre de doutes sur un éventuel assassinat.
L’ouvrage se mue alors en thriller géopolitique dans cette Italie
d’après-guerre où se côtoient communistes, prélats pronazis et
espions de tous bords. S’entourant d’une pléiade d’universitaires
jusqu’au maître de l’espionnage, John Le Carré, Sands nous
embarque dans les eaux troubles de ce fleuve naissant que fut la
guerre froide. Ironie du destin, celui qui vola avec les aigles du
Troisième Reich périt d’une maladie contractée dans le Tibre, cet
autre fleuve où l’on jetait sous l’Antiquité les cadavres des
empereurs assassinés, ces aigles déchus.

Par Laurent Pfaadt

Philippe Sands, La Filière,
Chez Albin Michel, 496 p.

Ici n’est plus ici

Tommy Orange, Ici n’est plus ici

Un livre coup de poing
assurément. De celui que l’on
assène dans le visage de la bonne conscience. Avec un coup de
poing américain…ou plutôt
amérindien. Car il s’agit bel et
bien d’Indiens mais pas de ceux
de Danse avec les loups ou des
héros magnifiques de Louise
Erdrich. Non, chez Tommy
Orange, que ce premier roman a
propulsé au sommet des prix
littéraires américains, ces Indiens ont troqué leurs chevaux pour
des voitures customisées, leurs fusils pour un 357 Magnum et ne
fument pas le calumet de la paix mais, bien au contraire, le crack
de la déchéance et de la violence.

A travers une galerie de portraits aussi fascinants qu’effrayants et
splendides, l’auteur nous offre un roman en forme de
documentaire un peu à la manière de Dene Oxendene, ce
personnage qui souhaite réaliser des interviews de membres de la
communauté indienne d’Oakland en Californie. Alcool, drogue,
obésité, violence intrafamiliale, échec scolaire, discrimination,
tout y passe et tout converge dans ce roman à l’architecture
millimétrée, vers le brasier final qui prend l’aspect d’une danse
macabre. Avec une langue qui sent le métal, parfois chauffée à
blanc, Orange ravive des cendres que l’on croyait éteintes. Ce
roman, appelé à faire date constitue à n’en point douter, la pierre
manquante de l’envers du rêve américain et le jalon
supplémentaire qu’un génocide qui ne s’est jamais arrêté mais a
revêtu, en ce 21e siècle, ses habits les plus sournois.

 

Chez Albin Michel, 352 p.

Interview Francis Geffard

Francis Geffard
© Jean-Luc Bertini

« On ne comprend pas l’Amérique si on ne
s’intéresse pas à la question
indienne »

L’éditeur Francis Geffard
dirige depuis près de vingt-
trois ans la collection Terres
d’Amérique chez Albin
Michel. Editeur de plusieurs
Prix Pullitzer comme Colson
Whitehead, Anthony Doerr
ou Adam Johnson, il a
également permis aux
lecteurs français de découvrir
des auteurs tels que Louise Erdrich, Donald Ray Pollock ou Joseph
Boyden. Pour Hebdoscope, il revient sur sa vision de la littérature
américaine et nous dévoile la prochaine rentrée littéraire.

Comment qualifierez-vous la littérature américaine ?

Personne en France n’est à même de traiter de la littérature
américaine dans son intégralité. C’est pour cela qu’il y a autant
d’auteurs américains dans les catalogues de toutes les maisons
d’édition. La littérature américaine est une des rares littératures
universalistes du monde. N’importe qui peut devenir un écrivain
américain. Il suffit d’émigrer, de devenir américain et d’utiliser la
langue anglaise. Elle n’est finalement que le creuset dans lequel
toutes les littératures du monde se sont mêlées. Car à part les
Indiens, les Américains sont tous venus d’ailleurs, emportant avec
eux leur histoire, leur culture, leur vision, leur ADN. Tout cela s’est
fondu dans un nouvel espace et c’est peut-être ce qui donne à la
littérature américaine cette énergie, cette fluidité et cette
capacité à être, quatre siècles plus tard, une littérature
d’immigrants.

Et quelle la place de la littérature indienne là-dedans ?

C’est LA littérature américaine par excellence parce que cela fait
des générations et des générations que les hommes habitent cet
espace, l’ont mis en mots dans des poèmes, dans des chants, dans
des rites et dans des histoires. Leur littérature se fait ainsi l’écho
de cela même si l’oralité y tient une place prépondérante. Faulkner
disait qu’on ne comprend pas l’Amérique si on ne s’intéresse pas à
la question indienne. C’est la base de ma relation à l’Amérique. S’il
n’y avait pas les Indiens et les Noirs, l’Amérique serait
insupportable.

Donc plus qu’aucune autre, la littérature indienne est une
littérature de l’oralité

Oui, c’est vrai. Le monde indien est fondé essentiellement sur
l’oralité. Il y a aux Etats-Unis un auteur assez emblématique à ce
sujet : Sherman Alexie qui dit préférer avoir dix lecteurs blancs
que dix lecteurs indiens car les dix lecteurs blancs vont chacun
acheter un livre alors que chez les lecteurs indiens, un seul va
l’acheter et va le raconter aux neuf autres. La spécificité de mon
travail, ici, chez Albin Michel, est d’avoir rassemblé dans une
maison d’édition la quasi-totalité des écrivains de ce monde-là que
ce soit James Welch, Leslie Silko, Scott Momaday, Louise Erdrich,
David Treuer, Joseph Boyden, Sherman Alexie ou Tommy Orange.

Pensez-vous que la littérature américaine a imposé ses codes au
monde entier ?

Je ne pense que pas que le goût de la littérature américaine soit la
résultante d’un impérialisme culturel. Simplement, l’Amérique,
depuis qu’elle existe, fait rêver l’Europe. On l’associe au
dynamisme, à la liberté, à la vitalité, à l’égalité, à l’idée que tout est
possible. Je ne sais pas ce que le monde serait devenu si
l’Amérique n’avait jamais existé. Elle a constitué un sacré souffle
dans l’histoire humaine.

Cette littérature est également marquée par l’influence de la
terre et des morts

La capacité qu’ont eue les écrivains américains à s’enraciner dans
un lieu comme les Indiens et à être en total osmose avec ce qui les
entoure, les paysages, la nature, constitue un élément important
de cette littérature traversée par l’opposition entre la civilisation
et la sauvagerie. Et puis, en Europe, les auteurs appartiennent aux
élites alors qu’aux Etats-Unis, ils sont toujours à la périphérie de la
société et se réservent le droit d’être en désaccord avec elle.

Comment faites-vous vos choix éditoriaux ?

Je crois qu’on reçoit ici 500 à 600 manuscrits étrangers
anglophones. Il y a d’abord des affinités avec des éditeurs
étrangers. Et puis, je ne me pose jamais la question de savoir si un
livre va avoir du succès car honnêtement on ne le sait jamais. Il
faut que l’écriture transporte quelque chose. Je suis assez sensible
à la voix, à l’écriture et à l’univers. Je préfère une voix pas tout à
fait aboutie mais qui a un véritable univers et au service d’une
intention plutôt que quelqu’un de très bien sur le plan technique
mais où il ne se passe pas grand-chose. Et puis, on ne peut pas être
l’éditeur de tout. Il faut donner une coloration à ce que l’on fait. Je
suis avant tout un lecteur comme les autres avec cette possibilité
de transformer ma lecture en proposition de lecture aux autres.

Parlez-nous de vos futurs choix, de l’ovni Tommy Orange ? Et à
quoi peut-on s’attendre dans les mois à venir ? 

Ici n’est plus ici de Tommy Orange qui collectionne les prix se situe
dans la droite ligne des auteurs que j’ai cité sauf que ce roman se
passe dans les villes. On associe souvent les Indiens à la nature, à
leurs réserves. Aujourd’hui 60% des Indiens vivent pourtant dans
les villes, là où il y a du travail. On parle légitimement de la
question noire aux Etats-Unis mais la question indienne reste le
péché originel de ce pays. Les différents personnages de Tommy
Orange, dealers, rappeurs reflètent la violence, la maltraitance, la
dépossession, le mensonge et la guerre dont furent victimes les
Indiens. Et cette violence émane également des Indiens eux-
mêmes. Ces gens n’ont toujours eu que le pire du rêve américain.
Sinon, il y aura également Les patriotes de Sana Krasikov, une
histoire familiale sur trois générations de refuzniks entre Etats-
Unis et URSS, une nouvelle traduction de La maison de l’aube de
Scott Momaday, l’une des grandes voix de la littérature indienne
ou un formidable écrivain canadien à découvrir, Michael Christie.

Par Laurent Pfaadt

Tous les auteurs cités sont à découvrir chez Albin Michel

Livre du mois

Eric Puchner,
Dernière journée sur terre

Révélé au public français avec sa
Famille modèle, Eric Puchner
revient avec une série de neuf
nouvelles aussi truculentes les
unes que les autres. Le style
toujours aussi décapant de
Puchner y explose véritablement.
A mi-chemin entre une triste
réalité et un futur réel ou envisagé,
ses héros se débattent avec leurs quotidiens souvent ennuyeux et rêvent d’un autre monde, pas forcément meilleur mais différent. Car
si les personnages de Puchner, de jeunes adolescents ou pré-
adolescents souvent introvertis et traversés par une quête
amoureuse dont ils sont les victimes ou l’injustice sont différents,
c’est d’abord parce qu’ils refusent de rentrer dans le moule de cette
standardisation imposée.

Il en résulte des histoires décalées où l’humour cache en réalité une
volonté farouche de trouver sa place dans cette société
contemporaine vidée de sens que Puchner caricature à dessein
comme dans cette nouvelle où un adolescent est persuadé que sa
mère est un robot. Ses archétypes dotés d’un langage propre comme
celui d’une tribu qui ne veut pas être exterminée cherchent leurs
vies dans cette société qu’ils ne comprennent pas et qui cherche à
les atomiser.

Par Laurent Pfaadt

Chez Albin Michel, 288 p.

Livre du mois

Alan Hollinghurst,
L’Affaire Sparsholt,

Chez Albin Michel,
608 p.

Oxford 1940 :
plusieurs jeunes gens
cultivés observent
depuis leur fenêtre le beau David Sparsholt. De ce fantasme allait
naître l’affaire Sparsholt qui structure sans être le point central le
nouveau roman d’Alan Hollinghurst, révélé au public français avec
l’enfant de l’étranger.

Car ce nouveau roman ressemble à plus d’un titre à son illustre aîné.
Fresques s’étalant sur le 20e siècle, ils abordent la question de
l’évolution de la société britannique, et notammen la question de
l’homosexualité tantôt dévoilée, tantôt cachée selon les époques.
Porté par une magnifique plume qui plonge dans l’encre du 19e
siècle pour sculpter ces personnages du 20e, L’Affaire Sparsholt est
une succession de tableaux au propre comme au figuré dans
lesquels David Sparsholt, son fils Johnny et ceux qui regardaient par
cette fenêtre n’auront de cesse de se questionner et de questionner
leur époque et leur pays. Avec ses vapeurs d’affaire Profumo, on se
rend très vite compte que cette affaire n’est qu’un prétexte. Un état
de secret donc plus qu’un secret d’Etat.

Par Laurent Pfaadt