Archives de catégorie : Lecture

Faux poivre, Histoire d’une famille polonaise

Ecrire sur son passé ou sur ceux qui ont fait de vous ce que vous
êtes, avec leurs histoires tragiques,  leurs souffrances, n’est jamais
chose aisée. On en sort bouleversé, transformé. Comme le rappelle
l’essayiste autrichien Martin Pollack dans l’introduction de ce
magnifique livre: « Il n’est jamais facile d’écrire sur sa propre famille, sur
les êtres qui nous sont les plus proches, à qui nous devons une enfance
radieuse et heureuse grâce à l’amour dont ils nous ont entourés. Cet
amour exige notre reconnaissance – et notre loyauté, même si nous ne
partageons pas leurs idées. » Et lorsque cette émotion est adossée à
des questions éthiques, à des interrogations sur le sens à donner à
ceux qui traversent l’histoire sans la changer mais qui changent les
destins des êtres qu’ils engendrent, cela donne des livres qui font
date.

Faux poivre est à ranger dans cette catégorie. Monika Sznajderman
raconte ainsi la vie de sa famille polonaise où les branches juive et
catholique suivent des routes parallèles, chacune avançant
aveuglément ou consciemment au bord du précipice de ce 20e siècle
sanglant sans jamais se voir. Les uns seront décimés, les autres
subiront le déclassement. Grâce aux nombreuses photographies, le
lecteur s’attache très vite aux merveilleuses figures qui traversent
l’ouvrage notamment celles des grands-mères : Amelia, si libre, si
belle, assassinée lors d’un pogrom en 1941 et Maria, aristocrate
romantique comme sortie d’un roman de Romain Gary. Elles sont
rejointes par d’autres personnages, ce grand-père déporté à
Treblinka et Marek, ce père dont le livre n’est finalement qu’un long
dialogue bouleversant. « Pourtant, sur ces photos-là, intactes en
apparence, une ombre apparaît. Meme s’il ne s’agit pas d’une ombre
physique au sens littéral, mais de celle des temps qui se profilent, car nous
en savons davantage, car nous connaissons l’issue » écrit ainsi l’auteur.

Monika Sznajderman marche dans cette ombre avec ses mots
traversés tantôt par des moments de chaleurs, bucoliques, comme
ces étés à la campagne mais le plus souvent brisés par des orages
terribles et glaçants comme lorsque débute la Shoah et se déploie
cette indifférence, antisémite ou non, face au sort de ses voisins juifs
distants de quelques dizaines de kilomètres. Viens alors à l’esprit ces
mots de Valcav Havel, lorsqu’après la guerre, l’oncle Zygmunt est
torturé par les communistes : « Face au mal, il ne faut pas reculer même
si ce mal n’a pas d’abord été commis contre nous. Sinon notre indifférence
aux autres n’aura qu’une seule conséquence : l’indifférence des autres à
notre égard. »

A travers le récit de sa famille qui personnifie dans toute sa
complexité le drame de la Pologne contemporaine victime des deux
totalitarismes du 20e siècle, Monika Sznajderman nous rappelle que
la mémoire, celle que l’on doit aux autres et a fortiori à ceux qui nous
ont précédés, n’est jamais facile à construire. Qu’il nous faut
appréhender ce sentiment d’imposture, sortir de cette culpabilité à
raconter ces vies anonymes et si familières tout en évitant le
jugement et en singularisant ces existences. Suivre avec elle cette
ligne de crête au-dessus des précipices de l’histoire est un privilège
littéraire autant qu’une leçon.

Par Laurent Pfaadt

Monika Sznajderman, Faux poivre, Histoire d’une famille polonaise,
Editions Noir sur Blanc, 288 p.

A lire également :
Martin Pollack, Empereur d’Amérique, le grand exode de Galicie,
Editions Noir sur Blanc, 2015, 256 p.

Charles Perrault

Die schönsten Märchen

Wer kennt sie nicht als liebe Begleiter der Kindheit, die Märchen
vom Aschenputtel,  vom Rotkäppchen, dem Gestiefelten Kater oder
vom Dornröschen, das hundert Jahre schlafen muss, bevor der Prinz
es erweckt?  Die Brüder Grimm oder Ludwig Bechstein waren die
Helden der frühen Jahre, die ersten Erzähler dieser  wunderbaren
Geschichten waren sie nicht. Inspiriert hatten sie sich an Charles
Perrault, der in verschiedenen Ausgaben, zum Teil auch in Versform,
das französische Publikum des 17. und 18.Jahrhunderts mit seinen
rasch zu Klassikern avancierten „Contes“ (Märchen) beschenkte. Die  
Wissenschaftlichen Buchgesellschaft Darmstadt hat neun der
schönsten  in  der Anordnung der Ausgabe von 1698  jetzt wieder in
deutscher Sprache herausgegeben, zusammen mit den  
Illustrationen von Gustave Doré, die seit ihrer ersten Ausgabe von
1861 untrennbar mit Perrault verbunden sind. Die acht Jahre später
ebenfalls mit den Doré-Illustrationen in Stuttgart in einer  Folio-
Ausgabe erschienene erste deutsche Übersetzung stammt von dem
heute vergessenen Schriftsteller Moritz Hartmann, den wir als
linken Abgeordneten im Frankfurter Paulskirchen-Parlament,
Mitstreiter von Robert Blum im Wiener Aufstand,  Teilnehmer an kennen – eine für den Kenner pikante Konstellation, denn Perrault
schrieb im Umfeld Ludwigs XIV., dem er lange als hoher
Kulturbeamter  diente und später mit der „Parallèle des Anciens et
des Modernes“  einen erbittert geführten Kulturstreit über den
Vorrang der Moderne über die griechisch- römische Antike
anzettelte.

Perrault war kein naiver Erzähler. Er hatte eine Mission. Er wollte
nichts weniger als zeigen, dass die französische Kultur seiner Zeit
der griechischen weit  überlegen sei – wo doch schon das
ungebildete Volk sich so reizvolle Geschichten wie die von Riquet
mit dem Schopf, von der  Eselshaut, dem Däumling, der Fee  oder
dem bösen Blaubart erzählte. Um sich von den als wild und
barbarisch abqualifizierten und moralisch höchst bedenklichen
Fabeln eines Aesop abzuheben, brauchte es allerdings einige
Korrekturen. Mit Perrault  hielten Verfeinerung und Zivilisation des
Grand Siècle  Einzug in eine archaische Welt, die er mit Grazie und
Erbaulichkeit anreicherte und  zum Spiegelbild einer am Vorbild des
Sonnenkönigs orientierten Gesellschaft  stilisierte.  
Märchentypische  Verhaltensweisen wie Diebstahl, Lüge,
Täuschung, Verrat, Mord und Menschenfresserei werden
abgebremst und in einem höfische Prunkstil begradigt; sie passten
einfach nicht mehr zu dem an der Vernunft orientierten
Optimismus, den der Schriftsteller seiner Zeit unterstellte. Das gibt
seinen elegant (und nicht ohne leise Ironie) formulierten Texten eine
gewisse innere Unwucht, die sich in der  geheimnisvoll verzauberten
Volkstümlichkeit der Grimm’schen Märchensammlung nicht findet. 

Gustave Doré hat das sehr gut verstanden. Er ist knapp dreißig, als
er sich daranmacht,  seine Vorgänger ein für allemal in die Schranken
zu verweisen. Zwölf Stecher setzen seine Vorlagen um, er selbst
liefert nur die Zeichnungen, in denen  die höfische Welt des
17.Jahrhunderts in Kleidung und Habitus heraufbeschworen wird  –
als Zeitkolorit zitierendes, mehr Frösteln als Schrecken
hervorrufendes  Panoptikum von gepuderte  Perücken tragenden
Karikaturen, die Perrault nicht sehr gefallen haben dürften.
Daneben bezaubern unendlich kleinteilige genrehafte Szenen.
Einfache Leute, Unholde und Riesen werden  holzschnitthaft derb
dargestellt, Mordszenen wie Historienbilder inszeniert. Der
Gestiefelte Kater darf als fein herausgeputzter Kavalier
daherstolzieren und Prinzessinen dürfen nur eines sein, nämlich
sehr sanft und sehr schön. Und immer wieder diese dichten, dunklen
Wälder, in die man ewig hineinsehen kann, weil man immer wieder
etwas Neues darin findet. Doré ist ein Meister des mit Details
überfrachteten Wimmelbildes und der raffinierten exotischen
Aufzüge, deren jeder Logik spottende Exzentrik noch einen Dali
inspirieren:  Seh-Stoff für Stunden.

Die Mischung von mit einem (aus heutiger Sicht) historisch
eigenartig  fragwürdigen Geschichtsbild überzogenen Geschichten
(Perrault) und ihrer interpretierenden Illustration  durch einen
großen Künstler des 19.Jahrhundert (Doré), dazu das flüssige, sehr
lesbare Deutsch der Hartmann’schen Übersetzung, ist wirklich
einzigartig – ein intellektuelles Vergnügen, das sich in der Urfassung
im Grunde  an kulturgeschichtlich interessierte Erwachsene wendet,
die in der Lage und willens sind, allen Finten, scheinbar
überflüssigen Nebensätzen und komplizierten psychologischen
Finessen des Autors zu folgen. Andererseits bringt  jedem, der nur
am Märchenstoff interessiert ist, auch die naive Lesart
beträchtlichen Gewinn. Alle lieben Grimm, aber Perrault war der
erste, der das Märchen in die europäische Literatur eingeführt hat.

Von Sigrid Feeser

wbg Edition, Darmstadt

Perrault, Charles
Die schönsten Märchen
Illustriert von Gustave Doré

Aujourd’hui

Les souvenirs ressemblent à ces poussières d’étoiles, ces fragments
de vie qui virevoltent dans l’espace et le temps. Quelques fois, ils
s’agrègent, se reconstituent autour d’un être, étoile perdue ou astre
mort. Ce sentiment, le lecteur le partage immédiatement en
plongeant dans les mots de Dominique Fabre, cet écrivain de la
mémoire.

A travers le retour d’un homme sur les lieux de son passé, à l’ombre
de la carcasse de la gare Saint Lazare, se déploie une symphonie du
souvenir. Ces petits riens, ces choses sans importance, anodines se
rassemblent alors lentement, au gré des pages, pour former une
existence. Le talent de Dominique Fabre est là : transcender des
banalités pour en faire des expériences sensibles. La prose devient
poésie, la standardisation s’efface pour faire de ses personnages
atomisés, des êtres singuliers avec leurs joies, leurs douleurs, leurs
regrets, leurs frustrations. Le dialogue entre Fabrice et le narrateur
dans le café Malesherbes est à ce titre merveilleux.

Comme les étoiles, ses personnages et les rencontres qu’ils font
semblent invisibles. Mais il ne tient qu’à nous, qu’à eux, de lever la
tête vers le ciel pour voir ces mêmes étoiles et s’y raccrocher. Car,
elles sont là à nous attendre. Elles ont, en fait, toujours été là, avec
nous, parmi nous, avec leurs tristesses inavouées et leurs amitiés
bridées. On se trompe souvent mais on s’aime toujours. L’amour et le
chagrin, mirages urbains et émotionnels, guident les vies des
personnages. Il ne tient qu’à nous également d’écouter les
battements de cœur de ces mirages, « comme on épie derrière une
porte la conversation des parents, la conversation des enfants ». Avec ce
merveilleux récit, Dominique Fabre touche du doigt l’essence même
de la littérature : donner une voix à ceux qui n’en ont pas.
Finalement, ce livre est le nôtre. A nous tous. Anonymes ou pas.

Aujourd’hui offre ainsi un miroir au lecteur, celui de profiter de la vie
même dans son apparente laideur quotidienne. Et en ces temps de
crise, c’est peu dire.

Par Laurent Pfaadt

Dominique Fabre, Aujourd’hui
Chez Fayard, 272 p.

Etrange est le chagrin

Il est toujours délicieux de découvrir un inédit d’un grand écrivain
comme cet Etrange est le chagrin de V.S. Naipaul, Prix Nobel de
littérature 2001. Dans ce petit texte, l’auteur d’Une maison pour
Monsieur Biswas (1961) revient sur le chagrin qu’il éprouva à
l’occasion des décès de son père, de son frère et de son chat. Dans
ces méditations sur la perte, Naipaul décrit à merveille notre
attachement aux êtres qui peuplent nos vies et les transforment –
un chat nous rendant plus humain – ainsi que la fugacité de l’amour
que nous ignorons peut-être trop souvent et que nous regrettons
dès lors qu’il est sublimé par le chagrin.

Vous pensez être devenus plus forts après avoir enduré le chagrin,
être immunisés de son doux poison après l’avoir surmonté. Et
pourtant, nous dit Naipaul, il se renouvèle, se métamorphose et nous
affecte comme s’il s’agissait de la première fois. Etrange, comme
l’amour en somme. Car c’est de cela qu’il s’agit en réalité.

Par Laurent Pfaadt

V.S. Naipaul, Etrange est le chagrin
Hérodios Editions, 42 p.

Le diable parle toutes les langues

Un vieillard revient sur sa vie passée. Il a du sang sur les mains. Et
pour cause : il a été le principal marchand d’armes du début du 20e
siècle. A travers ce livre où la fiction côtoie la réalité, un peu comme
l’avait fait Stephen Marlowe avec les mémoires de Christophe
Colomb, Jennifer Richard,  auteure du très beau Il est à toi ce beau
pays, trace le portait en clair-obscur de Basil Zaharoff, ce « marchand
de mort » comme le qualifia Romain Gary.

Voyageant en sa compagnie ainsi qu’avec sa femme Pilar, princesse
espagnole méprisable à souhait – car derrière tout grand homme, il y
a une femme et celle-ci est à la mesure de son double masculin c’est-
à-dire détestable – Jennifer Richard nous embarque dans un
tourbillon d’aventures aux quatre coins du globe avec quelques
scènes d’anthologie comme cette visite à Saint Pétersbourg en
compagnie de l’inventeur de la mitrailleuse Maxim qui faucha tant
de soldats durant le premier conflit mondial et que Zaharoff vendit
aux deux camps. Jamais d’empathie pour son personnage, pour cet
homme malgré ses doutes, sur le sens qu’il peine à donner à sa vie.
Juste une introspection au scalpel à l’heure où le puissant est
ramené à sa dimension humaine débarrassé de ses oripeaux. 

Archétype de l’opportuniste sans scrupules, Zaharoff ne recula
devant aucune compromission pour parvenir à ses fins : violence,
esclavagisme, meurtre, corruption. Au fil des pages, on se demande
finalement quel but poursuivit Zaharoff : enrichissement personnel ?
Quête de notabilité pour cet enfant des bas-fonds de
Constantinople  ou reconnaissance tant recherchée d’un homme
voué à détruire les autres ? Le lecteur n’obtiendra pas de réponses
car il n’y en a jamais pour les hommes sans morale nous dit l’auteure.

Et à l’instar de ces traces du désert algérien dans lequel Zaharoff
chercha l’or noir, sa mémoire vint à s’effacer. Zaharoff assista ainsi,
de son vivant, à son propre supplice, celui de tomber dans l’oubli. Car
le temps est le plus intraitable des marchands de mort. Il ne négocie
jamais et ses règles ne se discutent pas.

Celui qui a trahi tant de nations finit par être trahi par les siens. La
grande leçon de ce livre est là : le cynisme finit toujours par
consumer celui qui le manie. Zaharoff aurait aimé laissé une trace
dans l’histoire. Aujourd’hui qui se souvient encore de celui qui se prit
pour « Dieu » ? Personne. Ce livre magnifique, finaliste du Prix RTL-
Lire 2021, achève d’abattre un mythe construit sur des crânes. Avec
une plume. 

Par Laurent Pfaadt

Jennifer Richard, Le diable parle toutes les langues,
Chez Albin Michel, 432 p.

Interview – Prix Femina des lycéens 2020

« Un roman qui nous touche par le dilemme de ses personnages si
différents et pourtant si liés. »

Le 9 décembre dernier, le Prix Femina des lycéens 2020 a été
décerné à Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin (Manufacture
de livres). Hebdoscope a rencontré quelques jurys du prix, les
élèves de la classe de 1ère 6 de Marie-Emma Dionne, professeure
de lettres au Lycée Val de Seine, un lycée de la banlieue
rouennaise, qui expliquent leur choix. 

« Ce qu’il faut de nuit, le roman élu par les lycéens lors du vote du Prix
Femina des Lycéens 2020, est un roman touchant traitant d’un sujet
d’actualité avec beaucoup de force. Un roman qui nous touche par le dilemme de ses personnages si différents et pourtant si liés. L’auteur met
en avant deux personnages aux idées fortes, mais contraires, un père et
son fils, de deux tendances politiques différentes. Le développement de la
distance entre ces deux protagonistes est intéressant, le cheminement des
idées est bien construit et développé, les rebondissements s’enchaînent et
surprennent. L’auteur laisse planer le doute quant à la fin du roman, et les
interprétations des dernières pages ont été différentes pour chacun
d’entre nous. Ce qu’il faut de nuit est un roman bien écrit, qui laisse place
à l’imagination et au débat suite à sa lecture. »
(Mylène Morisse)

« J’ai été touché par le désir du père comme du fils de continuer à essayer
de communiquer et de s’aimer malgré toutes leurs différences. Leurs
tentatives de se montrer leur affection sont parfois maladroites. Les
problèmes qu’ils rencontrent ne se limitent pas à un conflit autour d’idées
politiques, mais peuvent être généralisés à une relation compliquée entre
parents et enfants. Ici, le père a du mal à accepter les idées extrémistes de
son fils, le fils a du mal à trouver sa place et à parler de lui, mais il n’est pas
question de prendre parti pour l’un ou pour l’autre, juste question de
donner à voir la difficulté des relations familiales et aussi les
conséquences d’actes que l’on ne maîtrise pas toujours au sein de la
famille, et qui peuvent nous séparer, malgré l’amour que nous nous
portons les uns aux autres. « 
(Marwan Dehbi)

« J’avoue que le début du livre n’a pas été facile à comprendre pour moi,
mais la rencontre physique avec l’auteur qui est venu au Lycée dans le
cadre du Prix Femina des Lycéens m’a éclairée. J’ai bien aimé l’humour de l’auteur et son approche concrète de nos questions. Je me suis remise à
lire le livre grâce aux réponses qui m’avaient été apportées. J’ai trouvé
l’histoire touchante, j’ai beaucoup aimé les liens très forts qui unissent les
deux frères, car je suis issue d’une famille nombreuse, avec sept soeurs,
alors je connais bien ce lien. »
(Sarah Murlin)

« Lire un livre et rencontrer l’auteur qui l’a écrit a été pour nous un
véritable plaisir. Il nous a écoutés, a su nous mettre à l’aise et a éclairé des
zones d’ombre de son livre, tout en nous laissant libres d’interpréter la fin.
Nous avons dans la classe des interprétations différentes de certains
passages du livre, en fonction de nos personnalités, ce qui nous a permis
de discuter littérature, ce qui était assez nouveau pour nous. « 
(Chloé Sauvage)

« Ce qu’il faut de nuit est un roman accessible à tout lecteur. Il se déroule
dans un cadre réaliste, et aborde de nombreux sujets, par petites touches.
Laurent Petitmangin lors de la rencontre a été ouvert et nous a permis
d’aborder toutes sortes de sujets, y compris dans le domaine de la lecture
et de l’écriture, ce qui était très motivant. « 
(Manon Nowaczyk- Lola Rosay- Mathéo Modard- Enzo
Leconte-Agathe Morainville)

« Ce qu’il faut de nuit est un livre très touchant, non seulement grâce à la
relation père-fils qui nous est présentée, mais aussi parce qu’il nous aide à
comprendre l’état d’esprit du père, qui essaie malgré la maladie et la mort
de sa femme, de rester fort et présent pour ses deux fils. Après la
rencontre avec Laurent Petitmangin, nous nous sommes mieux rendus
compte de la sincérité de l’auteur et nous avons vu que cette histoire lui
tenait à cœur. Il nous a dit que dès le départ, il voulait que son roman soit
centré sur la relation père-fils, une relation marquée par la tragédie mais
une relation aimante. La lettre finale de Füss m’a personnellement
beaucoup touchée. Ce qu’il faut de nuit est un roman qui présente des
personnages auxquels on peut s’identifier, l’histoire est captivante et
centrée autour du thème de l’amour. « 
(Djoys Lukuku)

« Je considère comme une chance et une fierté le fait d’avoir été élue pour
représenter la classe au Prix Femina des Lycéens. Tous les livres de la
sélection m’ont apporté quelque chose, et aucun d’entre eux n’était
indigne d’avoir le prix. Ce qu’il faut de nuit garde une place spéciale dans
le palmarès des romans dont nous nous souviendrons. « 
(Cléliah Boucand)

« La rencontre avec l’auteur nous a donné envie de lire le livre. L’histoire
n’est pas toute rose, mais il est facile de s’identifier aux personnages et l’histoire est pleine de rebondissements. La relation fusionnelle qui unit
les membres de la famille rend la fin du roman encore plus surprenante.  »
(Jade Yaya-Yvenislove Vincent- Ambre Koué Bi Seri)

« Dans Ce qu’il faut de nuit, Laurent Petitmangin ne raconte pas
seulement une relation père-fils fusionnelle, mais l’histoire d’un père qui
fait face aux choix de son ainé, à des choix contraires à l’éducation qu’il
lui a donnée. Comment accepter de voir son enfant s’approprier des
valeurs politiques opposées à ses idéaux? Comment accepter le jugement,
la culpabilité qui en résulte lorsque son enfant passe au tribunal  pour
avoir commis un crime?  Laurent Petitmangin nous laisse, nous lecteurs,
libres de choisir l’interprétation du dénouement de ce roman
bouleversant. »
(Charlotte Leduc, Nelson Pirès)M

Merci à tous et à leurs professeurs Marie-Emma Dionne et Hélène Legodec ainsi qu’à Evelyne Bloch-Dano

Propos recueillis par Laurent Pfaadt

Dans le cerveau de Mussolini

Impossible de
terminer cette année
2020 sans dire
quelques mots du M,
l’enfant du siècle

d’Antonio Scurati,
l’un des meilleurs
livres d’histoire de
l’année. Mais est-ce bien un livre d’histoire ou un roman historique ? Peut-être un peu
des deux.

Il ne s’agit pas d’une énième biographie du Duce mais bel et bien de
la vie d’un aventurier qui s’est fait journaliste, écrivain, qui a adopté
toutes les idéologies naissantes du 20e siècle et ne recula devant
rien, absolument rien, pour satisfaire une ambition dévorante.

Dictateur fantasque, clown facétieux, Rastignac de bas étage, Benito
Mussolini avait tout du personnage de roman. Il n’en fallait pas
moins pour qu’Antonio Scurati en fasse ce personnage perdu dans
une histoire véridique, celle du fascisme, celle du totalitarisme à
l’italienne. Mais surtout, dans sa propre histoire. Dans ce livre qui a
remporté le prix Strega, l’équivalent du Goncourt italien, celui qui a
régné sur une Italie qu’il a contribué à mettre à genoux devant un
Adolf Hitler qui l’admira à ses débuts, apparaît nu, sans ce mythe
historique qui a fait de lui ce qu’il n’était pas en réalité. Ici M, tel que
le baptise l’auteur, est avant tout un génie de la communication
dénué de tout scrupule. Adepte de la violence verbale et physique
plutôt que de la vérité dont il a, le premier, compris qu’elle ne servait
à rien, Mussolini apparaît comme un manipulateur et un assassin
notamment celui du député socialiste Matteotti, dont la mort
constitue l’un des grands moments du livre. Grace à une plongée
dans la tête du Duce, Scurati le suit. On est à côté de lui durant ces
meetings où il assène électrochocs et fake news ou lors de la
fameuse marche sur Rome, le 28 octobre 1922. Populisme,
antisystème, anti-élitisme lui servent de boussoles. Dans nos oreilles
résonnent ses mots. Une petite bande originale scande les épisodes.
Elle ressemble un peu à celle d’enquête sur un citoyen au-dessus de
tout soupçon d’Ennio Morricone.

Storyteller de sa propre histoire, Mussolini s’est vu, avec ce livre,
appliquer le jugement de la littérature. Et il est, comme toujours,
implacable. Surtout pour un dictateur. Scurati l’a ainsi emprisonné
dans son propre roman pour l’examiner comme un rat de
laboratoire, finalement pathétique, et en révéler toute  la vacuité.
Avec ce subtil collage de réflexions de Mussolini, de ses proches et
de ses ennemis, d’articles de journaux, de comptes rendus de police,
de journaux intimes ou de correspondances, Scurati propulse son
lecteur dans un tourbillon psychologique.

Parvenu à la fin du livre, le lecteur est KO debout, la boule au ventre
et furieux. Mais comment un type comme lui a-t-il pu réussir ?
Comment une époque privée de repères a-t-elle permis l’ascension
d’un gars comme lui, avançant jusqu’au sommet du pouvoir sans
rencontrer d’obstacles, avec la complicité de ces hommes tellement
brillants et avec l’aide de ces voyous ? L’histoire s’arrête pour
l’instant à la fin de l’année 1924, soit avant la mise en place de la
dictature fasciste. Mais les autres volumes arrivent et avec eux de
nombreux uppercuts historiques…

Par Laurent Pfaadt

Antonion Scurati, M, L’enfant du siècle,
Les Arènes, 868 p.

Déjà l’air fraîchit

Le dixième roman de Florian Ferrier
explore une facette quelque peu
méconnue du Troisième Reich, celle
des femmes instruites. Cantonnées à
leurs rôles de mères et d’agents de
perpétuation de la race aryenne
véhiculés par Hitler et Himmler, il n’y
eut que peu de place pour celles qui
effectuèrent des études et tentèrent
de construire leur propre vie.

Attendant son procès dans la prison
d’Hamelin où se trouvent
emprisonnés quelques criminels de guerre, Elektra Winter, walkyrie des bibliothèques, se remémore ses
actions passées au service du Troisième Reich. Elle a été chargée de
purger bibliothèques et archives de l’Europe entière, de Paris aux
territoires de l’Est. Mais quel crime a-t-elle commis ? se demande le
lecteur dans ce roman très réussi. Celui d’avoir servi d’agent de
nazification des consciences ? Certainement. Celui d’avoir permis la
spoliation d’œuvres d’art littéraires pour le compte du
Reichsmarschall Goering ? Assurément. Ou celui, finalement, d’avoir
satisfait une ambition professionnelle quitte à pactiser avec le
diable ? D’avoir saisi cette liberté professionnelle, mais aussi
sexuelle avec Madeleine, son grand amour, durant cette époque
troublée où ces libertés étaient toutes refusées aux femmes. Car la
guerre a permis cela. Le meilleur comme le pire. Avec Elektra, Déjà
l’air fraîchit
nous emmène dans un voyage passionnant des Deux-
Magots à la Shoah au cours duquel le lecteur se demandera en
permanence où se situe la frontière entre ambition et
compromission, entre liberté et asservissement.

Par Laurent Pfaadt

Florian Ferrier, Déjà l’air fraîchit,
Chez Plon, 672 p.

Une maison faite d’aube

Aujourd’hui N.S. Momaday
demeure le seul écrivain
amérindien récompensé par le Prix
Pulitzer. C’était en 1969 avec son
ouvrage majeur, Une maison faite
d’aube
. La nouvelle traduction
réalisée par Joëlle Rostkowski,
grande spécialiste de littérature
amérindienne, nous permet ainsi
d’apprécier toute la beauté de
cette prose qui plonge dans les
racines des pins de Californie ou
suit les traces de ces loups qui « le
soir, attirés par les feux de camp des chasseurs, (…) s’asseyaient en cercle dans la pénombre des sous-bois
comme des anciens réunis pour fumer ».

A travers la figure d’Abel, indien navajo revenu de la guerre, se
déploie toute la dichotomie entre la folie des hommes et l’ordre
naturel de la nature. Ode à une vie ancestrale menacée, la grande
force de la prose mystique de Momaday est d’inscrire des mots sur
ces ambiances et ces sentiments qui se passent justement de mots.
Du pueblo et de ces rites animistes tolérant le christianisme à
l’hostilité de la ville coure Abel, le héros du livre, fuyant le
déracinement, la sauvagerie des hommes et sa propre violence
intérieure d’une vie privée de repères. Chant d’un monde recouvert
d’une nuit de plus en plus longue, Une maison faite d’aube traversée
de pollen, de pluie et de merveilles n’a rien perdu de sa magie, bien
au contraire.

A lire également le très beau Crazy Brave (Globe) de Joy Harjo,
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nelcya Delanoë et Joëlle Rostkowski.

Par Laurent Pfaadt

N.Scott Momaday, Une maison faite d’aube,
Chez Albin Michel, 288 p.

Pacifique

Un homme monte dans un avion. Il
sait qu’il va mourir. Pour son pays.
Pour son empereur. Pour son
honneur. Dans ce roman intense,
l’écrivaine Stéphanie Hochet nous
embarque dans les chasseurs Zéro
en compagnie de ces kamikazes qui
jetèrent leurs avions sur les porte-
avions et destroyers américains
lors de la guerre du Pacifique. Dans
cet océan de fanatisme, le jeune
soldat Kaneda s’est perdu. Mais le
Pacifique recèle bien des mystères
et des poches de salut. A travers la figure de ce soldat, Stéphanie Hochet interroge les notions de
sacrifice, celui où l’homme n’existe plus par lui-même mais comme
simple poussière d’une histoire, d’une tradition prête à voler, comme
ces avions de mort, pour satisfaire des rêves périmés et des illusions
passées, corsetées, ainsi que celle du libre-arbitre, garant de
l’humanité de chacun.

Par Laurent Pfaadt

Stéphanie Hochet, Pacifique,
Rivages, 141 p
.