Archives de catégorie : Musique

Musée Unterlinden

Stabat Mater « divin poème de la douleur » selon Bellini

Karen Barbaux, soprano finaliste du Concours Voix Nouvelles et membre du Choeur

Le Musée Unterlinden accueillera un concert Le Stabat Mater
« divin poème de la douleur » selon Bellini du Chœur de Chambre
de Colmar-Alsace enregistré le 14 mars dans la Chapelle du Musée
et diffusé le 2 avril sur les réseaux sociaux. En ces temps de
fermeture des établissements culturels, ce concert au Musée,
permet à deux acteurs culturels d’imaginer une collaboration inédite
et fructueuse : le Musée Unterlinden, d’une part avec sa collection et
notamment son chef d’œuvre le Retable et le Chœur de Chambre de
Colmar, d’autre part, l’ensemble professionnel international parrainé
par Mireille Delunsch, l’une des artistes lyriques les plus
importantes de notre région. 

Être audacieux » Musique & peinture Pantxika de Paepe, directrice
du musée a sélectionné plusieurs œuvres représentatives issues des
collections du musée, en lien avec la thématique du Stabat Mater en
couvrant toutes les périodes stylistiques et allant, ouvertement,
jusqu’à l’art contemporain. En introduction au concert, la directrice
éclairera ainsi la thématique même du Stabat permettant au public
de mieux comprendre comment l’œuvre de Scarlatti s’intègre
pleinement dans un contexte socio-historico-artistique.

Cyril Pallaud, directeur musical du Choeur de Chambre de Colmar-Alsace

« Notre souhait pour la diffusion de ce concert était de s’entourer d’un
média régional de qualité, fortement implanté et spécialisé en musique
classique : Accent 4. Afin de correspondre parfaitement au lieu et au
format, le programme du concert annulé a été adapté – nous confie Lucie
Guati, administratrice de l’ensemble. La Crucifixion de Mathias
Grünewald et le jour du Vendredi saint sont des « figures obligées » qui
orientent nécessairement notre programmation vers des œuvres
musicales sacrées écrites sur ce sujet. Le choix d’un Stabat Mater, ce «
divin poème de la douleur » selon Bellini . qui n’est autre que le fil rouge de
la saison 2020/2021 du Chœur de Chambre de Colmar s’est imposé
comme une évidence. »

Klangformator | Live-Stream

feat. Adrian Mears
Mi 10.02. | 20:00 Uhr | Live-Stream über
#infreiburgzuhause.de

Für den Klangformator im Februar kommt der gebürtige Australier
Adrian Maers ins E-WERK. Adrian Maers lebt schon länger im
Dreiländereck, von wo aus er sowohl regional, als auch mit den
Weltstars des Jazz arbeitet. Neben seiner Tätigkeit als Posaunist (er
ist auf über 62 Veröffentlichungen zu hören!) ist er seit 20 Jahren
Dozent am Jazzcampus Basel.

Der Posaunist, Komponist und Didgeridoo-Spieler, Jahrgang 1969,
landete nach einer Zwischenstation in München bei Lörrach an der
Schweizer Grenze, wo er heute lebt. Bereits in Australien wurde er
zum besten australischen Posaunisten gewählt und für seine
Kompositionen ausgezeichnet. Mit seinem dortigen Jazz Quintet
„Free Spirits“ gewann er die Auszeichnung „Beste australische
Band“. Nach einem Studienaufenthalt in New York, wo er bei Conrad
Herwig, Steve Turre, Robin Eubanks und Slide Hampton Unterricht
nahm, übersiedelte er endgültig nach Europa. Schnell fand er
Anschluss und entwickelte sich zu einer starken Stimme der
deutschen und europäischen Jazzszene.

Gefördert von der Beauftragten der Bundesregierung für Kultur
und Medien, dem Bundesverband Soziokultur, sowie durch die
Fördermaßnahme NEUSTART Kultur

MIT
Adrian Mears (Posaune)
Lou Lecaudey (Posaune)
Jörgen Welander (Tuba)
Konrad Wiemann (Blechbecken und Trommeln)

E-WERK Freiburg
Eschholzstraße 77
D. 79106 Freiburg
http://www.ewerk-freiburg.de

Orchestre philharmonique de Strasbourg

La fermeture des salles de spectacles depuis le dernier automne
entrave bien évidemment le déroulement de la saison 2020-21 de
l’Orchestre philharmonique de Strasbourg. Si la plupart des
concerts ont bien lieu, c’est néanmoins dans une salle privée de son
public, avec des musiciens pour la plupart masqués jouant des
programmes parfois modifiés du fait du nombre restreint de
pupitres autorisés sur scène. Dans cette ambiance
sciencefictionnelle,  les concerts sont enregistrés en vue d’une
diffusion radiophonique (Radio Classique, Accent 4) ou télévisuelle
(Arte). J’ai toutefois eu le bonheur d’être physiquement présent
durant certaines séances d’enregistrement.

Le soir du 28 janvier, l’orchestre enregistrait les seconde, quatrième
et sixième parties d’un des chefs d’œuvre de la musique occidentale,
Le Chant de la terre de Gustav Mahler. Dans ce moment planétaire
qui est aujourd’hui le nôtre, l’écoute de l’immense lied final Der
Abschied revêt une dimension toute particulière, d’autant que
l’interprétation offerte ce soir-là ne mérite que des éloges  tant pour
la prestation vocale de la jeune mezzo Marianne Crebassa(déjà
remarquée il y a trois ans lors de l’enregistrement des Troyens) que
pour la direction orchestrale du chef Stanislav Kochanovsky,
originaire de Saint Petersbourg et dont les concerts publiques avec
l’Orchestre de Paris en octobre dernier ont eux aussi été très
remarqués. A Strasbourg, circonstance sanitaire oblige, on a
renoncé au grand orchestre mahlérien et opté pour la très habile
version pour tout petit orchestre (une quinzaine d’instruments !)
écrite par Arnold Schoenberg. Il n’empêche : même ainsi, la
puissance dramatique de cette grande œuvre est telle qu’elle s’avère
inébranlable, surtout quand elle est si bien interprétée et si bien
jouée par l’ensemble des musiciens sur scène. Que ce soit dans Der
Einsame im Herbst (Le solitaire en automne), dans Von der Schönheit
(De la beauté) ou dans Der Abschied (L’adieu), le grand style
mahlérien que le chef insuffle à l’orchestre et la voix marmoréenne
de la soliste rayonnent dans cette musique inspirée par la poésie
chinoise de l’époque Tang, disant le caractère éphémère de
l’existence en contraste avec l’inaltérable beauté du monde. Dans
une prodigieuse déclamation finale, sur des paroles de Mahler lui-
même, ‘’la terre adorée, partout, fleurit au printemps et reverdit :
partout toujours, l’horizon bleu luira ! Éternellement…
Éternellement’’, un Éternellement (ewig) repris sept fois pianissimo au son du célesta. 

Enregistrés lors d’une autre séance (où je n’étais pas), les premier,
troisième et cinquième mouvements chantés par le ténor Andreas
Schager furent, m’a-t-on rapporté, d’un niveau comparable. S’il en
est bien ainsi, cette grande symphonie pour voix solistes et
orchestre aura vraiment resplendi à Strasbourg ; car, déjà, en 2012, 
elle avait excellé sous la baguette  de Marko Letonja, lequel achève
aujourd’hui son mandat de directeur de l’orchestre dans des
circonstances que ni lui, ni personne n’avait pu imaginer.

Adam Laloum portrait

Cette année musicale 2021 commençait par un concert joué et
enregistré d’un seul tenant, le vendredi soir 15 janvier, avec la
participation du jeune mais déjà très connu pianiste Adam Laloum.
La suite de Pulcinellade Stravinski précédait le second concerto
pour piano de Brahms. Plus encore que ses autres œuvres
concertantes, celui-ci est une vraie symphonie pour piano et
orchestre, doté qui plus est de non pas trois mais de quatre
mouvements. Le jeu de l’orchestre y revêt une importance égale à
celui du pianiste. A l’instar de toutes les grandes œuvres, ce
concerto autorise des approches très variées, ce dont témoigne la
masse de documents discographiques laissée par les plus grands
pianistes. On peut notamment l’aborder dans un climat automnal et
assagi, celui de la dernière musique de chambre de Brahms. Mais on
peut aussi souligner ce qu’il possède de fébrile et de conflictuel.
C’est en tout cas cette option vitaliste qu’aura retenu Adam Laloum,
pour sa prestation strasbourgeoise du moins, car il m’a confié avoir
déjà abordé l’œuvre dans d’autres perspectives. Toujours est-il que
sous ses doigts ce choix est soutenu avec vaillance. On apprécie tout
particulièrement sa capacité à faire entendre, jusque dans les
passages les plus virtuoses et les moments les plus risqués,
l’évidence du chant au sein même de la texture harmonique. L’ardeur
des tempi n’empêche nullement le mouvement lent de déployer toute sa gravité. 

Tant de qualités pianistiques auraient vraiment mérité un soutien
orchestral plus inspiré. Le chef anglais Duncan Ward, consciencieux
mais flegmatique, aura d’abord fait entendre un Stravinsky terne et
pauvre en couleurs, dépourvu de tout espèce d’humour. Dans
Brahms, tout paraît un peu enlisé alors même que l’effectif restreint
(pour raison sanitaire) pouvait laisser espérer un jeu instrumental
acéré. Dans le sublime début, le dialogue cor-piano manque
vraiment d’aura et de mystère. Cela ne s’arrange guère avec le
premier tutti d’orchestre, pâteux et prosaïque, augurant mal de la
suite. Seul le troisième mouvement adagio, au demeurant répété
trois fois, parvint pour finir à un dialogue piano-orchestre
satisfaisant. 

Michel Le Gris, pour la revue Hebdoscope

Une joie de courte durée

Riccardo Chailly
© Mathias Benguigui

Riccardo Chailly et
l’Orchestre de Paris ont
célébré Beethoven et sa
neuvième symphonie 

On n’a jamais entendu autant
d’hymnes à la joie à Paris
qu’en ce début d’année 2020.
La faute non pas à la crise des
valeurs européennes qui se
répand sur le continent mais
plutôt au début des festivités
du 450e anniversaire de la
naissance du génie de Bonn.

Hasard du calendrier, le concert de l’orchestre de Paris sous la
direction de Riccardo Chailly se tenait le soir même de l’entrée en
vigueur du Brexit. Un spectateur, galvanisé par l’émotion du
concert, lança même, au moment de quitter la salle, un vibrant «
No Brexit ! » comme un dernier appel à nos amis britanniques.

L’émotion avait été au préalable portée à son paroxysme par
l’excellence musicale déployée que n’aurait certainement pas
contesté un Wilhelm Furtwängler même si l’inoubliable interprète
de Beethoven aurait certainement eu quelques remarques à
formuler à son lointain disciple. Car ici, la force de la neuvième
symphonie ne résidait pas tant dans cette puissance orchestrale
et cette dimension épique que sublima le chef allemand jusqu’à la
rendre légendaire. Non, ici, pas d’emphase mais une force
tellurique tenant essentiellement au sens inné de l’harmonie que
le chef, Riccardo Chailly, l’une des meilleures baguettes du monde,
passé par le Concertgebouw d’Amsterdam et la Scala de Milan, a
su instiller à l’orchestre, entourant ainsi son interprétation d’une
magie qui opère à chaque fois.

Cela donna une symphonie vivante, pleine d’énergie et d’une
plasticité sonore assez incroyable que des vents très inspirés et
des percussions en verve ont modelé notamment dans le très
beau troisième mouvement. Un quatuor vocal de choix en
particulier la contralto Gerhild Romberger et le ténor Steve
Devislim, habitués à ces prises de rôle, accompagné d’un chœur de
l’Orchestre de Paris toujours aussi impérial, ont transformé le
final en apothéose. Tous pleuraient de joie, oubliant presque que,
de l’autre côté de la Manche, quelques-uns pleuraient pour
d’autres raisons.

Par Laurent Pfaadt

Programme de l’Orchestre de Paris à retrouver sur www.orchestredeparis.com

Interview Christophe Rousset

Christophe Rousset
© Eric Larrayadieu

« Salieri, ce mal-
aimé »

Christophe
Rousset est
claveciniste et le
chef fondateur des
Talens lyriques. Sa
formation est
aujourd’hui l’une des meilleures
interprètes de musique baroque, collectionne les récompenses
(victoire de la musique classique, nomination aux Grammy
awards) et ses disques sont régulièrement distingués par la
critique. A l’occasion de l’enregistrement du Tarare d’Antonio
Salieri chez Aparté, Christophe Rousset revient sur ce
compositeur quelque peu oublié.

Après les Danaïdes et les Horaces, vous enregistrez Tarare
d’Antonio Salieri. Qu’est-ce qui vous attire chez ce compositeur ?

Son étiquette de « mal-aimé » de l’histoire de la musique. Salieri
était acclamé partout en Europe et bénéficiait d’une réputation
bien plus importante que celle de Mozart. Cherchons l’erreur!

Comment qualifierez-vous ses opéras français ?

Ils s’inscrivent dans la tradition de Gluck qui lui obtient la
commande des Danaïdes. Il s’inspire sans imiter et va plus loin dans
ses architectures, dans ses audaces, ses couleurs orchestrales bien
plus « viennoises ». Et l’avantage quand Salieri écrit en français
c’est qu’on n’ira pas le comparer à Mozart car ce dernier n’a pas
écrit d’opéra en français. Quelle chance pour Salieri ! Ainsi, son
génie propre peut s’exprimer sans que nous le fassions passer sous
d’injustes fourches caudines.

N’est-il pas un compositeur malaimé qui a eu la « malchance »
d’être né à la même époque que Mozart et éclipsé par
ce dernier ?

Exactement. À part que dans ses opéras en français, Salieri
préfigure clairement une veine romantique et héroïque qui ouvre
vers le XIXe.

Peut-on parler d’influences réciproques entre les deux hommes ?
Car Tarare composé quelques années après les Noces de Figaro et
l’Enlèvement au sérail rappelle fortement ces opéras ?

Sûrement. Cependant, on trouve un peu l’exotisme de l’Enlèvement
au sérail
dans Tarare mais au fond peu de Mozart. En revanche on
trouve beaucoup de Salieri dans Mozart comme la Grotta di
Trofonio
dans Don Giovanni et La Cifra dans Così fan tutte.

Votre approche de Salieri est-elle différente de celle que vous
adoptez avec Lully ou Haendel par exemple ?

Évidemment parce que les esthétiques sont si différents.
Cependant la référence à Lully est toujours pertinente quand on
parle de « tragédie lyrique ». J’avoue beaucoup aimer
personnellement les terrains vierges comme Salieri. Les traditions
d’interprétation de Mozart sont très encombrantes pour un chef
comme moi ! Difficile d’obtenir des Nozze ou un Cosi comme je les
rêve dans mon imaginaire: les chanteurs ont trop d’idées précises,
puisées chez leurs professeurs, chez d’autres chefs ou metteurs en
scène. C’est très contraignant … et ça n’existe heureusement pas
avec Salieri!

On retrouve sur cet opéra quelques chanteurs habitués des
Talens lyriques mais surtout une petite nouvelle : Karine
Deshayes

Karine était Vénus sur un enregistrement que j’ai fait d’une
tragédie d’Henri Desmarets, Vénus et Adonis (1697). Je l’ai connue
toute jeune et lui ai proposé ses premiers récitals en France et à
l’étranger, avant qu’elle ne chante sur les scènes les plus
prestigieuses. C’est un plaisir pour moi de la retrouver après un
autre inédit Uthal de Méhul réalisé il y a deux ans. J’ai juste
regretté que le rôle d’Aspasie dans Tarare soit si court!

Par Laurent Pfaadt

Angélique Kidjo rappelle Marciac à ses racines

Angélique Kidjo
© Laurent Sabathé

La diva béninoise a
enflammé la scène
du festival de jazz

Un concert
d’Angélique Kidjo
est toujours un
moment unique.
Les spectateurs du
festival de Marciac,
l’un des hauts lieux
du jazz en France, ont, une nouvelle fois, pu s’en rendre compte. La
diva africaine revenait dans le Gers avec son nouvel album, Célia,
hommage à Célia Cruz, l’impératrice cubaine de la salsa. Mais il y
avait plus que cela. De toute façon, avec Angélique Kidjo,
ambassadrice d’Amnesty International, il y a toujours plus que de
la musique.

Débuté avec Baila Yemaya, le concert d’Angélique Kidjo a bien
entendu été l’occasion d’interpréter ses derniers titres. De Cucala
et ses « Azucar ! » (sucre) que lançait la reine de la salsa
surnommée « Café com leche » à Quimbara qu’Angélique Kidjo
chanta avec Célia Cruz à Paris dans les années 70, l’atmosphère
s’est très vite chargée de rythmes caribéens. Mais ce concert a
également été l’occasion pour les fans de l’artiste et pour ceux
moins au fait de sa discographie de redécouvrir ou de découvrir
des morceaux plus anciens comme Once in a lifetime (Remain in
light, 2018) ou le virevoltant Toumba (Black Ivory Soul, 2002) tirés
d’univers explorés précédemment. Invitant très vite un public qui
n’attendait que cela, à se joindre à cette musique devenue une
fête, Angélique Kidjo a alors fait ce qu’elle sait faire de mieux :
jeter des ponts entre les musiques et entre les hommes (et les
femmes ne manquerait-elle pas d’ajouter !). Passant aisément de
la salsa au funk ou de la soul à la world music, elle rappela avec sa
musique, véhiculée par les sonorités envoûtantes de son
percussionniste Magatte, venu tout droit du Sénégal, et
symbolisée par Sahara, que l’océan musical séparant l’Afrique de
l’Amérique est aisément franchissable comme l’ont fait les
esclaves du Pérou dans Toro mata et la rumba congolaise.

Ce concert constitua ainsi une nouvelle occasion de se rendre
compte en une heure et demie et en condensé qu’à travers tous
ses albums, Angélique Kidjo personnifie à elle seule la diaspora
musicale de l’Afrique. Là, l’Ethiopie. Ici l’afro-beat de New York. Et
puis le Bénin, omniprésent. Célia n’est au fond qu’une étape
supplémentaire dans ce qu’il convient d’appeler l’œuvre musicale
d’une vie. Et au détour de cette immense communion qui laissa à
chacun un souvenir inoubliable, comme chez cette dizaine de
spectateurs devenus, le temps d’une soirée, des danseurs africains
improvisés, perça quelques moments de grâce notamment ces
accords de la guitare de Dominic James, compagnon de longue
date de la diva, qui rappelèrent ceux du grand Farka Touré.
Comme pour dire que la musique ne meurt jamais.

Si la vie s’apparente souvent à un carnaval, celui qui se répandit
sur la scène du festival de jazz de Marciac se para de couleurs
musicales bigarrées. El les costumes musicaux que la diva revêtit
s’apparentèrent plus à des legs qu’à des hommages : ceux de Célia
Cruz, de Nina Simone, de Miriam Makeba et de toutes celles qui,
dans toutes les chaumières de l’Afrique et du monde et en toute
humilité, font chaque jour de la musique, un hymne à la liberté.
Une reine parmi les reines en somme.

Par Laurent Pfaadt

Pour aller plus loin :

Angélique Kidjo, Celia, Decca records

Retrouvez toute l’actualité de Jazz in Marciac sur www.jazzinmarciac.com

ColmarJazz Festival

Jazz en puissance !

En 2018, une
nouvelle équipe a
pris en charge la
gestion du Colmar
Jazz Festival. Un
nouveau format et
une programmation ambitieuse qui invitent de grands noms sur la
scène musicale colmarienne.

Désormais Colmar et son Festival de Jazz font le buzz avec une
programmation forte et les liens tissés avec d’autres grands
festivals en France, mais aussi au Luxembourg. Colmar devient
« the place to be » pour les artistes, les programmateurs, les curieux
et même, l’équipe en est convaincue, ceux qui n’ont pas l’oreille
« Jazz ».

Soirée inaugurale, le vendredi 13 septembre à la Salle Europe
(gratuite sur réservation). En 1re partie, M’Scheï avec Matthieu
Scheidecker, un groupe de musiciens aguerris et accros à la scène
qui aiment les espaces susceptibles d’accueillir leur musique
originale et audacieuse. Cette première soirée du festival invite
d’emblée un grand nom du Jazz, avec le Bluesman, Big Daddy
Wilson, chanteur américain de « blues rural engagé » et auteur-
compositeur.

Le 20 septembre sur la grande scène du Parc des expositions, ils
sont quatre pour relever le challenge du mariage entre musique
urbaine et jazz, Weare 4 : Sly Johnson, André Ceccarelli, Laurent
de Wilde, Fifi Chayeb. En 1re partie, le gagnant du Tremplin de
l’édition 2018, Obradovic Tixier Duo.

Le lendemain, samedi 21 septembre, toujours au Parc des
expositions, l’incontournable Thomas Dutronc & Les esprits
manouches. En 1re partie, Foehn Trio, qui vous emmènera dans un
voyage musical empli d’émotions et de complicité.

Avec l’ambition de séduire de nouveaux publics, le Festival va à sa
rencontre : jusqu’au Tanzmatten à Sélestat, mardi 17 septembre
avec Sylvain Luc & Stéphane Belmondo.

De même, la collaboration est plus étroite avec le OFF au Grillen
qui, depuis plus de 15 ans, propose de nombreuses découvertes
avec ses concerts gratuits : jazz innovant, musiques improvisées,
etc.

Le message est clair : du Jazz pour tous et partout dans la ville !
Déambulation, Apéros Jazz, Ciné concert, Master Class,
Expositions, partenariat avec des scolaires… Alors surtout ne rien
s’interdire, de toute façon, l’interdit provoque le désir !

Colmar Jazz Festival 

du 1er au 23 septembre 2019

Tout le programme et la billetterie sur 

festival-jazz.colmar.fr

Leopold Mozart

Pendant longtemps,
Léopold Mozart
accepta de vivre dans
l’ombre du génie de
son fils. Il mit entre
parenthèses son
talent de
compositeur qui fut
réel comme en
témoigne cette Missa
Solemnis
si bien que,
pendant longtemps,
on attribua cette œuvre à un éclair de
génie de son jeune fils.

Avec cet enregistrement succédant à celui, unique, de 1982, Léopold
Mozart apparaît non plus comme le père de Wolfgang mais bel et
bien comme le premier des Mozart. Si cette Missa Solemnis s’inscrit
encore dans la musique de son temps dominée par Bach, sa beauté
n’en est pas moins grande. Et à l’écoute de ce disque, il y a
indubitablement un « son » Mozart porté brillamment par
l’orchestre philharmonique de chambre de Bavière, originaire
comme Léopold, d’Augsbourg, qui maintient à merveille les
équilibres sonores avec les chanteurs, et surtout plante les graines
de la future grande messe en ut mineur du fils. A découvrir donc de
toute urgence.

Par Laurent Pfaadt

Missa Solemnis, Bayerische Kammerphilharmonie,
Alessandro de Marchi, Aparté
Chez BR Klassik

Un chat dans les bois

Francesco Piemontesi © Marco Borgreve

Le pianiste suisse
Francesco
Piemontesi a offert
un Ravel de toute
beauté

L’auditorium de
Radio France s’est
transformé, le temps
d’une soirée, en une machine à remonter le temps, embarquant ses
spectateurs dans un voyage au sein de la musique française du 20e
siècle. Centenaire oblige, ce voyage débuta par une subtile
navigation sur les eaux mystérieuses des Jeux de Claude Debussy.
Pareil à un coucher de soleil en plein été, la conduite d’Ingo
Metzmacher, experte en matière de musique du 20e siècle, fut
emprunte de l’onirisme nécessaire à toute interprétation
debussienne bien servie il est vrai par des bois inspirés qui ne
faisaient – on ne le comprit que plus tard – que s’échauffer sur ce
cours d’eau symphonique. L’accompagnement tout en subtilité du
violon solo, Hélène Collerette, renforça ce sentiment de rêve.

C’est alors, au moment où ce voyage atteignait les côtes ravéliennes
qu’un chat nommé Francesco Piemontesi sauta dans ce navire. Il se
rappela certainement ses leçons auprès du grand Weissenberg au
moment d’entamer le concerto en sol majeur de Maurice Ravel. Ses
coups de griffes dessinèrent un jeu alerte, bondissant notamment dans ce premier mouvement qui reste un morceau de bravoure
pianistique pour tous ceux qui s’y frottent. Son excellente maîtrise
du tempo rencontra un orchestre philharmonique de Radio France
virevoltant, transformé en une souris espiègle qui joua plus qu’elle
ne lutta avec le soliste. Cela produisit une réelle complicité, déjà
perceptible au printemps dernier dans les variations symphoniques
de Franck, et surtout une interprétation d’une grande beauté.

Le meilleur restait indubitablement à venir avec l’adagio assai. Le
chat se lova dans cette musique où Piemontesi déploya toute sa
sensibilité. Bien accompagné par des bois de haute volée, on eut
l’impression de voir l’ombre du grand Bernstein dessiner de sa main
une arabesque dans l’air tandis que le temps sembla, un instant,
suspendu. Un triomphe et un sourire satisfait du chef accueillirent la
dernière note du pianiste suisse.

Les bois et en particulier la clarinette et le hautbois n’en avaient pas
encore fini et transformèrent ce triomphe en apothéose. Ils furent à
l’avant-garde d’une deuxième symphonie d’Henri Dutilleux, dite « le
Double » en référence à ces deux orchestres enchâssés
musicalement. Maniant parfaitement les nuances de tonalités et de
rythmes, Ingo Metzmacher bien aidé par l’alto, le violoncelle, le
basson mais surtout par un continuum d’un clavecin de cristal,
réussit à produire cet écho qui est à la base de l’œuvre de Dutilleux.
Il ne lui restait plus alors qu’à conduire ce navire sur les rives
bienveillantes d’un Claude Debussy.

Par Laurent Pfaadt

Concert du 12 octobre 2017

Love is in the saxo

Jowee Omicil © Renaud Monfourny

Le jazzman multi
instrumentiste
Jowee Omicil a
enflammé le New
Morning

Des messages
d’amour par dizaines.
Avec les mains. Avec
sa musique. Pendant près de deux heures, le nouveau petit génie du
jazz, Jowee Omicil a enchaîné titres de son dernier album Love
Matters !
et des morceaux de son opus précédent Let’s Bash ! devant
un public visiblement et à raison acquis à sa cause musicale bigarrée
d’influences diverses.

Tout débuta par un hommage à Charles Aznavour et à sa Bohème
avant d’enchaîner sur un autre petit génie, le non moins connu
Mozart dont il nous offrit sa réinterprétation agrémenté d’un Bash !
Cette onomatopée fut d’ailleurs le cri de ralliement d’un public à son
idole d’un soir qui passa avec bonheur d’un jazz classique version
Thelonius Monk ou Miles Davis au mendé martiniquais ou au rara
haïtien avec ses rythmes déhanchés (Pipillita). Quelques incursions
africaines pour un hommage à Fela Kuti bien aidées en cela par un
petit prodige des percussions, ou orientales toujours revisitées à la
sauce haïtienne se glissèrent dans ce programme avant que la
participation fortuite du grand chanteur haïtien James Germain,
présent dans la salle et interprétant Rara Demare ne ravisse une
foule chantant et dansant debout sur ces rythmes créoles.

Passant aussi facilement d’instruments (saxophone, cornet, flûte
piccolo, clarinette basse ou rhodes) que de lunettes, Jowee Omicil
délivra ainsi un concert mémorable à tous les spectateurs, s’offrant
quelques incursions là où on ne l’attendait pas. C’est ainsi que l’un
des derniers morceaux à la clarinette basse transforma, pendant
quelques minutes, le mythique New Morning en non moins
mythique IRCAM.

Il serait cependant injuste d’évoquer les talents musicaux et de
showman de Jowee Omicil qui n’hésita pas à troquer son saxophone
pour le rhodes sans parler de ses musiciens. Car avec un pianiste
somme toute assez jazzy, un batteur tout droit sorti d’un groupe
soûl des années 70 et un bassiste camerounais au slap virevoltant,
les musiciens du natif de Montréal furent à l’image du style unique
et inventif d’Owicil, produisant une alchimie musicale pleine de
rythmes et de feu qui consuma toutes les timidités. « I want to make
jazz popular now! »
lança-t-il à l’intention d’une foule qui lui offrait
une standing ovation méritée. Mission réussie.

Par Laurent Pfaadt

Concert du 11 octobre 2018
A écouter : Jowee Omicil, Love Matters !  Jazz village (PIAS)