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Les Etoiles du Documentaire

Hôtel Machine d’Emanuel LICHA

Le temps d’un week-
end, du 9 au 10
février 2018, sept
documentaires sont
à découvrir au
cinéma l’Odyssée de
Strasbourg. Double
bonne nouvelle,
l’entrée est libre et les films sont projetés dans la grande salle.


La Scam (Société civile des auteurs multimédia) a pour activité
principale la gestion des droits d’auteur pour 40 000 membres,
écrivains, journalistes, photographes, dessinateurs, youtubeurs …
Le Festival Les Étoiles du documentaire est la vitrine grand public
de la Scam qui depuis près de 10 ans organise la projection sur
deux jours, au Forum des Images à Paris, de trente documentaires
et reportages choisis parmi soixante documentaires, eux-mêmes
fruit d’une sélection de 400 films. Ces trente films bénéficient
ainsi d’un coup de projecteur quand on sait les difficultés pour un
documentaire à être distribué en salle et même à la télévision.

La Safire (La Société des Auteurs réalisateurs de Films
Indépendants en Région Est), créée en 1993, est une association
qui regroupe les auteurs réalisateurs professionnels du Grand Est
et les représente auprès des pouvoirs publics et des différentes
instances du cinéma et de l’audiovisuel au niveau local et national.
La Safire a vocation à diffuser les films ancrés dans la Région et à
permettre au public de rencontrer les réalisateurs.

L’édition strasbourgeoise du Festival des Étoiles du documentaire
qui fête sa deuxième session cette année, est organisée par la
Safire, en  partenariat avec la Scam, Strasbourg Eurométropole, le
cinéma l’Odyssée, Alsace20 et le soutien de la Région Grand Est.
La Safire est également soutenue par la Drac Grand-Est. Trois
réalisateurs de la Safire ont sélectionné 7 films, sur les trente
lauréats aux Etoiles, avec pour ambition de couvrir par leur choix
tout le champ du documentaire et de permettre à un festivalier de
les voir tous, en deux jours, ainsi que d’assister au débat avec le
réalisateur à la fin de la séance. Une table ronde également sera
l’occasion d’échanger sur la question fondamentale de la part de la
scénarisation dans la création d’un documentaire. Encadrés par
Christine Zimmer, journaliste aux DNA, les documentaristes
Hervé Drézen, Laétitia Mikles et Ludovic Vieuille seront présents
de 17h 20 à 18h 50, pour en débattre.

Les 9 et 10 février, les spectateurs strasbourgeois pourront
découvrir une programmation variée.

Les DEUX CANCRES (1h – VF) est une comédie réalisée par
Ludovic Vieuille qui a filmé durant quatre ans le rituel des devoirs
scolaires… un père et son fils, le temps des devoirs.

En vidéo-art, KIJIMA STORIES de Laétitia Mikles (32 mn –VOSTF)
est un film tourné au Japon, étonnant par son genre hybride qui
mêle le dessin aux images filmiques et à l’animation, dans une
enquête autour d’un ex-mafieux. Autre documentaire de création,
SUR LE REBORD DU MONDE est un film d’Hervé Drézen (57 mn
– VF). Il est parti à la rencontre des habitants de Penmarc’h, à la
pointe du Finistère, cette terre au bout du bout du monde, battue
par les vents et tailladée par l’océan.

Trois reportages nous emmènent en Inde, en Amérique et dans un
hôtel emblématique de ces hôtels où se rassemblent journalistes
et reporters envoyés sur les zones de conflits et de guerre.

HOTEL MACHINE d’Emanuel Licha (1h 07 – VOSTF) est l’histoire
d’un hôtel qui se souvient… Ce documentaire a reçu le Prix de la
Création, Festival Traces de Vies 2015.

JHARIA, UNE VIE EN ENFER de Jean Dubrel et Tiane Doan Na
Champassak (52 mn –VF) se passe en Inde à Jharia, devenu le
théâtre d’une catastrophe humaine et  environnementale de
grande ampleur, depuis que des incendies ravagent des mines de
charbon à proximité d’habitations. Et lorsqu’il s’agit de voler le
charbon pour le revendre et survivre, les risques encourus sont
tragiques.

Le 29 août 2005, l’ouragan Katrina ravage La Nouvelle-Orléans.
La ville est réduite à néant et vidée de l’intégralité de ses
habitants. C’est ce que raconte NOUVELLE-ORLÉANS,
LABORATOIRE DE L’AMÉRIQUE d’Alexandra Longuet (50 mn –
VOSTF). Lorsqu’il a fallu reconstruire, l’immobilier est devenu
inaccessible aux plus modestes qui font souvent partie des
populations métissées. Le film interroge les habitants. C’était sous
Obama.

Dans la sélection proposée, un film retiendra tout
particulièrement notre attention. Il a été réalisé par Simone Fluhr.
Cette mulhousienne qui vit désormais à Strasbourg, a travaillé
avec des demandeurs d’asile de 1997 à 2012, avant de se tourner
vers la réalisation. Comme elle le dit : « Le cinéma ne change pas la
face du monde mais aide à changer le regard que l’on porte sur le
monde. »  Avec RIVAGES (1h 14 mn –VF), elle donne la parole à
Johnny, Jean-Luc et Monique. Ils vivent dans la rue, par tous les
temps et depuis longtemps. Ce sont des silhouettes anonymes
comme on en croise tant, mais leur histoire singulière, voire
stupéfiante, fait d’eux des personnages à la hauteur de héros de
fiction. Difficile après ce film de croiser un SDF sans se demander
quel est son destin. Il y eut urgence à filmer Johnny qui vient du
Danemark et qui se déplace sans cesse à travers l’Europe, son sac
de marin sur l’épaule. Jean-Luc, lui, vit sous les ponts et son
existence est vouée à la fuite de ce monde, aidé par l’alcool et les
paradis artificiels. Aujourd’hui, son âge ne lui permet plus de vivre
dehors. Il vit dans du dur depuis l’hiver dernier. Quant à Monique,
si depuis le tournage elle non plus ne vit plus à la rue, la rue
continue à l’habiter. Issue d’un milieu aisé, elle a fait un mauvais
choix et son compagnon violent a contribué à faire voler leur vie
en éclats. Monique est poète. Aujourd’hui, elle tient un blog. Elle
milite activement au sein du collectif SDF Alsace. Monique,
Johnny, Jean-Luc sont tous trois impressionnants de dignité. Ils
sont portés chacun par une sensibilité artistique. Si Monique écrit
des poèmes, Johnny dessine admirablement bien et Jean-Luc, lui,
dessine des mandalas. Alors que sous les ponts, il n’avait pas de
réchaud et des fins de mois extrêmement difficiles, ses maigres
économies passaient cependant dans l’achat de papier et de
crayons de couleurs. RIVAGES est un documentaire passionnant,
par ses personnages qui se racontent, sans pathos, sans se
plaindre, assumant leur destinée, n’appelant pas à la pitié mais au
respect pour ce qu’ils sont.

Elsa Nagel

Édito des Étoiles