Archives de catégorie : Nouvelle

Festival Raccord(s)

Né à l’initiative des Éditeurs associés et organisé en partenariat avec une quinzaine d’éditeurs indépendants, Le Festival Raccord(s) fête le livre et la lecture chaque année, crée des espaces de dialogue avec d’autres formes d’art et de savoir et invite le public à découvrir les ouvrages sous une forme originale : lecture théâtrale, performance, exposition, atelier, spectacle jeunesse, balade ou dégustation qui se doublent d’un salon pour rencontrer et découvrir la production des éditeurs indépendants participants.

Cette année, les éditeurs associés au festival sont les Editions Asphalte, Le Chemin de Fer, Cheyne, La Contre Allée, Esperluète, Jasmin, Nada, L’œil d’Or, Papier machine, Solo ma non troppo, Les Venterniers, Ypsilon et Zinc.

Pour la première fois, Raccord(s) prend ses quartiers dans un lieu unique, vivant et chargé d’histoire au cœur de Paris : le magnifique Couvent des Récollets, qui abrite la Maison de l’architecture Ile de France, lieu culturel de mise en débat de la fabrication de la ville. A cette occasion, une partie de la programmation s’articulera autour de l’urbanisme, l’architecture, la vie en ville, en lien avec le lieu qui nous accueille, avec notamment une randonnée-lecture guidée dans le quartier des Récollets.

Par Laurent Pfaadt

L’entrée est libre et gratuite à toutes et tous, enfants comme adultes. Retrouvez Raccord(s) ici :
https://www.festival-raccords.com https://www.facebook.com/festivalraccords https://www.instagram.com/festivalraccords/?hl=fr

Festival Raccord(s) 1er au 3 juillet 2022
Couvent des Récollets, Maison de l’Architecture, Paris

Bibliothèque ukrainienne, épisode 2

Plus de 50 jours après le début de la guerre, nous poursuivons notre série visant à promouvoir des ouvrages traitant de l’Ukraine ainsi que des auteurs ukrainiens afin de sensibiliser l’opinion et d’éclairer les lecteurs sur ces enjeux qui traversent le pays alors que pleuvent sur Kiev, Kharkiv, Marioupol ou Mykolaïv, les bombes russes. Rétablir la vérité historique, redire l’attachement de l’Ukraine à l’Europe, et promouvoir les lettres et la culture ukrainiennes à travers leurs écrivains, leurs artistes, tels sont les enjeux de cette bibliothèque ukrainienne.

L’autre enjeu, affirmé d’emblée dans le premier épisode de notre série, est de mobiliser un maximum de lecteurs et d’acteurs sur les dangers que courent les bibliothèques du pays, toutes les bibliothèques, qu’elles soient historiques ou non. Alerter sur la disparition d’un savoir national et sur la fin de l’accès aux livres, à la lecture mais également à la mémoire pour toute une population, tel est également l’autre enjeu de cette chronique. Continuons donc à nous mobiliser pour sauver les bibliothèques ukrainiennes avec #Saveukrainianlibrary. Ainsi, dans cet épisode, vous trouverez les photos de la destruction de la bibliothèque de Tchernihiv, près de la frontière avec le Belarus.

Ceci étant dit, promenons-nous dans cette nouvelle bibliothèque ukrainienne

Pierre Lorrain, L’Ukraine, une histoire entre deux destins, Bartillat, 670 p.

Comprendre l’Ukraine, sa résistance, son désir d’indépendance, sa vocation européenne, c’est d’abord comprendre son histoire. Grâce au livre de Pierre Lorrain, spécialiste reconnu de la Russie, cet ouvrage permet assurément d’y voir plus clair.

Complété par les premières années de la présidence Zelensky, l’ouvrage de Pierre Lorrain entre ainsi dans la complexité de ce pays, entre Europe et Russie, entre aspirations européennes et berceau de l’histoire russe. Couvrant ainsi plus de mille ans d’histoire, le livre de Pierre Lorrain témoigne d’une exceptionnelle objectivité qui permet de cerner les grands enjeux et les forces à l’œuvre dans ce conflit. Assurément une lecture salutaire en ces temps de guerre.

Jean Lopez, Kharkov 1942, Perrin, 316 p.

L’histoire de l’Ukraine contemporaine s’est édifiée dans le sang. Et Kharkov devenue aujourd’hui Kharkiiv, a malheureusement renoué avec son tragique passé. Haut-lieu de la guerre à l’Est entre Wehrmacht et Armée rouge, elle a été le théâtre de trois batailles sanglantes. Après avoir pris la ville en septembre 1941, les Allemands affrontèrent ainsi au printemps 1942, des Soviétiques bien décidés à infléchir le cours de la guerre après avoir stoppé la Wehrmacht devant Moscou, quelques mois plus tôt. Premier opus de la nouvelle collection Champ Bataille des éditions Perrin, ce récit haletant de la bataille par un Jean Lopez toujours aussi passionnant, nous fait entrer dans ce combat titanesque. Agrémenté de cartes et de témoignages de premier plan, le lecteur suit au jour le jour, dans les états-majors et sur le front, le récit de cette bataille majeure.

Niels Ackermann & Sébastien Gobert, New York, Ukraine, guide d’une ville inattendue, éditions Noir sur Blanc, 204 p.

Et si on vous disait que les Etats-Unis sont déjà présents en Ukraine, est-ce que vous nous croirez ? C’est pourtant bien le cas comme le rappelle le très beau livre de Niels Ackermann et Sébastien Gobert sur la ville de New York en Ukraine dont voici notre chronique :http://www.hebdoscope.fr/wp/blog/new-york-ukraine-guide-dune-ville-inattendue/

Maria Galina, Autochtones, traduit du russe par Raphaëlle Prache, Agullo éditions, 2020

Ecrivain de science-fiction, Maria Galina nous emmène avec ce récit inquiétant dans une ex-république soviétique que l’on identifie très vite à l’ouest de l’Ukraine, à la recherche d’un obscur groupe d’artistes des années 20 qui aurait créé un opéra mythique « La mort de Pétrone » ne donnant lieu qu’à une seule représentation. Un enquêteur bien décidé à retrouver la trace de ces hommes et ces femmes commence alors à recueillir des témoignages et s’enfonce dans un abîme aux frontières du réel. Et très vite, il est confronté à d’étranges phénomènes.

D’autant plus que les autochtones, dont on ne sait s’ils sont humains ou non, semblent fortement intéressés par son enquête. D’indices en contre-vérités, le lecteur, ensorcelé par le subtil talent de conteuse de Maria Galina, avance alors dans un labyrinthe fait de détours historiques et policiers. Entre loups-garous et le Maître et Marguerite de Boulgakov, enfoncez-vous dans le blizzard littéraire fascinant de Maria Galina. Sans certitude de retour…

Interview de Maria Galina (entretien réalisé le 1er avril)

Comment allez-vous aujourd’hui ? Pouvez-vous nous décrire la situation à Odessa ?

Plus d’un mois s’est écoulé depuis le début de la guerre et, dans une certaine mesure, une routine s’est installée avec les bombardements et les sirènes annonçant les raids aériens. Odessa reste relativement calme par rapport à ce qui se passe dans l’est de l’Ukraine et dans certaines petites villes non loin de Kiev. Il y a une certaine activité marchande à Odessa – même les animaleries sont ouvertes – et il n’y a pas de pénurie alimentaire jusqu’à présent. Même le célèbre marché alimentaire Privoz est actif. Bien sûr, il y a des restrictions militaires, telles que des couvre-feux et des postes de blocage, des barricades et des contrôles…

Vous aviez prévu de venir au Festival Intergalactiques à Lyon fin avril. Est-ce toujours le cas ?

Non. Aujourd’hui, il est très difficile de quitter l’Ukraine. Tous les vols ont été bien évidemment reportés. De toute façon, je ne quitterai l’Ukraine qu’en dernier recours, s’il n’y a pas d’autre issue. J’aime la France. Elle est, à bien des égards, similaire à l’Ukraine – multiculturelle et diversifiée – mais en même temps d’un seul tenant, avec une histoire ancienne, complexe et unique.

Avez-vous des contacts avec des auteurs russes ? Comment vivent-ils la situation ?

Beaucoup de mes amis et collègues ont quitté à la hâte la Russie afin d’éviter d’être complices de ce crime. Beaucoup d’autres sont restés et vivent aujourd’hui sous la menace de poursuites s’ils protestent ouvertement contre la guerre. Mais de nombreux écrivains de science-fiction soutiennent également activement cette agression, et il m’est très difficile de comprendre quel mécanisme psychologique les habite. C’est un phénomène assez étrange, car en théorie, ceux qui imaginent le futur devraient s’appuyer sur des idéaux humanistes. Ils ont été fortement influencés par la propagande et sont eux-mêmes devenus les instruments de cette dernière. Je suis fier de ces membres de Russian Fandom qui sont restés quant à eux, inébranlables. Mais il y en a très peu hélas.

Pensez-vous que cette guerre va entraîner le développement de la littérature et de la langue ukrainienne ?

Les guerres et les cataclysmes sociaux en général, aussi cynique que cela puisse paraître, servent généralement de puissants stimulants créatifs. L’Ukraine, au cours des vingt dernières années, a fortement développé sa propre littérature y compris de science-fiction. Aujourd’hui, elle essaie de rompre avec l’héritage impérial, ce qui aurait pour conséquence de favoriser des découvertes créatives très intéressantes et inattendues. En règle générale, en tant de crise, la réponse littéraire la plus immédiate est celle de la poésie et de l’essai. Après seulement vient la prose et la fiction. L’Ukraine a aujourd’hui besoin de forger son propre mythe culturel sans lequel aucun pays ne peut exister. Et maintenant que ce mythe est créé – dans lequel les écrivains de science-fiction ukrainiens ont d’ailleurs leur propre rôle à jouer – tout est réuni pour construire un nouveau récit national.

Quant à la langue, le russe était très répandu ici avant la guerre même s’il régresse aujourd’hui. Tous les Ukrainiens sont bilingues et jusqu’à présent la langue que vous parliez n’avait pas d’importance. Certaines personnes ne réalisaient même pas quelle langue ils utilisaient pour communiquer ou pour écouter les informations. Les choses ont changé aujourd’hui.

Comment pouvons-nousaider les auteurs ukrainiens ?

Tout d’abord, il est important de réaliser que l’Ukraine se bat non seulement pour son indépendance mais également pour sa propre survie. Deuxièmement, il faut savoir que la Russie utilise tous les agents de propagande y compris les auteurs russes pour s’imposer. Il faut proposer aux auteurs ukrainiens toutes les plates-formes culturelles disponibles afin qu’ils puissent s’exprimer. Car jusqu’à présent, la culture ukrainienne est restée, pour ainsi dire, dans l’ombre. Mais c’est une culture européenne vibrante et vivante. Et j’aimerais que cette culture soit reconnue à sa juste valeur dans le monde entier.

Par Laurent Pfaadt

Prix Sheikh Zayed Book Award 2022 : Les finalistes

Qui succédera à Iman Mersal, lauréate 2021 pour Sur les traces d’Ennayat Zayat (Actes Sud) ?


Assurément, les auteurs retenus dans les catégories littérature, jeune auteur et auteur jeunesse gagnent à être connus et ce prix, l’un des plus importants consacrés à la littérature et à la culture arabes et d’un montant de 170 000 euros, les aidera assurément. A cela s’ajoute également un prix récompensant un éditeur qui a œuvré pour les lettres et la culture arabes. Et surprise plus que méritée de trouver la si belle collection Sindbad d’Actes Sud à qui l’on doit les découvertes de Naguib Mahfouz, Mahmoud Darwich, Waciny Laredj ou plus récemment le très beau Monsieur N de Najwa Barakat qui figura dans la première sélection du Fémina étranger. Enfin, deux prix récompenseront les ouvrages de Culture arabe dans une autre langue et les traductions.

Après examen de 3000 candidatures venues de 55 pays dont la France, les finalistes sont donc :

Catégorie littérature :

  • Ghorbat Al Manazil (Etrangers à la maison) du romancier et journaliste égyptien Ezzat Elkamhawy, publiée par Al Dar Al Masriah Al Lubnaniah en 2021
  • Wa Tahmelany Hayraty  Wa  Dh’anony.  Seerat  Altakween  (Ma  confusion  et  mes pensées  m’emportent  :  Biographie  de  la  formation)  du  critique  et  universitaire marocain Said Bengrad, publié par Le Centre culturel du livre en 2021
  • Maq’ha Reesh, Ain Ala Massr (Regard sur l’Égypte : Le Café Riche) de la poétesse et romancière émiratie Maisoon Saqer, publié par Nahdet Misr Publishing en 2021

Catégorie jeune auteur :

  • Al Kaa’in al Balaghi al Lugha wal Aaql wal Istita’a fi Kitab ‘Al Bayan wal Tabyeen (L’être rhétorique : langage, raison et capacité dans le livre Al-Bayan wal-Tabyeen) de l’écrivain marocain Mustafa Rajwan, publié par Dar Kunouz Al Maarifa en 2021
  • Al Badawa fi  al  She’er  al  Arabi  al  Qadeem  (Le  bédouinisme  dans  la  poésie  arabe ancienne)  du  Docteur  Mohamed  Al-Maztouri  (Tunisie)  publié  par  the  Faculty  of Literature, Arts and Humanities at Manouba University and the GLD Foundation (Al-Atrash Complex for Specialised Books) en 2021
  • Al Hikaya al Shaabiya al Saudia al Maktooba bil Fus’ha : Dirasa fi al Muta’aliyat al Nasiya (Contes  populaires  saoudiens  écrits  en  Fus’ha  :  étude  de  la  transcendance textuelle) de l’écrivaine saoudienne Manal Salem Al-Qathami , publié par the Arab Diffusion Foundation en 2021

Catégorie littérature jeunesse :

  • Shams Tadhak (Un soleil souriant) de l’auteur syrien Bayan Al-Safadi, publié par Dar Al Banan en 2020
  • Loghz al Kora al Zujajiya (Le mystère de la boule de verre) de l’autrice syrienne Maria Daadoush, publié par Dar Al-Saqi en 2021
  • Maw’idi maa al Noor (Mon rendez-vous avec la lumière) de l’autrice marocaine Raja Mellah publié par Al Mu’allif en 2021

Catégorie éditeur :

  • Les Editions SINBAD (France)
  • Bibliotheca Alexandrina (Egypte)
  • Internationale Jugendbibliothek (Munich – Allemagne)

Catégorie Culture arabe dans une autre langue :

  • Avicenne – Prophétie et gouvernement du monde, de l’historienne franco-marocaine Meryem Sebti, publié par les Editions du Cerf en 2021. (France)
  • L’Alhambra: à la croisée des histoires, de l’historien turc Edhem Eldem, publié par Les Belles Lettres en 2021. (France)
  • Revealed Sciences : The Natural Sciences in Islam in Seventeenth-Century Morocco de l’universitaire américain  Justin    Stearns, publié Cambridge University  Press  en 2021.(Etats-Unis)
  • The Arabian Nights  in  Contemporary  World  Cultures:  Global  Commodification, Translation, and the Culture Industry du Dr. Iraquien- américain Muhsin J. Al-Musawi, publié par Cambridge University Press en 2021. (Etats-Unis)
  • Die Deutschen und  der    Faszination,  Verachtung  und  die  Widersprüche  der Aufklärung, de l’historien allemand Joseph Croitoru, publié par Carl Hanser Verlag en 2018. (Allemagne)
  • El perfume de la existencia : Sufismo y no-dualidad en Ibn Arabi de Murcia, de l’écrivain espagnol Fernando Mora, publié par Almuzara en 2019. (Espagne)
  • Surrealismi Arabi 1938-1970 : Il Surrealismo e la letteratura araba in Egitto, Siria e Libano, de l’écrivain italien Arturo Monaco publié par Istituto per l’Oriente C. A. Nallino en 2020. (Italie)
  • Etymologic Dictionary of Ancient Arabic (Based on the Material of Selected Texts of Pre-Islamic Poetry). Issue III, de Dr en philologie russe Anna Belova, publié par Institute of Oriental Studies of the Russian Academy of Sciences en 2016. (Russie)

Catégorie Traduction :

  • ‘Ratha’il al Maarifa: Bahth fi al Ahkaam al Akhlaqiya al Fikriya’ (Les Vices du savoir: Essai d’éthique intellectuelle) du philosophe français Pascal Engel, traduit du français vers l’arabe  par  Dr  Kassem  Almekdad  et  publié  par  Ninawa  Studies  Publishing  & Distribution en 2021.
  • ‘Fadaalat al Ikhwan fi Tayibat al Ta’aam wal  Alwan’ (Best  of  Delectable Foods  and Dishes from Al-Andalus and Al-Maghrib: A Cookbook by 13th Century Andalusi Scholar Ibn Razin Al-Tujibi, 1227–1293), écrit par Ibn Razin Al-Tajibi, traduit de l’arabe vers l’anglais par Nawal Nasrallah, et publié par Brill Publishing en 2021.
  • ‘Nash’at al  Insaniyat  Einda  al  Muslimeen  wa  fi  al  Gharb  al  Maseehi’  (The  Rise  of Humanism in Classical Islam and the Christian West) écrit par George Makdisi, traduit de l’anglais vers l’arabe par le Dr. Ahmed Aladawi, publié par Madarat for Research and Publishing in 2021.

Réponse donc le 24 mai prochain au Louvre Abu Dhabi pour connaître les lauréats.

Pour hebdoscope Laurent Pfaadt

« Fuir est très vite devenu la seule alternative »

Lui est pianiste international russe, finaliste du célèbre concours international Van Cliburn et se produisant sur les scènes du monde entier. Elle, est compositrice et pianiste. Tous les deux enseignaient au conservatoire Tchaïkovski à Moscou. Nikita Mndoyants et Maryana Lysenko ont quitté leur pays quelques jours après l’invasion de l’Ukraine avec leur fille de 3 ans pour se réfugier en France, dans le nord de l’Alsace, le 6 mars dernier. Comme un symbole, leur fille a effectué sa rentrée dans la même classe qu’une petite ukrainienne, arrivée quelques jours plus tôt.


Au moment où la guerre en Ukraine s’est déclenchée, vous étiez en Russie. Quelle a été votre réaction ?

Nikita Mndoyants : Quand les médias de masse n’étaient pas censurés nous entendions des rumeurs. Mais nous ne pouvions croire qu’au 21e siècle, une telle chose fut possible. Nous avons été choqués, sidérés quand la guerre a commencé. Et puis, la vie en Russie a commencé à changer. Très vite. Exprimer son opinion contre la guerre pouvait vous conduire en prison pour quinze ans. Fuir est très vite devenu la seule alternative. Tous ceux qui comprenaient réellement ce qui se passait ne pouvait accepter cela et demeurer silencieux. La peur régit aujourd’hui la vie de ceux qui n’ont pas pu quitter le pays. Il y a des manifestations contre la guerre dans toutes les grandes villes de Russie mais personne ne les voit car il n’y a plus de médias d’opposition. En parlant aujourd’hui, nous craignons également pour nos proches, nos parents qui sont restés là-bas et pourraient subir les conséquences de nos prises de position.

Maryana Lysenko : De nombreuses personnes soutiennent le régime car elles sont endoctrinées par la propagande. Même des membres de ma famille font confiance à celle-ci. C’est devenu très difficile de discuter avec eux. Lorsque je leur montre des vidéos provenant de mes amis ukrainiens qui font état de destructions et d’attaques, ils ne me croient pas. Ils pensent qu’il s’agit de propagande ukrainienne. Et lorsque les Américains et les Européens ont infligé des sanctions à la Russie, ils ont continué à croire dans la propagande en me disant : « L’Ouest est contre nous et de toute façon, nous allons survivre. On va être fort et on surpassera tout cela ».

Vous avez alors décidé de quitter le pays…

Nikita Mndoyants : Oui, d’abord pour notre fille. Ils ont détruit l’avenir pour tout le monde. Nous ne voulons pas qu’elle se retrouve dans ce dilemme de devoir choisir entre fuir son pays et accepter de vivre ainsi en Russie. Notre génération peut encore agir, décider. Mais eux n’auront plus la possibilité de le faire. Nous ne reviendrons pas en Russie dans ces conditions, avec ce régime.

Maryana Lysenko : Il ne s’agit pas d’une question de sécurité car j’ai participé à des mouvements de protestation en Russie lorsque cette dernière a envahi la Crimée et le Donbass en 2014. Nous aimons tellement notre pays et c’est très douloureux pour nous. J’y suis tellement attachée, mes racines sont ici. Même lorsque la guerre a débuté, j’ai essayé de me convaincre, jour après jour, de rester en Russie et de me battre. Le plus dur a été d’entendre ces gens que je connaissais et qui s’opposent au régime me dire : cela ne sert plus à rien de se battre maintenant. J’ai donc dû me convaincre qu’il était impossible de rester là-bas. Ce n’était pas une question de sécurité mais plutôt une question d’éthique, d’humanité.

Interview Laurent Pfaadt

Beethoven s’invite chez Chopin

Le prochain Beethoven Eastern Festival de Varsovie se tiendra du 3 au 15 avril 2022

C’est d’ores et déjà devenu une habitude, une tradition, celle qu’à
Chopin de convier Beethoven chez lui. On imagine aisément le génie
de Bonn se rendant à Varsovie pour y admirer un pianiste
d’exception, celui qui joue le Clavier bien tempéré du grand Bach
mieux que personne, celui que l’on compare déjà à Mozart.

Il faudra attendre près de deux siècles pour que ce rêve devienne
réalité grâce à un autre grand nom de la musique polonaise et
mondiale, grâce à un autre compositeur majeur de son siècle,
Krystof Penderecki. Et il est bien connu que derrière tout grand
homme, il y a une femme, en l’occurence Elżbieta Penderecka, celle
qui a rendu possible cette rencontre entre Beethoven et Chopin à
travers le Beethoven Eastern Festival dont elle est la présidente.

Ainsi, du 3 au 15 avril 2022, la 26e édition du festival verra une
pléiade d’artistes rendre hommage au compositeur de la 9e
symphonie. De symphonies, il sera évidemment question avec cette
même neuvième et le NFM Wrocław Philharmonic qui ouvrira le
festival sous la direction de Giancarlo Guerrero et dont la voix de
bronze de la soprano autrichienne Genia Kühmeier résonnera d’une
tonalité européenne bien particulière à quelques kilomètres d’un
conflit qui ensanglante les marches de l’Europe. D’autres
symphonies comme la Pastorale ou la 4e seront respectivement
interprétées par le Korea National University of Arts Symphony
Orchestra et l’Israel Camerata Jerusalem. Les 3e et 4e concertos
pour piano de Beethoven seront également à l’honneur avec les
pianistes polonais Łukasz Krupiński accompagné par la Sinfonia
Varsovia et coréen, Minsoo Sohn. Bien évidemment, patrie de
Chopin oblige, plusieurs récitals de piano permettront d’apprécier le
toucher si unique d’un Yekwon Sunwoo, vainqueur du concours Van
Cliburn en 2017 ainsi qu’une Nocturne Op. 27 no. 2 par un Martin
James Bartlett qui fera, à n’en point douter, battre le cœur de toute
une nation.

Varsovie retiendra également son souffle en écoutant les merveilles
de quelques-uns de ses plus brillants esprits musicaux, à commencer
par Krystof Penderecki et Karol Szymanowski dont la quatrième
symphonie sera interprétée par l’Orchestra of the Karol
Szymanowski Philharmonic de Cracovie. Il sera d’ailleurs question
de Cracovie, la veille, le 9 avril, avec la Chaconne in memoriam du pape
Jean-Paul II tirée du Requiem polonais d’un Penderecki qui sera
également à l’honneur avec son Lacrimosa.

D’autres œuvres seront absolument à découvrir notamment la 7e
symphonie « Angel of Light » du compositeur finlandais Einojuhani
Rautavaaraa, encore relativement méconnu et si peu joué mais dont
l’œuvre témoigne pourtant d’une beauté épique stupéfiante que
mettra certainement en valeur le chef Paweł Przytocki à la tête du
Arthur Rubinstein Philharmonic Orchestra. Durant cette même
soirée du 5 avril, les spectateurs apprécieront le concerto pour
violon de Max Bruch par l’une plus grandes solistes, Arabella
Steinbacher.

Enfin, la neuvième symphonie dite du « Nouveau Monde » d’Antonín
Dvořák par le Jerzy Semkow Polish Sinfonia Iuventus Orchestra
sous la conduite de la cheffe d’orchestre américaine Joann Faletta
offrira peut-être quelques espoirs à un monde plongé aujourd’hui
dans ce ciel de ténèbres où le Requiem de Schnittke rendra
l’hommage nécessaire aux morts de cette guerre en clôture d’un
festival qui s’annonce, d’ores et déjà, chargé en émotions.

Par Laurent Pfaadt

Retrouvez toutes les informations sur le Beethoven Easter Festival sur : http://beethoven.org.pl/en/

Festival Italissimo

Après deux éditions chahutées par la pandémie de Covid 19, le
festival de littérature et de culture italiennes ITALISSIMO revient à
l’occasion de sa septième édition. De nombreux lieux parisiens,
l’Institut culturel italien en tête mais également Science Po, la
Sorbonne, la Maison de la poésie, la bibliothèque du Centre
Pompidou ou les cinémas Panthéon et l’Entrepôt, résonneront ainsi
de littérature, de poésie et de cinéma venus de l’autre côté des
Alpes.

Parmi les auteurs italiens invités figureront quelques grands noms
de la littérature mondiale tels que Claudio Magris, l’un des plus
grands écrivains de notre époque, prix Strega, le Goncourt italien,
pour Microcosmes et dont le nouveau livre, Temps courbe à Krems
(Gallimard), se veut une variation sur la vieillesse, un peu à la
manière d’un Hermann Hesse, mais également Erri di Luca, prix
Femina étranger en 2002 pour Montedidio et dont le récent
Impossible (Gallimard) avait été chroniqué dans nos pages, Silvia
Avallone, auteure du mémorable D’acier (2010) et qui publie Une
amitié (Liana Levi), Francesca Melandri, Emanuele Trevi ou encore
Wu Ming, pseudonyme regroupant un collectif d’auteurs ayant
publié notamment Manituana en 2009 (Métailié) et Poletkult
(Métailié) sorti il y a quelques semaines.

Au côté de ces illustres écrivains, les visiteurs découvriront de
nouvelles plûmes transalpines à commencer par Daniel Mencarelli
dont le livre Nous voulons être sauvé (Globe) sorti il y a quelques jours
s’aventure dans un hôpital psychiatrique, Marta Barone (Grasset), Giuseppe Catozzella et Manuela Piemonte et son Adieu au rivage
(Robert Laffont) dont l’écriture poétique conduira les lecteurs dans
l’Italie fasciste des années 40 en compagnie de trois sœurs
inoubliables.

Tout ce beau monde sera accompagné par quelques auteurs français
emmenés par Laurent Gaudé, René de Ceccatty, Pierre Adrian ou
Jérôme Kircher, des politologues, illustratrices, acteurs et musiciens,
mais aussi des cinéastes qui manient très bien la plume, tels Cristina
Comencini ou Ferzan Özpetek. Italissimo rendra également un
hommage appuyé à Pier Paolo Pasolini, à l’occasion du centenaire de
sa naissance

Par Laurent Pfaadt

Festival de littérature et de culture italiennes
6-10 avril 2022

« À même pas 60 ans, Dune a encore de belles années devant lui »

Ancien responsable éditorial chez Robert Laffont, Fabien Le Roy a
participé à la nouvelle réédition de Dune en tant qu’éditeur réviseur.
Pour Hebdoscope, il revient sur cette œuvre hors du commun. .

Pourquoi selon vous, Dune continue à susciter tant d’engouement
auprès de générations successives alors que d’autres sagas parfois
très célèbres ont tendance à s’épuiser ?

La saga Dune fait partie des rares œuvres-univers de la littérature
mondiale – à l’instar de celles de J.R.R. Tolkien, de H.P. Lovecraft ou,
dans la sphère francophone et à une plus humble échelle spatio-
temporelle, de La Comédie Humaine de Balzac et des Rougon-
Macquart de Zola – : les thématiques sont extrêmement variées ; on
y retrouve des archétypes (Herbert connaissait bien les travaux de
Jung) que chaque nouvelle génération peut assimiler selon sa
sensibilité et ses repères ; et la distribution des personnages est
aussi riche que diverse. L’effet multiplicateur du cinéma a également
beaucoup joué. À même pas 60 ans, Dune a encore de belles années
devant lui.


En quoi Dune est-il d’abord un grand livre au sens littéraire ?

Dune est une œuvre de maturité que Frank Herbert a débutée à 40
ans environ (et qu’il a poursuivie jusqu’à sa mort en 1986). Cet
autodidacte curieux et touche-à-tout qui fréquentait romanciers,
politiques et psychologues, a agencé toutes ces connaissances en
une weltanschauung – une conception du monde – unique, qui
s’étend sur plus de 34 000 ans et les milliards de planètes que
comptent notre galaxie. C’est un grand livre au sens littéraire parce
que chaque nouvelle lecture réserve des découvertes, parce qu’on
se pose des questions en le lisant et qu’on y trouve des réponses.
Frank Herbert fait également montre au cours des six tomes de la
saga de sa maîtrise des différents genres littéraires, jouant de la tragédie et du sacré avec une grande profondeur de champ.

Frank Herbert n’a t il pas eu l’intuition que notre planète courait à
sa perte lorsqu’il évoque les questions de l’eau et de l’épuisement
des ressources naturelles car l’épice est une sorte de métaphore du
pétrole ?

Dune reste d’une interprétation très ouverte : certains lisent dans
l’épice une métaphore du pétrole, mais d’autres celle du LSD. Mais il
est certain qu’il avait conscience qu’une ressource finie – épice, eau
ou pétrole – se retrouve cause de monopoles et de conflits à grande
échelle. Qui plus est, l’énorme documentation que Frank Herbert a
ingérée lors de ses travaux préalables à l’écriture – 600 ouvrages
tant d’histoire, de religion, de philosophie que de biologie et de
géologie – l’a sans doute aidé à obtenir une perspective
exceptionnelle sur les défis qui attendaient l’humanité. Mais Dune
reste néanmoins un space opera où la Terre n’est plus qu’un lointain
souvenir. En tout cas, Herbert a toujours refusé d’endosser
l’uniforme de prophète, sachant à quels extrémismes les prophètes
pouvaient mener.

En lisant entre les lignes, le jihad ainsi que les Fremen rappellent en
un sens l’Islam. Est-ce à dire, en plus de son côté prophétique –
propre à de nombreuses sagas de SF – que Dune est empreint d’une
profonde dimension théologique ?

Frank Herbert emploie le terme jihad à de nombreuses reprises dans
Dune. Il se serait inspiré du siège de Khartoum en 1885 par les
troupes coloniales britanniques : pour sa planète des sables, endroit
propice où faire naître un prophète, il a en effet modelé ses Fremen
en empruntant aux bédouins du Soudan et à la spiritualité
musulmane, ayant recours à de nombreux mots d’arabe pour ajouter
de la couleur locale et un certain exotisme au texte, mais en y
ajoutant une bonne dose de références au bouddhisme, au
catholicisme avec la Bible Orange Catholique et même au judaïsme
dans un tome ultérieur. Oui, Dune est emprunt d’une profonde
dimension théologique (avec notamment les redoutables Sœurs du
Bene Gesserit !) et je ne saurais que conseiller aux lecteurs friands
de telles considérations de poursuivre au moins jusqu’au tome 4,
L’Empereur-Dieu de Dune, où Herbert réussit le tour de force de nous
faire partager les pensées d’un dieu.

Interview de Laurent Pfaadt

A lire : Dune, 6 tomes, nouvelle traduction, coll. Ailleurs et demain, Robert Laffont.

Europäische Kulturtage

Die Auseinandersetzung über die Versprechen Europas geht
auch nach den EKT weiter.

Jazz & Literatur „Gehen oder die Kunst, ein wildes und poetisches Leben zu führen“
Foto: Badisches Staatstheater

Viele digitale Produktionen sind weiterhin im Internet unter
www.europaeische-kulturtage.de abrufbar. Die Ausstellungen
bleiben bis zum Ende ihrer Laufzeit aufgebaut und können, wenn
Museen und Ausstellungshäuser wieder öffnen, vielleicht doch noch
persönlich vor Ort besichtigt werden.

Bleibend ist auch das zu den EKT erschienene Europa-Lesebuch mit
Statements, Essays und Interviews unter anderem von Ursula von
der Leyen, Katarina Barley, Stephan Harbarth, Rebecca Saunders,
Ilker çatak oder Fridays for Future. Das Buch kann unter
www.europaeische-kulturtage.de als pdf heruntergeladen oder
gedruckt unter ekt@kultur.karlsruhe.de bestellt werden.

EKT Karlsruhe
2.5. – 16.5.2021

25ES JOURNÉES CULTURELLES EUROPÉENNES 2021

L’EUROPE, UNE PROMESSE

Après avoir dû annuler les JCE:2020 à cause du Covid-19, les
organisateurs lancent une deuxième tentative : du 2 au 16 mai 2021,
des artistes venus d’Europe et d’ailleurs se pencheront sur le thème
« L’Europe, une promesse ». La crise du coronavirus nous a montré de
manière dramatique la fragilité de l’idée d’une Europe unie et
ouverte en temps de crise. Il est plus important que jamais
d’examiner avec un œil neuf les promesses de l’Europe – le sujet
initial des JCE:2020 – et de chercher des inspirations pour une
nouvelle Europe basée sur la solidarité et la coopération.

L’Europe, que représente-t-elle ? Quelles espérances portent encore
notre continent ? En luttant contre la pandémie, l’Europe a-t-elle
remis en question ses propres promesses ? L’Europe, est-elle prête à
se battre pour faire respecter les droits fondamentaux et les droits
de l’Homme ? Est-elle capable de les protéger contre les menaces
permanentes ? Après 70 ans d’intégration économique, politique
et surtout culturelle, l’Europe se divise-t-elle ? Nous voulons
réfléchir ensemble sur ces questions et éclairer « L’Europe, une
promesse » par le biais de l’art et de la culture.

Pour de plus amples informations, consultez le site web www.europaeische-kulturtage.de

Museum Frieder Burda

Udo Kittelmann ist neuer künstlerischer Leiter des
Museums Frieder Burda

Udo Kittelmann
Foto: Andreas Pein, Guido Ohlenbostel.

Eineinhalb Jahre nach dem Tod des Museumsgründers und Mäzens
wird Udo Kittelmann (62) neuer künstlerischer Leiter des Museums
Frieder Burda. Der ehemalige Direktor der Berliner Nationalgalerie
„begleitet die Aktivitäten des Hauses ab sofort“ heißt es in einer
Pressemitteilung des Hauses. Nächstes Jahr wird er die
Ausstellungen „Margaret und Christine Wertheim: The Institute of
Figuríng“ “ (Januar bis Juni 2022)  und „Die Maler des Heiligen
Herzens“  (ab Sommer 2022) verantworten. Kittelmann   ist in
Baden-Baden kein Unbekannter. Der als umtriebig und
durchsetzungsstark bekannte Museumsmann ist langjähriges
Mitglied im Kuratorium der Stiftung Frieder Burda und seit Jahren
eng mit der Familie verbunden. Für Burda hat unter anderem die
Ausstellungen zu Andreas Gursky, „Die Bilder der Brüder“ und
zuletzt zu Pierre Soulages kuratiert. 

„Er wird uns mit starker kuratorischer Handschrift an das
Zeitgenössische anbinden – und auch den interdisziplinären Dialog
suchen“, schwärmt Museumsdirektor und Stiftungsvorstand  
Henning Schaper.  Kittelmann, der seinen (hinter den Kulissen nicht
ganz unerwünschten) vorzeitigen Abgang aus Berlin nie  
kommentiert hat, gibt sich gewohnt selbstbewusst: „Dieses Haus in
seinem spezifischen Kontext erscheint mir das ideale zu sein, um die
Perspektiven heutiger wie historischer Kunst –  ihre Grenzen, aber auch die Möglichkeiten der Grenzüberschreitung – weiterhin
auszuloten“ .

Von Sigrid Feeser

Foto:
SOULAGES. Malerei 1946 – 2019; Museum Frieder Burda, Baden-Baden
© VG Bild-Kunst, Bonn 2020;
Foto: ARTIS-Uli Deck