Le baroud de déshonneur du Troisième Reich

ArdennesAprès Berlin et Stalingrad, Anthony Beevor signe un nouveau livre de référence sur la bataille des
Ardennes.

La première question qui nous vient à l’esprit avant même d’ouvrir l’ouvrage est celle-ci : la bataille des
Ardennes aurait-elle pu changer le cours de la guerre ? Anthony Beevor, auteur désormais mondialement connu et spécialiste émérite de la
seconde guerre mondiale, répond sans hésiter : non.

Avec le style enlevé qui est le sien et qui a fait le succès de ses livres précédents, Anthony Beevor plonge dans cet hiver glacial entre décembre 1944 et février 1945 où la Wehrmacht, alors en pleine déconfiture sur le Front de l’Est, tente de barrer la route de l’Allemagne aux forces Alliés débarquées six mois plus tôt sur les plages de Normandie. Grâce à une accalmie à l’Est, Hitler regroupe ses forces et lance le 16 décembre 1944 la fameuse contre-offensive des Ardennes.

Les Alliés, qui ont sous-estimé l’attaque, sont vite débordés et, pendant plusieurs jours, affrontent une Wehrmacht galvanisée, aidée par les meilleures unités de la SS qui profite d’une couverture aérienne défaillante. Mais l’auteur montre bien qu’avant d’être une quasi-victoire allemande, la bataille des Ardennes faillit surtout être une quasi-défaite des Alliés car « l’effet de surprise avait joué, mais il n’avait pas provoqué du côté américain l’effondrement du moral escompté ».

La percée allemande des premiers jours de l’offensive a surtout mis en lumière les dysfonctionnements du camp allié notamment en matière de renseignement. Anthony Beevor explique d’ailleurs en détail les dissenssions au sein de l’état-major qui allaient conduire à une rupture durable dans l’unité du camp occidental.

Le grand attrait de l’ouvrage montre aussi bien la guerre dans les états-majors, en cela la présence de cartes nous permet de suivre jour après jour et parfois heure après heure les grandes manœuvres des armées et leurs conséquences stratégiques. Mais l’auteur nous emmène également au coté des hommes de part et d’autre de la ligne de front en compagnie du commandant SS Joachim Peiper ou de Kurt Vonnegut, le futur grand écrivain de science-fiction qui servit dans le 423e régiment d’infanterie de l’armée américaine.

La bataille des Ardennes resta également dans les mémoires ses crimes de guerre ayant, à cette occasion, « atteint un degré de sauvagerie sans précédent sur le front Ouest ». L’auteur n’omet pas les exactions des troupes allemandes notamment à Malmédy mais il relate également les massacres de prisonniers allemands par des soldats américains assoiffés de vengeance et qui furent couverts par leur hiérarchie militaire.

Grace à son style narratif très vivant appuyé sur une solide documentation parfois inédite et sa capacité à aborder la guerre à hauteur d’homme pour une meilleure compréhension des enjeux, l’ouvrage d’Anthony Beevor constitue la réréfence de cette bataille qui fut le dernier soupir d’un monstre agonisant.

Anthony Beevor, Ardennes 1944 : le va-tout de Hitler, Calmann-Lévy, 2015

Laurent Pfaadt

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