Les démons du passé

Russland-Süd, Panzer IVUn ouvrage palpitant revient sur la bataille de Koursk

Défait en février 1943 à Stalingrad, Adolf Hitler ne s’avoua pas vaincu et lança dans le centre du pays à l’été 1943 une grande contre-offensive dans un lieu devenu mythique : Koursk.

En lisant l’ouvrage de Nicolas Pontic, Koursk : Staline défie Hitler, on a un peu l’impression d’être dans une salle d’Etat-major à déplacer des petits drapeaux sur une carte, à étudier la topographie ou à attendre un coup de fil de Berlin ou de Moscou pour nous prévenir de l’arrivée de renforts. L’ouvrage construit de façon très académique détaille les enjeux, les phases de la bataille du saillant de Koursk tout en effectuant une excellente montée en tension de l’issue finale.

Car Koursk, c’est la tentative d’Hitler pour reprendre l’avantage après Stalingrad. Et comme dans la bataille de la Moscova telle que la relate Tolstoï dans Guerre et Paix, le mythe s’est construit via l’opposition entre deux stratèges de génie, Erich von Manstein, « l’homme des situations inextricables » et Nicolaï Vatoutine, général russe impétueux défendant sa terre natale.

Avec cet ouvrage, Nicolas Pontic renouvelle aussi la connaissance historique et stratégique de la bataille, débarrassée des oripeaux mythiques qui ont prévalu jusqu’à une date récente. Ce qui est certain, c’est que Koursk a constitué l’aboutissement de la maturité stratégique des généraux soviétiques, balayés en 1941. « La bataille du saillant représente peut-être la première opération de guerre moderne de l’Armée rouge » écrit ainsi l’auteur.

Koursk, c’est également plusieurs batailles en une seule (Voronej, Orel) notamment celle, meurtrière, de la Prokhorovka, le 12 juillet 1943 au sud-est de Koursk où les T-34 Staline prouvèrent leur supériorité dans ce que l’on appela plu tard « la plus grand bataille de chars de l’histoire » où le sort du monde s’est joué comme ce fut le cas avant à Leningrad, Kharkov ou Stalingrad.

C’est d’ailleurs ce que racontent ces hommes et ces femmes, dans Grandeur et misère de l’armée rouge de Jean Lopez et de Lasha Otkhmezuri, déjà auteurs d’un excellent Joukov chez Perrin (2014). Ils furent ouvriers ou intellectuels et combattirent les fascistes durant cette grande guerre patriotique.

Ce conflit constitua chez ces survivants du feu un moment déterminant dans leur rapport au système soviétique et à son maître de l’époque, Staline. Sorte de catharsis, la guerre poussa les uns vers une défense inconditionnelle du régime et les autres vers la dissidence, cette nouvelle guerre « beaucoup plus dure et difficile » selon Elena Bonner, la compagne d’Andreï Sakharov, Prix Nobel de la Paix en 1975. Entre ces deux groupes, il y eut ces milliers d’hommes qui  perdirent leurs illusions et qui, après la guerre, pour de multiples raisons, se résignèrent. C’est le cas de Nikolaï Nikouline, qui s’illustra à Leningrad, Varsovie et Berlin et devint conservateur au musée de l’Ermitage à St Pétersbourg. Jusqu’à sa mort, il affirma que « ceux qui ont gagné la guerre, soit ils sont tombés sur le champ de bataille, soit, accablés par le poids de l’après-guerre, ils sont devenus alcooliques. »

Nicolas Pontic, Koursk : Staline défie Hitler, Tallandier, 2015

Jean Lopez et  Lasha Otkhmezuri, Grandeur et misère de l’Armée rouge, Perrin, coll. Tempus, 2015

Laurent Pfaadt

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