Archives par mot-clé : Folio

Livre du mois

Angela Huth,
La vie rêvée de Virginia Fly

A chaque nouveau roman, longue
suite de petits bijoux d’humour et
d’ironie comme autant de perles
assemblées d’un magnifique collier
pourtant prêt à rompre, l’œuvre
d’Angela Huth gagne en consistance.
La preuve avec La vie rêvée de Virginia
Fly
, l’un de ses premiers romans écrit
en 1972 et traduit depuis  peu. Une
jeune institutrice partie pour devenir
une vieille fille, Virginia Fly, n’a qu’une envie : découvrir cet amour qu’elle attend par-dessus tout. Et ce
vœu pieux allait se concrétiser bien au-delà de ses espérances.

Une fois de plus, Angela Huth démontre dans ce roman tout son
talent d’observatrice. Mêlant avec bonheur un humour parfois
loufoque comme ces fantasmes qui assaillent l’héroïne et une
cruauté qui se traduit dans une prose assassine dont on se délecte,
Angela Huth n’oublie pas de nous faire aimer ses personnages. A ce
titre, La vie rêvée de Virginia Fly ne déroge pas à cette tradition. Elle
adore ses personnages même si elle se plaît à les ridiculiser. Alors, à
l’heure du thé, vous rependrez bien un peu de fiel ?

Par Laurent Pfaadt

Chez Folio, 272 p.

Le livre à emmener à la plage

Amos Oz, Judas

1959 Jérusalem. Shmuel, jeune
homme perdu cherchant du travail
tombe sur une annonce quelque peu
singulière : un vieil homme invalide
et érudit, Gershom Wald, recherche
de la compagnie. Il se rend chez le
vieillard et accepte en échange
d’une condition : cinq heures de
conversation. Mais ce que ne sait
pas Shmuel, c’est qu’il vient d’entrer
non pas dans la grande bâtisse de
Wald mais dans un titanesque
procès, celui de toute une nation. La confrontation rhétorique
entre Shmuel et Wald trouvera des moments d’accalmie en la
personne d’Atalia, veuve de 45 ans dont le père fut considéré en
1948 comme le Judas de l’indépendance parce qu’opposé à la
vision de Ben Gourion.

L’auteur d’une Histoire d’amour et de ténèbres (2003), fer de lance
du mouvement la Paix Maintenant, signe peut-être là son roman le
plus politique. Celui-ci plonge dans les non-dits d’une nation et
convoque un certain nombre de spectres : Judas, omniprésent,
l’ami devenu le traître de ce Jésus qui fut l’objet du travail
universitaire de Shmuel et le symbole de l’antisémitisme mais
également les proches disparus de Wald qui sont autant de
métaphores qui renvoient à l’Ancien Testament. A travers cette
exploration de la figure du traître où Amos Oz utilise la théologie
bien entendu mais également l’histoire et les relations humaines,
l’écrivain israélien montre une fois de plus avec brio que le traître
n’est pas toujours celui que l’on croit et que l’aveuglement que l’on
met dans une cause conduit toujours au désastre et d’une certaine
manière… à la trahison.

Par Laurent Pfaadt

Chez Folio, 400 p.

Livre du mois

Saul Bellow,
les Aventures d’Augie March,
Folio

Dans son dernier ouvrage, le
romancier américain Jonathan
Franzen le considérait comme le plus
grand roman américain. Quarante ans
après le prix Nobel de son auteur Saul
Bellow et soixante-trois ans après sa
rédaction, les Aventures d’Augie March
conservent toujours autant leur
magie. Parfaitement restituée par la
nouvelle traduction de Michel
Lederer issue du volume de la collection Quarto, le roman conte les
pérégrinations d’un personnage hors du commun, Augie March.

De Chicago à Paris en passant par le Mexique, le lecteur suit avec
délice, tantôt amusé, tantôt horrifié, cet enfant devenu cet homme
et sa quête toujours recommencée pour trouver sa place dans la
société américaine. Véritable roman d’apprentissage, il éblouit avec
ces scènes merveilleuses dans cette Chicago de la Grande
Dépression qui n’a jamais été aussi bien décrite et déploie une
formidable galerie de personnages tels que Grandma Lausch, cette
voisine qui fait office de grand-mère et qui donnera à Augie ses
premières armes pour affronter la vie. Les aventures d’Augie March
demeure encore aujourd’hui, à n’en point douter, LE grand roman
américain

Laurent Pfaadt