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#Lecturesconfinement : Sukkwan Island de David Vann par Laurent Pfaadt

Il y a des livres qui vous
poursuivent. Qui vous hantent.
Vers lesquels vous revenez sans
cesse. Sukkwan Island est l’un
d’eux. Tout commençait bien
pourtant. Une séparation et un
père qui décide de reconstruire
son relation avec son fils. Un
endroit à la fois sauvage et
intemporel : l’Alaska. Parfait pour
rattraper le temps perdu. Tout se
passe pour le mieux. Jusqu’à cet
instant où tout bascule. Sans crier
gare. La peur. Le néant.
Irrémédiables. Au minimum un chef d’œuvre.


Sukkwan Island
de David Vann (Gallmeister)
par Laurent Pfaadt

#Lecturesconfinement : L’Enfant céleste de Maud Simonnot par Aude Cirier-Gouraud

Dans un roman à deux voix, Maud
Simonnot dépeint avec une rare
justesse et sensibilité l’histoire de
Mary et de son fils Célian : l’une,
blessée par une rupture
amoureuse, l’autre, enfant rêveur,
curieux, qui peine à trouver sa
place dans le système scolaire –
enfant à part, si lumineux, enfant
céleste.

À la brutalité du monde qui les
entoure et les assaille, les fait
souffrir sans les comprendre,
Mary oppose une fin de non-recevoir. Avec ce petit garçon qui lui
ressemble tant, elle part en quête d’un abri, et c’est sous le ciel de
l’île de Ven en mer Baltique que le duo se réfugie. Sur cette île
préservée, terre de l’astronome Tycho Brahe qu’ils connaissent et
admirent tous deux, et de son observatoire splendide, Uraniborg, le
temps paraît suspendu. En parcourant forêts et rivages, en
observant le ciel scandinave, les plaies se pansent tandis que les
rencontres (un Des Esseintes, un géant du nom de Björn,
Shakespeare et Hamlet en trompe-l’œil…) leur offrent une destinée
nouvelle.

D’une écriture sensuelle et délicate, teintée des nuances nordiques
qui rappellent les textes de Jón Kalman Stefánsson, ce premier
roman, aux confins de la poésie et de la philosophie, est une ode à la
beauté du cosmos et de la nature, une ode à l’amour maternel
inconditionnel, une ode à la vie et à la quête de sens.
Aude Cirier-Gouraud est la directrice éditoriale de la collection
Quarto de Gallimard
L’Enfant céleste de Maud Simonnot (Editions de l’Observatoire)
par Aude Cirier-Gouraud

Une étoile rouge au firmament de la musique

shostakovichIl y a 40 ans disparaissait Dimitri
Chostakovitch.
Retour sur un génie

Parfois le destin d’un homme aussi grand fut-il ne tient qu’à peu de choses. Ainsi, en cette année 1937 si le compositeur Dimitri Chostakovitch, déjà très connu, n’avait pas vu son bourreau exécuté, peut-être n’aurait-il été qu’un compositeur soviétique à la gloire éphémère.

L’histoire fut tout autre et l’humanité gagna un génie supplémentaire, de ceux qui influencent de façon irréversible la musique, sa conception et son évolution. A l’occasion du 40e anniversaire de sa mort, de nombreux disques permettent d’apprécier ainsi cette musique qui ne ressemble à aucune autre. Car, à n’en point douter, l’homme fut ambivalent, tour à tour égérie d’un régime avant d’en être la victime.

C’est bien le même homme qui cacha sa 4e symphonie pendant 25 ans, cette œuvre glaçante d’effroi que le compositeur jugeait trop « grandiloquente » et merveilleusement interprétée par l’orchestre de la Radio Bavaroise dirigé par Mariss Jansons, et produisit des hymnes au régime soviétique avec cette douzième symphonie à la mémoire de Lénine et de la révolution d’octobre. C’est ce même compositeur qui fut humilié par Jdanov, le tyran de la culture soviétique, et trembla dans l’ombre de Staline, pour reprendre le titre de l’enregistrement plein de fureur et de folie de la dixième symphonie par l’orchestre symphonique de Boston et ses cuivres de feu sous la conduite de son chef, Andris Nelsons. C’est enfin toujours ce même musicien qui appela avec ses septième et huitième symphonies tout un peuple à la révolte, à soutenir le maître du Kremlin dans cette lutte à mort contre les fascistes. « Tout est connecté avec l’époque où il vécut. Il y a un parallèle entre la guerre et les nazis et la dictature de Staline » affirme Mariss Jansons aux musiciens de l’orchestre de Pittsburgh lors d’une répétition de la 8e en 2001 et qui se trouve dans son incroyable intégrale des symphonies de Chostakovitch.

L’ambiguïté de cette vie, de cette existence confrontée à un dilemme permanent résonna à travers son œuvre et traça une musique où l’inquiétude, la mort et l’athéisme s’y expriment avec force et conviction. Sa musique ne fait que traduire ce qu’il a vu et vécut. Après Gustav Mahler dont il est le plus brillant héritier, Chostakovitch inventa une musique totale, sorte de Moloch instrumental par l’utilisation massive des percussions – particulièrement explicite dans ces 15e et 9e symphonies sous la baguette d’un Valery Gergiev qui imprime à son orchestre, le Mariinsky, un tempo incroyable – et des cuivres qu’il multiplie pour créer des atmosphères ténébreuses et oppressantes. La magistrale symphonie Babi Yar (13), véritable cri contre l’antisémitisme, est l’un de ses autres monstres musicaux qui vous pénètre jusqu’aux os. La version de Mariss Jansons à la tête de l’orchestre de la Radio Bavaroise est prodigieuse car elle permet de comprendre cette alchimie musicale qu’opéra Chostakovitch.

La musique du maître consacra également les plus grands virtuoses russes tels Richter, Oistrakh ou Rostropovitch et inspire toujours et encore leurs héritiers tels Kavakos ou Trifonov dans leurs enregistrements très réussis avec le Mariinsky.

Ces mêmes solistes trouvèrent également une magnifique inspiration dans cette musique de chambre qui s’exprima pleinement dans ces quinze quatuors notamment sous les doigts du célébrissime quatuor Borodine. Alors, s’il fallait n’en retenir qu’un, le 8e (1960) serait celui-là car il traduit musicalement les angoisses et les tragédies d’un continent frappé par les pires barbaries de son histoire. Cette œuvre porte ainsi en elle un message d’universalité et résonne comme un hymne de la musique de Chostakovitch.

L’histoire est un éternel recommencement dit-on. Pas la musique qui avance et se régénère. Les hommes traversent souvent des époques troublées et tentent de faire face aux évènements. Quant aux génies, ils marquent à jamais les hommes et les époques de manière irréversible. Tel fut le cas de Dimitri Chostakovitch.

A écouter : 

Intégrale des symphonies par Mariss Jansons, Warner Classics

Symphonies n°1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 15, concerto pour piano
n°1 et 2 (Trifonov), concerto pour violon n°1 (Kavakos), dir. Valery Gergiev, Mariinsky Theatre, Mariinsky label.

In the shadow of Stalin, symphonie n°10, Boston Symphony
Orchestra, dir. Andris Nelsons, Deutsche Grammophon.

String Quartets 1, 8, 14,, quatuor Borodine, Decca Classics

Laurent Pfaadt

Le livre à emmener à la plage

volpiComme chaque été, Hebdoscope vous propose une sélection d’ouvrages à lire durant vos vacances

Jorge Volpi, Les Bandits, Seuil, 2015

La crise économique comme on ne l’a jamais vu ou vécu. C’est l’histoire de Jorge Volpi – et oui comme l’auteur – financier devenu soudainement philanthrope qui, après avoir détourné quinze milliards de dollars, met à rédiger un livre de confessions pour dénoncer la plus grande escroquerie de ce nouveau siècle. Mais, à la différence de ces golden boys frustrés qui cherchent à régler leurs comptes, Jorge Volpi poursuit un autre but : celui de  faire la lumière sur le passé de son père, ancien employé du Trésor américain pendant la Seconde Guerre mondiale, espion soviétique mort avant sa naissance.

Lancé sur les traces du terrible secret entourant le passé de son père, Volpi va très vite se rendre compte que le présent et le passé ne font qu’un. Avec ce nouveau roman, l’écrivain réédite l’exploit d’A la recherche de Klingsor, couronné dans le monde entier, en faisant dialoguer plusieurs époques et en parvenant à mêler personnages historiques et personnages inventés, gage d’un roman historique réussi. Tôt au tard, le passé finit toujours par vous rattraper semble dire Volpi…

Laurent Pfaadt

Le livre à emmener à la place

RATLINES.inddComme chaque été, Hebdoscope vous propose une sélection d’ouvrages à lire durant vos
vacances

Stuart Neville, Ratlines, Rivages noir, 2015

La guerre s’est achevée et certains criminels de guerre nazis ont trouvé refuge en Irlande grâce à des filières d’exfiltration organisées par Otto Skorzeny, le commandant SS qui a fait évader Mussolini en 1943. Mais, à la veille de la visite du président des Etats-Unis, John Fitzgerald Kennedy, des morts suspectes viennent troubler la quiétude irlandaise car les victimes sont visiblement des anciens criminels de guerre.

Le ministère de la justice envoie l’un de ses meilleurs hommes, Albert Ryan pour faire la lumière sur ces meurtres mais surtout éviter que cette sombre histoire ne perturbe la visite présidentielle voire ne la menace.

Le roman de Stuart Neville se situe dans cette longue tradition de romans policiers sur fond de seconde guerre mondiale ou influencés par cette dernière et illustrés notamment par Jack Higgins ou Frederick Forsythe. Le héros, Albert Ryan, s’engouffre progressivement dans une intrigue où le meurtre d’un homme n’est bien souvent que la porte d’entrée d’une machination menant à un bouleversement géopolitique. L’auteur exploite à merveille les mythes de la survivance des réseaux nazis et de la compromission des Alliés. Après les fantômes de Belfast, Stuart Neville revient avec un nouveau thriller historique de haute volée car dans Ratlines les criminels ne sont pas forcément ceux que l’on croit…

Laurent Pfaadt

Un festival qui se taille la part du lion

© Kristen Loken
© Kristen Loken

Lucerne sera, une fois de plus, le haut-lieu estival de la musique classique

Chaque été, tout le gotha de la musique classique se donne rendez-vous sur les bords du lac des Quatre-Cantons. Pendant près d’un mois (14 août au 13 septembre 2015), les meilleurs orchestres, les plus grands chefs et les solistes les plus talentueux seront à nouveau présents pour, à n’en point douter, des concerts d’anthologie.

Parmi les orchestres, le talent oscillera entre la fougue et la puissance, entre la légèreté et la monumentalité. Face aux rivages du lac, des vaisseaux amiraux tels que le Berliner Philharmoniker (01-02/09), le Royal Concertgebouw d’Amsterdam (28-29/08), l’Orchestre Philharmonique de Saint Pétersbourg (03-04/09) qui célèbrera le 40e anniversaire de la mort de Dimitri Chostakovitch avec l’interprétation de la 9e symphonie, la Staatskapelle de Dresde (07-08/09) et le Wiener Philharmoniker qui clôturera le festival avec le Rêve de Gérontius d’Elgar sous la baguette de Sir Simon Rattle côtoieront les jeunes ensembles de l’Orchestre du Divan occidental-oriental réunissant de jeunes musiciens venus du Proche-Orient (17/08), de l’Orchestre de Jeunes Gustav Mahler qui, sous la conduite d’Herbert Blomstedt (23/08) interprétera la 8e symphonie de Bruckner ou le Chamber Orchestra of Europe, fondé par Claudio Abbado et habitué à ce rendez-vous musical.

A la surface de l’eau se reflètera certainement l’éclat des cuivres de deux des plus grands orchestres américains, le San Francisco Symphony Orchestra dirigé par un Michael Tilson Thomas qui fera résonner l’Héroïque de Beethoven (09/09) et le Titan de Mahler (11/09), et le Boston Symphony Orchestra qui réveillera les Alpes voisines avec Une Vie de Héros (30/08) et Don Quichotte (31/08) de Richard Strauss. Le chef letton animera cette édition du festival à la tête de nombreuses formations et notamment le Lucerne Festival Orchestra qu’il conduira dans tous les répertoires.

Sur la scène, Bernard Haïtink, Daniele Gatti, Daniel Barenboim, Zubin Metha, Daniel Harding ou Christian Thielmann seront accompagnés d’une pléiade de virtuoses notamment Yuja Wang dans le concerto pour piano n°2 de Bartok, Yo-Yo Ma dans Don Quichotte, Maria Joao Pires dans le 23e concerto pour piano de Mozart, Isabelle Faust dans les concertos pour violon de Szymanowski, Mozart et Mendelssohn, Julia Fischer dans celui de Tchaïkovski ou Anja Harteros dans les quatre derniers lieder de Strauss.

La musique de chambre, l’opéra et la musique ancienne avec notamment les Arts florissants de William Christie complèteront cette affiche déjà riche. Enfin, outre la musique, les enfants pourront se divertir avec un spectacle de marionnettes autour du Carnaval des animaux tandis que les adultes écouteront Klaus Maria Brandauer réciter Shakespeare ou s’éclafferont lors d’une conférence sur l’humour juif. « Si vous voulez que vos rêves se réalisent, ne dormez pas » dit le proverbe juif. Nul doute que les spectateurs du festival de Lucerne suivront ce conseil à la lettre.

Lucerne Festival en été (14 août-13 septembre 2015) : retrouver tous les concerts et les informations pratiques sur www.lucernefestival.ch

Laurent Pfaadt

Hommage à Maurice André

Guy Touvron
Guy Touvron

Voilà déjà presque 30 ans que le Festival international de Colmar brille au firma­ment de la Musique, non seulement en Alsace mais au niveau international.

Grâce à un concept original – le Festival de Colmar rend chaque année un hommage vibrant à un grand artiste – la programmation gagne une unité et une cohérence rare. Il faut également saluer le travail exceptionnel qu’accomplit l’im­mense musicien qu’est Vladimir Spivakov qui fête cette année ses 27 ans de direction artistique du Festival.

L’édition 2015 est consacrée à la mémoire du grand trompettiste Maurice André qui nous a quitté en 2012 mais dont le nom est encore sur toute les lèvres dès qu’on évoque la trompette.

A cette occasion, la programmation fait la part belle aux cuivres et vents français et bien sûr à la trompette avec des solistes exceptionnels comme Bernard Soustrot, Guy Touvron, Nicolas André, David Guerrier, tous élèves du grand trompettiste.

Les concerts de prestige seront assurés par Marek Janowski et l’Orchestre Symphonique de la Radio de Berlin et Vladimir Spivakov à la tête de son Orchestre National Philharmonique de Russie.

Les solistes de ces concerts sont de classe internationale comme le violoniste Frank Peter Zimmermann, ainsi que la fine fleur des artistes français comme Jean-Yves Thibaudet (piano) Hélène Mercier (piano),  Gautier Capuçon (violon­celle), Renaud Capuçon (violon), Antoine Tamestit (alto) pour ne citer que ceux là.

L’immense pianiste Grigory Sokolov, si rare dans les salles de concert aujourd’hui, donnera un récital.

Enfin, les concerts de musique de chambre feront la part belle aux artistes confirmés mais également aux nouveaux talents.

Le répertoire de ces concerts va du baroque à la musique contemporaine.

Jean-Claude Hurstel

Le programme exhaustif du Festival et tous les renseignements pratiques sont disponibles sur :
Site Internet : www.festival-colmar.com
E-Mail :  info@festival-colmar.com
Téléphone :   +33 (0)3 89 20 68 97

Réservation et vente de billets
Par correspondance : Festival International de Colmar 8, rue Kléber 68000 COLMAR- France
Sur Internet : www.festival-colmar.com
(paiement sécurisé)
Par téléphone (début juin)  +33 (0)3 89 41 05 36