Notre meilleur ennemi

WellingtonLe vainqueur de Napoléon
enfin à l’honneur

La France n’aime pas ses vainqueurs surtout lorsqu’il s’agit de celui qui mit un terme à la gloire de l’un de nos plus illustres héros, Napoléon Bonaparte. Car, Arthur Wellesley, duc de Wellington peut être considéré comme le grand oublié de l’historiographie napoléonienne française. Même le tsar Alexandre, allié puis ennemi de l’empereur, eut droit à plus d’égards. Et en ces temps de commémoration du bicentenaire de la défaite de Waterloo, son artisan faillit passer à la trappe.

C’était sans compter avec Antoine d’Arjuzon, auteur d’un remarquable Caulaincourt (Perrin, 2012) qui republie sa biographie du maréchal anglais (Perrin, 1998). Entré très jeune dans l’armée et après des classes aux Pays-Bas ou en Inde, Wellington se révéla durant les guerres napoléoniennes. Commandant les forces anglo-espagnoles au Portugal et en Espagne, il infligea aux Français et à leurs alliés, de lourdes défaites. L’auteur insiste d’ailleurs à juste titre sur les grandes qualités de stratège de Wellington. Ce dernier étudia en profondeur la tactique utilisée par Napoléon, la décortiqua pour mieux la contrer. « Il est capable de mobiliser son intelligence pour trouver la meilleure solution au problème qui e pose à lui (…) Minutie, patience et détermination ne le quitte jamais » écrit ainsi d’Arjuzon.

C’est avec ces qualités qui vainquirent de nombreux maréchaux de l’Empire qu’il se présenta face Napoléon en ce mois de juin 1815 sur la plaine de Waterloo. Les deux hommes nés la même année (1769) ne s’étaient jamais affrontés. Jour après jour, heure après heure, l’auteur nous conte l’affrontement de ces deux titans qui allait tourner à l’avantage du Britannique en ce 18 juin 1815. En dépit de sa victoire face à Napoléon qu’il respectait au demeurant, Wellington ne fut pas l’ennemi de la France comme en témoigne son opposition aux revendications territoriales prussiennes lors du congrès de Vienne en 1814 auquel il assista en tant qu’ambassadeur.

Devenu le héros de toute une nation, Wellington affronta une autre bataille autrement plus meurtrière : celle de la politique. Il s’y montra nettement moins brillant, piètre stratège. L’autre grand mérite de l’ouvrage est d’aller au-delà de la simple perspective historique franco-française et de montrer comment Wellington, et après lui Ulysse Grant puis Dwight Eisenhower, sut capitaliser sa popularité pour accéder aux plus hautes fonctions politiques. Membre du Parlement britannique dans ses jeunes années, il est nommé par le roi George IV, Premier ministre, en 1828. L’histoire militaire laisse alors la place à une histoire sociale, économique de la Grande-Bretagne où pendant près de trois années, le duc de Wellington fut dépassé par les évènements, ne pressentant pas « l’accélération des changements dans les domaines politiques, sociaux et économiques qui vont marquer le siècle » et qui allait faire de la Grande-Bretagne la première puissance du globe.

Malgré cet échec, cette biographie très complète est là pour rappeler que celui qui restera à jamais le vainqueur de Napoléon, appartient en compagnie de l’Empereur « au patrimoine historique de toute l’Europe ».

Antoine d’Arjuzon, Wellington, Perrin, 2015

Laurent Pfaadt

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