Archives de catégorie : Musique

Retrouvailles berlioziennes

Le compositeur français était à l’honneur du concert de l’orchestre philharmonique de Strasbourg

copyright Grégory Massat

On aurait dit une réunion de famille. Car entre Berlioz, le chef
d’orchestre John Nelson et le ténor américain Michael Spyres, la
relation est tellement forte que l’on peut aisément parler de
communion. Ayant gravé ensemble plusieurs disques de référence
dont les Troyens et la Damnation de Faust chez Erato, John Nelson et
Michael Spyres ont ainsi retrouvé dans la capitale alsacienne leur
compositeur favori.

Avec l’ouverture de Béatrice et Bénédict, emprunte à la fois de
légèreté et de fougue, la chef a donné le ton. Le ténor américain
pouvait ainsi entrer en scène. Ses Nuits d’été aux accents tantôt
bucoliques, tantôt ténébreux et formidablement accompagnés par
des cordes très inspirées, ont tracé un sentier qui est passé par
champs et cimetières. Avec sa voix souvent qualifiée de baritenor,
Michael Spyres conduisit le spectateur dans une promenade au
milieu de paysages italiens tout droit sortis de Shakespeare.

Au détour de l’un d’entre eux, soufflait un vent, celui de l’alto de
Timothy Ridout. Avec un Harold en Italie de toute beauté, l’altiste
britannique de vingt-six ans dont le nom devrait très vite s’imposer
sur les grandes scènes européennes aux côtés des Zimmermann et des Tamestit, a d’emblée captivé son auditoire grâce à un toucher
unique mis au service de l’incroyable musicalité de son instrument.
John Nelson, amiral aux commandes d’un vaisseau philharmonique
qu’il connait bien pour l’avoir dirigé lors de batailles homériques ou
face au diable a, quant à lui, été, une fois de plus, impérial dans cette
œuvre majeure du répertoire pour alto.

Le public était-il préparé à cet Harold en Italie de grande classe ?
Probablement pas. Ceux qui avaient quitté la salle à l’entracte en
furent donc pour leurs frais. Le jeu proprement ensorcelant de
Ridout s’est fondu à merveille dans un orchestre qui lui offrit, en
retour, quelques dialogues de toute beauté notamment avec la
sublime harpe de Salomé Mokdad. Au milieu de ce paysage sonore,
l’alto a ainsi tracé une palette d’ombres et de lumières. Comme un
aigle aux ailes de feu surgissant du crépuscule et de l’arrière de la
salle comme il est de coutume dans cette oeuvre, Timothy Ridout a
transcendé Berlioz avant de délivrer un Hindemith de toute beauté,
pour le plus grand bonheur de spectateurs conquis.

Par Laurent Pfaadt

A écouter :

Michael Spyres, Baritenor, Orchestre philharmonique de Strasbourg, dir. Marko Letonja, Erato
Chez Warner Classics

Timothy Ridout, Britten, Vaughan Williams, Martinu, Hindemith, Orchestre de chambre de Lausanne, dir. James Philipps
Chez Claves records

Jours de Brahms à Baden-Baden

© Manolo Press / Michael Bode

En compagnie du Münchner Philharmoniker, du Würth
Philharmoniker et d’une pléiade de solistes, le Festpielhaus de
Baden-Baden rendait hommage au célèbre compositeur allemand
à l’occasion de la 28e édition de sa Brahmstage

Deux jours étaient au moins nécessaires pour rendre l’hommage
mérité à Johannes Brahms qui séjourna voilà presque 130 ans dans
la station thermale. S’il avait su que des centaines de milliers de
musiciens à travers le monde lui voueraient encore aujourd’hui un
véritable culte, il aurait certainement esquissé un sourire malicieux.
Car cela n’a pas été toujours le cas, notamment lorsqu’il créa son
premier concerto pour piano, hué lors de l’une de ses premières
représentations.

Rien de tel avec Igor Levit et Valéry Gergiev. La complicité entre les
deux hommes apparut très vite évidente. Le Müncher
Philharmoniker qui n’a rien à envier à son homologue de la radio –
bien au contraire – s’est très vite senti à l’aise dans cette œuvre.
Avec sa technique sans faille, mise au service d’une interprétation
somme toute assez classique, Igor Levit a laissé à l’orchestre
l’initiative de l’inspiration. Se produisant avec les plus grands
orchestres du monde, le pianiste russe a endossé le rôle de l’archer,
perché sur les murailles du concerto, et tirant mille et une flèches
étincelantes puisées dans le carquois de l’orchestre. Tantôt pleines
de feu, tantôt gorgées de miel, elles ont ravi, sous les doigts d’Igor
Levit, les spectateurs du Festspielhaus.

Le double concerto bénéficia, lui, d’un meilleur accueil en 1887. Son
interprétation par le Würth Philharmoniker, la violoniste Veronika
Eberle – assurément star en devenir – et le violoncelliste Alban
Gerhardt qui se produisait pour la première fois sur la scène du
Festspielhaus, constitua à n’en point douter le point d’orgue de ces
Brahmstage. Né en 2017 de la volonté et surtout de la passion pour
les arts et notamment pour la musique de l’industriel allemand
Reinhold Würth, et dirigé par le chef italien Claudio Vandelli, le
Würth Philharmoniker constitua indiscutablement la belle surprise
du weekend. L’alchimie entre l’orchestre et les solistes fonctionna à
merveille, tant le plaisir partagé était manifeste et est très vite
devenu contagieux. La faute au pianiste Lars Vogt qui, après avoir
réuni ses amis musiciens, a offert au public un 5e concerto pour
piano de Beethoven absolument divin. Véritable surdoué, capable de
susciter une pléiade d’émotions, Lars Vogt ne s’est pas contenté
d’une simple interprétation mais s’est empressé de réunir ses petits
camarades pour nous interpréter, toujours en compagnie d’un
orchestre qui ne demandait que cela, le final du triple concerto de
Beethoven.

Souvent présenté comme le successeur de Beethoven, Johannes
Brahms s’inscrivit dans une tradition musicale viennoise qui courut
jusqu’au début du 20e siècle. Son influence se diffusa notamment
dans les œuvres de Bruckner et de Mahler. D’ailleurs,
l’interprétation absolument magnifique de la sixième symphonie de
Bruckner par le Münchner Philharmoniker dirigé par son désormais
chef attitré, le Russe Valéry Gergiev, effectua ainsi le trait d’union
entre un Brahms et un Mahler qui d’ailleurs créa cette même
symphonie, en 1899 à Vienne. Déjà perceptible dans le concerto de Brahms, l’orchestre semblait porté par un souffle épique, comme
celui d’un dragon endormi qui vient à se réveiller. Dans cette
symphonie, l’orchestre passa avec autant de maestria de l’héroïsme,
notamment dans la très belle coda de la fin du premier mouvement
au bucolisme le plus sensible grâce à des vents particulièrement
inspirés. Valery Gergiev réussissant une fois de plus à transformer
les rivières souterraines en torrents furieux, le murmure en colère.
Quelque part dans la salle devaient traîner les oreilles du grand
Brahms. Et après ses Brahmstage, nul doute qu’il souriait à nouveau.

Par Laurent Pfaadt

Retrouvez toute la programmation du Festspielhaus de
Baden-Baden sur : https://www.festspielhaus.de/fr/

Les légendes sont de retour…

Herbert Blomstedt et l’Orchestre Philharmonique de Vienne inauguraient la saison de la Philharmonie du Luxembourg

Herbert Blomstedt
© : Philharmonie Luxembourg / Sébastien Grébille

Avec les mythiques Wiener Philharmoniker et Herbert Blomstedt, la
Philharmonie du Luxembourg ouvrait en grande pompe, en ce 4
septembre 2021, sa saison après deux années d’orages et
d’inquiétudes. Il fallait donc bien le cor de la 4e symphonie de
Bruckner pour réveiller nos cœurs endoloris.

Tout commença avec la 8e Inachevée de Franz Schubert. Le chef
suédois, qui vient de fêter ses 94 ans, avait décidé de chevaucher la
tempête qui couvait encore au-dessus du Grand-Duché. Avec des
contrebasses ténébreuses à souhait, le ton était donné, celui d’un
orchestre résonnant comme un être vivant. Revêtu de son
traditionnel habit romantique, l’orchestre, au son si parfait dispensé
par des cordes battant comme un cœur, fut à nouveau à la hauteur
de sa réputation. Blomstedt, tel Hermès le messager, d’un petit geste
de la main, mi-caresse, mi-pichenette, chassa les nuages pour ouvrir
en grand la voûte céleste et inscrire sa symphonie dans quelque
chose qui prit des airs de destinée.

Avec Bruckner, le récit devint odyssée. D’Hermès, Herbert
Blomstedt se mua en Zeus, se saisissant du foudre pour le brandir
dans un premier mouvement tonitruant qui fit trembler une
Philharmonie transformée en Olympe au son de cuivres étincelants
polis par les années américaines du chef. Un sentiment d’achèvement se dégagea ensuite du deuxième mouvement comme
si l’orchestre tenait le monde dans ses bras et le berçait au son de ses
vents enchanteurs. Dieux et légendes se rencontraient avec
Blomstedt en aède post-romantique. Et lorsque retentit la coda,
apothéose et majesté pétrifièrent telle Méduse, une assistance et un
chef qui eut droit à une standing ovation plus que méritée.

La phalange viennoise ouvrit les traditionnels rendez-vous des
Grands Orchestres de la Philharmonie qui verra également se
succéder le London Symphony Orchestra ou la Filarmonia della
Scala menés par les plus grandes baguettes : Sir Simon Rattle, Valéry
Gergiev, Zubin Mehta ou Daniel Barenboïm. Face à ces monuments,
l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg et son désormais chef
emblématique, Gustavo Gimeno, fera résonner son expressivité et
sa couleur dans quelques grandes pages du répertoire. Il sera
accompagné par quelques solistes d’exception comme la « captivante
conteuse », Béatrice Rana qui se produira avec Rachmaninov pour la
première fois dans le Grand-Duché – elle reviendra une seconde fois
avec Yannick Nézet-Séguin et le Symphonieorchester des
Bayerischen Rundfunks – et l’irremplaçable Isabelle Faust, artiste en
résidence, dans le concerto méconnu de Britten. Pour tous ceux qui
préfèreront l’intimité d’une sonate ou d’un quatuor, le programme
leur réservera quelques belles surprises comme cette sonate pour
violoncelle et piano de Dimitri Chostakovitch par Gautier Capuçon
et Yulia Wang ou ce dialogue musical à travers les époques entre la
violoniste Patricia Kopatchinskaja et la violoncelliste Sol Gabetta qui
suscite déjà de magnifiques promesses. Le quatuor Belcea fera
résonner les accords de la célèbre Jeune Fille et la Mort de Schubert
tandis que les génies de demain, en particulier Isata Kanneh-Mason
ou Lucie Horsch à la flûte à bec nous conduiront sur les sentiers de
Gubaidulina, Mozart et Dvorak

Quelques-unes des plus belles voix de notre temps (Diana Damrau,
Cécilia Bartoli, Rolando Villazon ou Joyce Di Donato) viendront
enchanter nos nuits et répondront à celles, plus éclectiques de
Marcel Khalifé et de Gilberto Gil, et électriques de Damon Albarn
(ex-Blur et Gorillaz) et Pat Metheny pour composer au-dessus de
l’écrin de la Philharmonie, un ciel où les légendes de la musique continueront à s’écrire.

Par Laurent Pfaadt

Retrouvez toute la programmation de la Philharmonie sur :

https://www.philharmonie.lu/fr/

Le piano revient au musée

Annulé en 2020, le festival Piano au musée Würth est de retour
avec un programme tout en animalité

Les Métaboles

Privés l’an passé de festival, les amoureux du piano attendaient avec
impatience de pouvoir retrouver le très bel auditorium du musée
Würth et la programmation de cette nouvelle édition. Selon le
souhait des organisateurs, Marie-France Bertrand, la directrice du
Musée Würth et Olivier Erouart, le directeur artistique de Piano au
Musée Würth, il a été décidé de reprendre la programmation et les
artistes programmés l’an passé tout en les insérant dans la
thématique de l’exposition du musée, « Bestia. Les animaux dans la
collection Würth ».

C’est donc en compagnie d’animaux musicaux que les spectateurs
voyageront cette année dans l’histoire de la musique. Le concert de
Clément Lefebvre, lauréat du Concours International Long-Thibaud-
Crespin 2019, constituera, à n’en point douter le point d’orgue de
cette édition. Tel Saint François d’Assise, il dialoguera avec les Petites
Esquisses d’oiseaux d’Olivier Messiaen avant de nous livrer quelques
pièces connues telles Pavane pour une infante défunte ou le tombeau
de Couperin de Maurice Ravel. C’est dans un autre tombeau, celui du
compositeur alsacien Auguste Schirlé, dont on célèbrera le 50e
anniversaire de la mort, que nous convierons le violoniste Joseph
Offenstein et le pianiste Christian Finance.

Claire Désert, autre grand moment du festival, nous conduira dans
les Scènes de la forêt (Waldszenen) de Schuman ainsi que dans les
Préludes de Debussy pour des déambulations, sous ses doigts de fée,
qui promettent d’être oniriques. Celles-ci se poursuivront sous la
baguette de Manuel Mendoza, directeur musical d’EI Sistema-
France qui dirige l’Orchestre symphonique du Conservatoire de
Strasbourg depuis 2016, pour une interprétation du Carnaval des
animaux de Camille Saint-Saëns qui promet d’être haute en couleurs.

L’ensemble des Métaboles dirigé par Léo Warynski et accompagné
au piano par Yoan Héreau et Edoardo Torbianelli, fêtera leurs dix ans
d’existence au Musée Würth avec les Liebeslieder de Johannes
Brahms tandis que le célèbre trio Zadig qui triomphe dans le monde
entier fera une halte à Erstein pour nous emmener dans le répertoire romantique au son du fameux trio l’Archiduc de
Beethoven et des Saisons de Tchaïkovski. Restera au benjamin de
l’édition, Virgile Roche de s’attaquer de la plus belle des manières
aux monumentaux Tableaux d’une exposition de Moussorgski. La
Poule de Rameau sera devenue Baba Yaga et la musique se fera, à
n’en point douter, légende.

Par Laurent Pfaadt

Retrouvez toute la programmation de Piano au musée Wurth sur :

Europäische Kulturtage

Die Auseinandersetzung über die Versprechen Europas geht
auch nach den EKT weiter.

Jazz & Literatur „Gehen oder die Kunst, ein wildes und poetisches Leben zu führen“
Foto: Badisches Staatstheater

Viele digitale Produktionen sind weiterhin im Internet unter
www.europaeische-kulturtage.de abrufbar. Die Ausstellungen
bleiben bis zum Ende ihrer Laufzeit aufgebaut und können, wenn
Museen und Ausstellungshäuser wieder öffnen, vielleicht doch noch
persönlich vor Ort besichtigt werden.

Bleibend ist auch das zu den EKT erschienene Europa-Lesebuch mit
Statements, Essays und Interviews unter anderem von Ursula von
der Leyen, Katarina Barley, Stephan Harbarth, Rebecca Saunders,
Ilker çatak oder Fridays for Future. Das Buch kann unter
www.europaeische-kulturtage.de als pdf heruntergeladen oder
gedruckt unter ekt@kultur.karlsruhe.de bestellt werden.

EKT Karlsruhe
2.5. – 16.5.2021

Pâques russes à Baden-Baden

Festival de Pâques 2021 & 2012

BPhil BB, Kirill Petrenko
© Monika Rittershaus

Le 12 mars en conférence de presse (par Zoom), le directeur général
du Festspielhaus de Baden-Baden, Benedikt Stampa, très entouré, a
présenté l’épine dorsale des deux prochains Festivals de Pâques : 
l’opéra russe autour de Tchaïkovski et Pouchkine en étroite
collaboration avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin 
(représentés par Olaf Maninger, violoncelle solo) et son chef 
Kirill Petrenko.

L’édition 2021 – qui ne peut se tenir aux dates prévues en raison de
la pandémie – sera rattrapée du 6 au 9 mai avec un programme
réduit, celle de 2022 se déroulera l’an prochain du 9 au 18 avril.

Kirill Petrenko, chef principal de la phalange berlinoise depuis 2019,
rappelait la commotion d’avoir dû suspendre Fidelio l’an passé. Ce
printemps, il a fallu « déplacer Pâques en mai », pour préserver cette
collaboration avec le Festival à laquelle il est très attaché et qui
permet au Berliner de cultiver sa tradition d’orchestre de fosse. Il est
très heureux d’offrir aux festivaliers Mazeppa, un opéra avec de
beaux personnages et que Tchaïkovski a innervé de thèmes
folkloriques. L’œuvre entrera au répertoire de l’orchestre et sera
donné en version concertante avec une belle distribution vocale
(dont Olga Peretyatko en Maria, Vladislav Sulimsky en Mazeppa).
Le maestro dirigera aussi deux productions en 2022, toujours de
Tchaïkovski : « La dame de pique » dans une nouvelle mise en scène
de Moshe Leiser et Patrice Caurier et « Yolantha » en version de
concert.

Anna Netrebko

Également programmés au printemps 2022, les trois plus célèbres
ballets de Stravinsky interprétés par les Berliner et trois
prestigieuses sopranos : Asmik Grigorian, Anna Netrebko et Sonya
Yoncheva.

Dans l’immédiat, durant la semaine de Pâques 2021 (du 1er au 5
avril), le Festspielhaus Baden-Baden poursuivra son HausFestspiel 
en streaming gratuit et en direct avec des membres du Berliner
Philharmoniker. Le dimanche de Pâques (4/04) à 17 heures,
l’orchestre au grand complet dirigé par Kirill Petrenko s’invitera sur
Arte avec des œuvres de Tchaïkovsky et Rachmaninov.

Les prochains jours, un « concert expérimental » des Berliner rôdera
les protocoles pour valider un accueil sûr et serein du public comme
des musiciens. Cela permettra de préciser la jauge de mai et d’ouvrir
la billetterie (préventes seulement à partir du 9 avril pour le Festival
2021, mais dès le 18 mars 2021 pour l’édition 2022).

Toutes ces informations sont évidemment données avec les réserves
d’usage en ces temps chahutés. Pour les mélomanes, le mieux est de
vérifier le détail de la programmation sur le site du Festspielhaus.

Par Luc Maechel

Musée Unterlinden

Stabat Mater « divin poème de la douleur » selon Bellini

Karen Barbaux, soprano finaliste du Concours Voix Nouvelles et membre du Choeur

Le Musée Unterlinden accueillera un concert Le Stabat Mater
« divin poème de la douleur » selon Bellini du Chœur de Chambre
de Colmar-Alsace enregistré le 14 mars dans la Chapelle du Musée
et diffusé le 2 avril sur les réseaux sociaux. En ces temps de
fermeture des établissements culturels, ce concert au Musée,
permet à deux acteurs culturels d’imaginer une collaboration inédite
et fructueuse : le Musée Unterlinden, d’une part avec sa collection et
notamment son chef d’œuvre le Retable et le Chœur de Chambre de
Colmar, d’autre part, l’ensemble professionnel international parrainé
par Mireille Delunsch, l’une des artistes lyriques les plus
importantes de notre région. 

Être audacieux » Musique & peinture Pantxika de Paepe, directrice
du musée a sélectionné plusieurs œuvres représentatives issues des
collections du musée, en lien avec la thématique du Stabat Mater en
couvrant toutes les périodes stylistiques et allant, ouvertement,
jusqu’à l’art contemporain. En introduction au concert, la directrice
éclairera ainsi la thématique même du Stabat permettant au public
de mieux comprendre comment l’œuvre de Scarlatti s’intègre
pleinement dans un contexte socio-historico-artistique.

Cyril Pallaud, directeur musical du Choeur de Chambre de Colmar-Alsace

« Notre souhait pour la diffusion de ce concert était de s’entourer d’un
média régional de qualité, fortement implanté et spécialisé en musique
classique : Accent 4. Afin de correspondre parfaitement au lieu et au
format, le programme du concert annulé a été adapté – nous confie Lucie
Guati, administratrice de l’ensemble. La Crucifixion de Mathias
Grünewald et le jour du Vendredi saint sont des « figures obligées » qui
orientent nécessairement notre programmation vers des œuvres
musicales sacrées écrites sur ce sujet. Le choix d’un Stabat Mater, ce «
divin poème de la douleur » selon Bellini . qui n’est autre que le fil rouge de
la saison 2020/2021 du Chœur de Chambre de Colmar s’est imposé
comme une évidence. »

Klangformator | Live-Stream

feat. Adrian Mears
Mi 10.02. | 20:00 Uhr | Live-Stream über
#infreiburgzuhause.de

Für den Klangformator im Februar kommt der gebürtige Australier
Adrian Maers ins E-WERK. Adrian Maers lebt schon länger im
Dreiländereck, von wo aus er sowohl regional, als auch mit den
Weltstars des Jazz arbeitet. Neben seiner Tätigkeit als Posaunist (er
ist auf über 62 Veröffentlichungen zu hören!) ist er seit 20 Jahren
Dozent am Jazzcampus Basel.

Der Posaunist, Komponist und Didgeridoo-Spieler, Jahrgang 1969,
landete nach einer Zwischenstation in München bei Lörrach an der
Schweizer Grenze, wo er heute lebt. Bereits in Australien wurde er
zum besten australischen Posaunisten gewählt und für seine
Kompositionen ausgezeichnet. Mit seinem dortigen Jazz Quintet
„Free Spirits“ gewann er die Auszeichnung „Beste australische
Band“. Nach einem Studienaufenthalt in New York, wo er bei Conrad
Herwig, Steve Turre, Robin Eubanks und Slide Hampton Unterricht
nahm, übersiedelte er endgültig nach Europa. Schnell fand er
Anschluss und entwickelte sich zu einer starken Stimme der
deutschen und europäischen Jazzszene.

Gefördert von der Beauftragten der Bundesregierung für Kultur
und Medien, dem Bundesverband Soziokultur, sowie durch die
Fördermaßnahme NEUSTART Kultur

MIT
Adrian Mears (Posaune)
Lou Lecaudey (Posaune)
Jörgen Welander (Tuba)
Konrad Wiemann (Blechbecken und Trommeln)

E-WERK Freiburg
Eschholzstraße 77
D. 79106 Freiburg
http://www.ewerk-freiburg.de

Orchestre philharmonique de Strasbourg

La fermeture des salles de spectacles depuis le dernier automne
entrave bien évidemment le déroulement de la saison 2020-21 de
l’Orchestre philharmonique de Strasbourg. Si la plupart des
concerts ont bien lieu, c’est néanmoins dans une salle privée de son
public, avec des musiciens pour la plupart masqués jouant des
programmes parfois modifiés du fait du nombre restreint de
pupitres autorisés sur scène. Dans cette ambiance
sciencefictionnelle,  les concerts sont enregistrés en vue d’une
diffusion radiophonique (Radio Classique, Accent 4) ou télévisuelle
(Arte). J’ai toutefois eu le bonheur d’être physiquement présent
durant certaines séances d’enregistrement.

Le soir du 28 janvier, l’orchestre enregistrait les seconde, quatrième
et sixième parties d’un des chefs d’œuvre de la musique occidentale,
Le Chant de la terre de Gustav Mahler. Dans ce moment planétaire
qui est aujourd’hui le nôtre, l’écoute de l’immense lied final Der
Abschied revêt une dimension toute particulière, d’autant que
l’interprétation offerte ce soir-là ne mérite que des éloges  tant pour
la prestation vocale de la jeune mezzo Marianne Crebassa(déjà
remarquée il y a trois ans lors de l’enregistrement des Troyens) que
pour la direction orchestrale du chef Stanislav Kochanovsky,
originaire de Saint Petersbourg et dont les concerts publiques avec
l’Orchestre de Paris en octobre dernier ont eux aussi été très
remarqués. A Strasbourg, circonstance sanitaire oblige, on a
renoncé au grand orchestre mahlérien et opté pour la très habile
version pour tout petit orchestre (une quinzaine d’instruments !)
écrite par Arnold Schoenberg. Il n’empêche : même ainsi, la
puissance dramatique de cette grande œuvre est telle qu’elle s’avère
inébranlable, surtout quand elle est si bien interprétée et si bien
jouée par l’ensemble des musiciens sur scène. Que ce soit dans Der
Einsame im Herbst (Le solitaire en automne), dans Von der Schönheit
(De la beauté) ou dans Der Abschied (L’adieu), le grand style
mahlérien que le chef insuffle à l’orchestre et la voix marmoréenne
de la soliste rayonnent dans cette musique inspirée par la poésie
chinoise de l’époque Tang, disant le caractère éphémère de
l’existence en contraste avec l’inaltérable beauté du monde. Dans
une prodigieuse déclamation finale, sur des paroles de Mahler lui-
même, ‘’la terre adorée, partout, fleurit au printemps et reverdit :
partout toujours, l’horizon bleu luira ! Éternellement…
Éternellement’’, un Éternellement (ewig) repris sept fois pianissimo au son du célesta. 

Enregistrés lors d’une autre séance (où je n’étais pas), les premier,
troisième et cinquième mouvements chantés par le ténor Andreas
Schager furent, m’a-t-on rapporté, d’un niveau comparable. S’il en
est bien ainsi, cette grande symphonie pour voix solistes et
orchestre aura vraiment resplendi à Strasbourg ; car, déjà, en 2012, 
elle avait excellé sous la baguette  de Marko Letonja, lequel achève
aujourd’hui son mandat de directeur de l’orchestre dans des
circonstances que ni lui, ni personne n’avait pu imaginer.

Adam Laloum portrait

Cette année musicale 2021 commençait par un concert joué et
enregistré d’un seul tenant, le vendredi soir 15 janvier, avec la
participation du jeune mais déjà très connu pianiste Adam Laloum.
La suite de Pulcinellade Stravinski précédait le second concerto
pour piano de Brahms. Plus encore que ses autres œuvres
concertantes, celui-ci est une vraie symphonie pour piano et
orchestre, doté qui plus est de non pas trois mais de quatre
mouvements. Le jeu de l’orchestre y revêt une importance égale à
celui du pianiste. A l’instar de toutes les grandes œuvres, ce
concerto autorise des approches très variées, ce dont témoigne la
masse de documents discographiques laissée par les plus grands
pianistes. On peut notamment l’aborder dans un climat automnal et
assagi, celui de la dernière musique de chambre de Brahms. Mais on
peut aussi souligner ce qu’il possède de fébrile et de conflictuel.
C’est en tout cas cette option vitaliste qu’aura retenu Adam Laloum,
pour sa prestation strasbourgeoise du moins, car il m’a confié avoir
déjà abordé l’œuvre dans d’autres perspectives. Toujours est-il que
sous ses doigts ce choix est soutenu avec vaillance. On apprécie tout
particulièrement sa capacité à faire entendre, jusque dans les
passages les plus virtuoses et les moments les plus risqués,
l’évidence du chant au sein même de la texture harmonique. L’ardeur
des tempi n’empêche nullement le mouvement lent de déployer toute sa gravité. 

Tant de qualités pianistiques auraient vraiment mérité un soutien
orchestral plus inspiré. Le chef anglais Duncan Ward, consciencieux
mais flegmatique, aura d’abord fait entendre un Stravinsky terne et
pauvre en couleurs, dépourvu de tout espèce d’humour. Dans
Brahms, tout paraît un peu enlisé alors même que l’effectif restreint
(pour raison sanitaire) pouvait laisser espérer un jeu instrumental
acéré. Dans le sublime début, le dialogue cor-piano manque
vraiment d’aura et de mystère. Cela ne s’arrange guère avec le
premier tutti d’orchestre, pâteux et prosaïque, augurant mal de la
suite. Seul le troisième mouvement adagio, au demeurant répété
trois fois, parvint pour finir à un dialogue piano-orchestre
satisfaisant. 

Michel Le Gris, pour la revue Hebdoscope

Une joie de courte durée

Riccardo Chailly
© Mathias Benguigui

Riccardo Chailly et
l’Orchestre de Paris ont
célébré Beethoven et sa
neuvième symphonie 

On n’a jamais entendu autant
d’hymnes à la joie à Paris
qu’en ce début d’année 2020.
La faute non pas à la crise des
valeurs européennes qui se
répand sur le continent mais
plutôt au début des festivités
du 450e anniversaire de la
naissance du génie de Bonn.

Hasard du calendrier, le concert de l’orchestre de Paris sous la
direction de Riccardo Chailly se tenait le soir même de l’entrée en
vigueur du Brexit. Un spectateur, galvanisé par l’émotion du
concert, lança même, au moment de quitter la salle, un vibrant «
No Brexit ! » comme un dernier appel à nos amis britanniques.

L’émotion avait été au préalable portée à son paroxysme par
l’excellence musicale déployée que n’aurait certainement pas
contesté un Wilhelm Furtwängler même si l’inoubliable interprète
de Beethoven aurait certainement eu quelques remarques à
formuler à son lointain disciple. Car ici, la force de la neuvième
symphonie ne résidait pas tant dans cette puissance orchestrale
et cette dimension épique que sublima le chef allemand jusqu’à la
rendre légendaire. Non, ici, pas d’emphase mais une force
tellurique tenant essentiellement au sens inné de l’harmonie que
le chef, Riccardo Chailly, l’une des meilleures baguettes du monde,
passé par le Concertgebouw d’Amsterdam et la Scala de Milan, a
su instiller à l’orchestre, entourant ainsi son interprétation d’une
magie qui opère à chaque fois.

Cela donna une symphonie vivante, pleine d’énergie et d’une
plasticité sonore assez incroyable que des vents très inspirés et
des percussions en verve ont modelé notamment dans le très
beau troisième mouvement. Un quatuor vocal de choix en
particulier la contralto Gerhild Romberger et le ténor Steve
Devislim, habitués à ces prises de rôle, accompagné d’un chœur de
l’Orchestre de Paris toujours aussi impérial, ont transformé le
final en apothéose. Tous pleuraient de joie, oubliant presque que,
de l’autre côté de la Manche, quelques-uns pleuraient pour
d’autres raisons.

Par Laurent Pfaadt

Programme de l’Orchestre de Paris à retrouver sur www.orchestredeparis.com