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Marseille, fille de Poséidon

Entre calanques et football, la ville rayonne sur la Méditerranée

Ici, les eaux de Poséidon guident le destin des hommes, d’où qu’ils viennent et cela depuis plus de 2600 ans, depuis que les Phocéens, les habitants de la cité ionienne de Phocée, fondèrent la colonie de Massalia. De la Méditerranée qui a dessiné ses côtes amenant à elle des peuples qui ont trouvé refuge dans son sein et formant aujourd’hui cette ville-monde à nulle autre pareille, à l’Arménie où ils furent des milliers à prier la Bonne Mère, cette Vierge dressée sur l’Ararat qui abandonna ses fils et ses filles en 1915 en passant par un archipel d’îles océaniques se regardant dans ce miroir maritime, Marseille possède la mer dans son ADN. Elle imprègne les hommes, leurs paysages, leurs cultures et même leurs voix avec cet accent qui module comme un chant de sirènes qui se veut à la fois enchanteur et aigre-doux.


Iles du Frioul (copyright Laurent Pfaadt)

Avec son trident, le dieu de la mer a dessiné les côtes et ses fameuses calanques qui, dit-on, se méritent. Il a morcelé ces falaises de calcaire et de poudingue qui s’étendent le long des flancs blancs comme de l’albâtre antique de Marseille notamment au sud de la ville dans un parc national des Calanques aux allures de paradis. Il a sculpté les merveilleuses îles du Frioul qui servaient autrefois de quarantaine aux voyageurs suspectés d’apporter la peste avant de devenir le refuge de Marseillais fuyant l’agitation nerveuse de la ville.

A Marseille, Poséidon a son temple : le MUCEM, le musée des civilisations de l’Europe et de la  Méditerranée où il a enfermé ses fils qui ont fait de ce lieu à l’architecture résolument contemporaine l’écrin de la culture marseillaise. Sur ces côtes, il a également amené les muses qui ont inspiré ces autres dieux de papier comme Alexandre Dumas qui fit du château d’If le lieu immortel de son Comte de Monte-Cristo et Marcel Pagnol qui inscrivit les collines d’Aubagne dans la mémoire littéraire française. Des muses qui se penchèrent également sur la musique en particulier sur le berceau du rap avec le mythique groupe IAM et plus récemment JUL et SCH mais également Massilia Sound System, Patrick Fiori ou Soprano.

Le cœur du dieu bat indiscutablement à l’Orange Vélodrome où chaque résultat des hommes en bleu et blanc est commenté dans les bars et les rues, à commencer sur la fameuse Canebière, cette artère qui traverse le centre ville et donne le pouls d’une passion divine. Ici, le football n’est pas un sport, c’est une religion et les joueurs sont vénérés tels des demi-dieux grecs. Ils ont d’ailleurs été nombreux, anciens et actuels joueurs du club à rappeler, durant cette semaine olympique, l’Iliade footballistique de la ville où l’arrivée de la flamme ne fut qu’un fleuve traversant la mythique Troie du ballon rond, un Pactole tant touristique dans lequel se sont baignés des générations entières de Marseillais qui ont gravé leurs rêves sur les murs de la ville.

Victoire de l’OM contre Lorient (copyright OM)

Il n’y a qu’à se rendre au stade pour s’en rendre compte. Dès l’entrée du métro, on ressent la communion d’une armée transgénérationnelle prête à la guerre. A l’occasion du dernier match à domicile d’une saison marquée par une demi-finale de coupe d’Europe, haut lieu de batailles homériques conjuguant Thermopyles – elle est à ce jour la seule équipe française à avoir gagné la coupe d’Europe des clubs champions, exploit qu’elle ne manque pas de rappeler avec son fameux « A jamais les premiers » – et Marathon, l’OM recevait de modestes Bretons condamnés aux enfers de la Ligue 1. Poséidon fut ce soir-là aidé d’un Hadès pourtant bien versatile avec les Olympiens cette saison. Le spectacle fut tout autant sur le terrain que dans les tribunes où les principaux groupes de supporters (South Winners, Dodger’s, Ultras) se répondirent aux cris de « Aux armes, nous sommes les Marseillais. Et nous allons gagner. » Et dans cette arène transformée en chaudron, Poséidon avait cédé, le temps d’un exploit, son trident à ces demi-dieux du ballon rond qui surent, cette fois-ci, en faire bon usage.

Par Laurent Pfaadt

Pour retrouver toutes les infos sur Marseille : https://www.marseille-tourisme.com/

Pour voir un match de l’OM à l’Orange Vélodrome : https://www.om.fr

« À même pas 60 ans, Dune a encore de belles années devant lui »

Ancien responsable éditorial chez Robert Laffont, Fabien Le Roy a
participé à la nouvelle réédition de Dune en tant qu’éditeur réviseur.
Pour Hebdoscope, il revient sur cette œuvre hors du commun. .

Pourquoi selon vous, Dune continue à susciter tant d’engouement
auprès de générations successives alors que d’autres sagas parfois
très célèbres ont tendance à s’épuiser ?

La saga Dune fait partie des rares œuvres-univers de la littérature
mondiale – à l’instar de celles de J.R.R. Tolkien, de H.P. Lovecraft ou,
dans la sphère francophone et à une plus humble échelle spatio-
temporelle, de La Comédie Humaine de Balzac et des Rougon-
Macquart de Zola – : les thématiques sont extrêmement variées ; on
y retrouve des archétypes (Herbert connaissait bien les travaux de
Jung) que chaque nouvelle génération peut assimiler selon sa
sensibilité et ses repères ; et la distribution des personnages est
aussi riche que diverse. L’effet multiplicateur du cinéma a également
beaucoup joué. À même pas 60 ans, Dune a encore de belles années
devant lui.


En quoi Dune est-il d’abord un grand livre au sens littéraire ?

Dune est une œuvre de maturité que Frank Herbert a débutée à 40
ans environ (et qu’il a poursuivie jusqu’à sa mort en 1986). Cet
autodidacte curieux et touche-à-tout qui fréquentait romanciers,
politiques et psychologues, a agencé toutes ces connaissances en
une weltanschauung – une conception du monde – unique, qui
s’étend sur plus de 34 000 ans et les milliards de planètes que
comptent notre galaxie. C’est un grand livre au sens littéraire parce
que chaque nouvelle lecture réserve des découvertes, parce qu’on
se pose des questions en le lisant et qu’on y trouve des réponses.
Frank Herbert fait également montre au cours des six tomes de la
saga de sa maîtrise des différents genres littéraires, jouant de la tragédie et du sacré avec une grande profondeur de champ.

Frank Herbert n’a t il pas eu l’intuition que notre planète courait à
sa perte lorsqu’il évoque les questions de l’eau et de l’épuisement
des ressources naturelles car l’épice est une sorte de métaphore du
pétrole ?

Dune reste d’une interprétation très ouverte : certains lisent dans
l’épice une métaphore du pétrole, mais d’autres celle du LSD. Mais il
est certain qu’il avait conscience qu’une ressource finie – épice, eau
ou pétrole – se retrouve cause de monopoles et de conflits à grande
échelle. Qui plus est, l’énorme documentation que Frank Herbert a
ingérée lors de ses travaux préalables à l’écriture – 600 ouvrages
tant d’histoire, de religion, de philosophie que de biologie et de
géologie – l’a sans doute aidé à obtenir une perspective
exceptionnelle sur les défis qui attendaient l’humanité. Mais Dune
reste néanmoins un space opera où la Terre n’est plus qu’un lointain
souvenir. En tout cas, Herbert a toujours refusé d’endosser
l’uniforme de prophète, sachant à quels extrémismes les prophètes
pouvaient mener.

En lisant entre les lignes, le jihad ainsi que les Fremen rappellent en
un sens l’Islam. Est-ce à dire, en plus de son côté prophétique –
propre à de nombreuses sagas de SF – que Dune est empreint d’une
profonde dimension théologique ?

Frank Herbert emploie le terme jihad à de nombreuses reprises dans
Dune. Il se serait inspiré du siège de Khartoum en 1885 par les
troupes coloniales britanniques : pour sa planète des sables, endroit
propice où faire naître un prophète, il a en effet modelé ses Fremen
en empruntant aux bédouins du Soudan et à la spiritualité
musulmane, ayant recours à de nombreux mots d’arabe pour ajouter
de la couleur locale et un certain exotisme au texte, mais en y
ajoutant une bonne dose de références au bouddhisme, au
catholicisme avec la Bible Orange Catholique et même au judaïsme
dans un tome ultérieur. Oui, Dune est emprunt d’une profonde
dimension théologique (avec notamment les redoutables Sœurs du
Bene Gesserit !) et je ne saurais que conseiller aux lecteurs friands
de telles considérations de poursuivre au moins jusqu’au tome 4,
L’Empereur-Dieu de Dune, où Herbert réussit le tour de force de nous
faire partager les pensées d’un dieu.

Interview de Laurent Pfaadt

A lire : Dune, 6 tomes, nouvelle traduction, coll. Ailleurs et demain, Robert Laffont.

Le Roi est mort. Vive le Roi 

25 juin 2005. Mahyar Monshipour, champion du monde WBA des poids super-coqs, défend au Futuroscope de Poitiers son titre face au mexicain Julio Zarate. Pour Hebdoscope, il revient sur ce combat qui fait désormais parti des annales de la boxe française.


6 … 7 … 8 … Boxe

Cela faisait exactement 40 mois que je n’avais plus entendu ce décompte, si tenté que lors du dernier décompte, un 18 mars, je l’aie réellement écouté, entendu !!! 

Mahyar Monshipour 29 April 2005 in Marseille
Photo Boris Horvat – AFP original

On était au quatrième round de la cinquième défense de mon titre. On était au Futuroscope, à onze kilomètres de mon domicile, devant le postier, le cafetier, le restaurateur, le pharmacien et tous ceux qui constituaient mon monde de tous les jours. Mon quotidien. 

C’était un 25 juin, un samedi, de ceux propices aux joutes sportives. J’avais déjà effectué une longue préparation pour affronter un rugueux japonais, Shigeru Nakazato, le 29 avril précédent à Marseille. J’étais sorti vainqueur d’un véritable bras de fer en six reprises et après un court repos de trois-quatre jours, mes pas m’avaient à nouveau ramené à la salle et sur la piste. 

Les deux combats n’étaient séparés que de huit semaines. Un trop court temps pour récupérer et recommencer. Mais de concert avec Mohamed Benama, « Ben », nous avions fait un mixte de deux préparations combinées. Il ne s’agissait pas là de préparer un combat, le gagner, se reposer et en préparer un nouveau. Il s’agissait de repartir aussitôt et repréparer une guerre.  Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit sur un ring, ce cercle mal nommé. 

Une alarme était apparue la semaine précèdent le combat. Une alerte, un appel à la prudence. J’étais assis dans le petit jardin de notre pavillon de la cité américaine toute proche du Centre hospitalier universitaire (C.H.U) Jacques Coeur. Il faisait beau et j’avais envie de voir la beauté de l’horizon formé de l’union du ciel et de la mer, de voir la beauté de cette moitié de l’humanité habillée de petits morceaux de tissus dès que la mer et le soleil apparaissent. 

J’avais envie de flânerie et d’inconscience.  J’avais envie d’ailleurs. 

Et là, après une seconde préparation faite de sueur, de coups et de courses à en perdre le souffle, il fallait que je me batte à nouveau, encore et encore. Car je n’étais ni bagarreur, ni agressif. Je voulais bien revêtir l’habit de lumière du destructeur que je donnais à voir, il ne fallait pas pousser, pas si tôt. Aussi, affable avec les autres, je m’enfermais pourtant sur moi au dernier moment, juste avant la mise à mort.

Mise à mort. 

Le lac, celui de l’amphithéâtre du Futuroscope était rempli de milliers de passionnés, de poitevins, de connaissances, de copains et d’amis. Ils étaient venus me voir triompher. Les autres, ceux qui viennent te voir lécher le sol, ramper, rouler, rompre, mourir…il fallait les décevoir. 

Recevoir l’ovation à mon entrée sur le ring. Mes yeux humides, d’abord par l’émotion de cet accueil, ensuite par ma dévotion pour l’hymne de mon pays. Comme d’habitude, je l’ai chanté. J’ai chanté la marseillaise. Elle était jouée pour moi donc je l’ai chantée. 

Julio était déjà là entouré de son équipe, une équipe de « pros » venue de Mexique. Il était là à m’attendre parce que le champion rentre en dernier sur le ring. Il n’a pas à attendre. Deux années avant, exactement vingt-quatre mois avant, c’était moi qui avais dû attendre en challenger le champion. Aujourd’hui, c’était moi le champ.

Puis le face à face, moi les yeux rivés et Julio, avec un buste mobile qui me fixait avec des yeux qui traçaient une arabesque au rythme des mouvements de son buste.

Boxe

L’arbitre, Monsieur Guillermo Perez Pineda, a commencé à se mouvoir autour de nous, discret, comme un papillon autour de deux flammes, deux flammes qu’il toise sans jamais toucher au risque de se brûler. Il tournait autour de nous, ponctuant ses pas de quelques gestes pour nous inviter à boxer, pour nous séparer, pour enlever des bras entremêlés. Des pas de danse qui ne durent que trois minutes et se succèdent jusqu’à la mort …

D’habitude, je sautais au cou de mes prétendants dès les premières secondes pour, à l’image du tigre qui agrippe sa proie, lui broyer les vertèbres, l’étouffer et l’amener vers une lente mais certaine agonie, longue de six à huit rounds. C’était toujours ainsi. N’étant pas un puncheur, mais un destructeur, j’harcelais mes adversaires jusqu’à les faire rompre après la mi-combat.

Mais là, j’avais peut-être encore la tête au soleil. Comme grillé par la chaleur de l’astre. J’étais étourdi, sans avoir mon objectif en tête. Je me suis contenté du minimum : dominer sans écraser. Tout allait bien, mais j’ai oublié que j’avais en face de moi un Mexicain, un dur à cuire, un serpent, un rude descendant des aztèques.

Au quatrième round, alors que depuis le début du combat, Julio s’arrêtait toujours net après de vaines tentatives de touche au foie, tentatives effectuées par un uppercut isolé. Il avait habitué mon corps à bloquer ce coup puis à me relâcher sans suite dans les idées. Mais il enchaîna avec un uppercut au menton et une droite. L’uppercut me toucha de plein fouet me déformant le visage, me faisant tourner le crâne sur son axe, me faisant chuter en arrière et me sauvant d’un knock-out certain. Je tombe en arrière et, en même temps, m’effondre sur moi-même. Sans cette chute, sa droite aurait atteint sa cible – ma mâchoire – et il aurait certainement fallu m’évacuer sur une civière. Au revoir le titre, salut la gloire. Or tombant en arrière et sur moi-même comme un bâtiment en destruction, dynamité, j’étais sauvé.

« Mahyar, ce n’est pas ici, au Futuroscope que tu vas perdre ??? Non, relève-toi et fais-lui la guerre » me suis-je dit

Lucide parce que fort et très bien entraîné, un regard vers Ben et un hochement de tête voulant dire « ça va Ben », je me relève et je lui cours dessus à l’annonce « Boxe » de l’arbitre. Tel un diable je me jette sur lui et je lui montre que je suis aussi le descendant de guerriers, de chevaliers ayant parcouru et conquis le monde, de la Grèce à l’Inde, de la Sibérie à l’Egypte. Si tu descends des aztèques, je suis un descendant des conquérants perses.

Quatre rounds où je me suis contenté du minimum. Quatre autres pour le faire rompre. Je lui ai couru tout ce temps dessus, pendant douze minutes d’un cauchemar pour lui, douze de rédemption pour moi. Il partait à gauche, j’étais déjà à sa droite. Il partait à droite, j’étais déjà à sa gauche. Et il ne pouvait reculer, adossé dos aux cordes. Les quatre cordes entourant le carré du ring étaient désormais les frontières de sa geôle. Il ne pouvait plus m’échapper.

« Mais que diable allait-il faire à cette galère. Il est vrai ; mais quoi ! on ne prévoyait pas les choses … » Comme lui aurait demandé Géronte et comme lui aurait répondu Julio. 

Quatre rounds à me taper et quatre autres à me fuir. A la fin du huitième round, après exactement trente et une minutes de ce bras de fer, il rompit, s’avoua vaincu et me laissa encore Roi. Le Roi est mort, vive le Roi

Par Laurent Pfaadt

Dolce vita littéraire à Paris

Du 18 au 23 avril, les lettres italiennes seront à l’honneur à l’occasion de Livre Paris et du festival Italissimo


Pour sa huitième année, le festival ITALISSIMO revient au printemps en collaboration avec le Festival du Livre de Paris, dont l’Italie sera le pays invité d’honneur. Grâce à une programmation commune intitulée « PASSIONS ITALIENNES », ITALISSIMO et le Festival du Livre de Paris présenteront du mardi 18 au dimanche 23 avril 2023 le meilleur de la littérature et de la créativité italienne contemporaine dans les lieux traditionnels du festival et au Grand Palais Éphémère, avec des rencontres, des débats, des lectures, des ateliers et des spectacles auxquels participeront une quarantaine d’auteurs.

Comme tous les ans, le public aura l’occasion de rencontrer les écrivains emblématiques du paysage éditorial italien dont plusieurs prix Strega, le « Goncourt » italien, ainsi que d’en découvrir les nouvelles plumes, récemment traduites en français. Des rencontres avec de nombreux écrivains raviront les amoureux de la littérature italienne, parmi lesquelles celle consacrée à la littérature face à l’histoire en compagnie de Giulano Di Empoli, Grand prix de l’Académie française 2022 pour Le Mage du Kremlin (Galimard), le 19 avril au théâtre des échangeurs ou en compagnie de Silvia Avallone au théâtre de l’Odéon, le samedi 22 avril pour ne citer que ces exemples.

2023 marque également le centenaire de la naissance d’Italo Calvino. ITALISSIMO et le Festival du Livre Paris dédieront des lectures et des rencontres spéciales à l’auteur du Baron perché et de Si par une nuit d’hiver un voyageur. Au théâtre des déchargeurs, Paul Fournel et Martin Rueff évoqueront, le 20 avril à 12h30, la figure de l’écrivain et au pavillon italien du Grand Palais éphémère durant le weekend du 21 au 23 avril, un voyage photographique partira sur les traces du grand auteur transalpin.

Et comme la littérature ne vit pas isolée, cette dense programmation se démarquera par un échange fructueux entre l’écriture, l’image, la pensée et la performance dans le but de créer des résonances entre la création artistique et le monde qui l’entoure. Le tout dans une perspective de dialogue et d’échange entre la culture italienne et française.

ITALISSIMO et le Festival du Livre Paris proposeront ainsi une grande semaine consacrée à la littérature italienne, en favorisant l’interaction avec les autres domaines artistiques et en célébrant les échanges avec la culture française.

Hebdoscope vous conseille quelques auteurs à ne pas rater :

© : ROBERTA ROBERTO

Paolo Cognetti, auteur du formidable Les huit montagnes (Stock, 2017), magnifique roman d’apprentissage dans le Val d’Aoste, Prix Strega 2017 et Prix Médicis étranger 2017 et de La félicité du loup (Stock, 2021). L’adaptation des Huit montagnes sera visible au cinéma du Panthéon, le samedi 22/04 à 11h. L’auteur dialoguera avec Jean-Christophe Rufin à la Maison de la Poésie le 22 avril à 17h

Emmanuel Trevi, auteur de Deux vies, une ode à l’amitié et à la littérature, Prix Strega 2021 (Philippe Rey, 2023). L’auteur évoquera ces deux thèmes au pavillon italien, le 22 avril et à la Maison de la poésie, le 23 avril à 17h

SCURATI Antonio – Date : 20110324 ©Philippe Matsas/Opale/Leemage

Antonio Scurati, prix Strega 2019 pour M. L’enfant du siècle (Les Arènes) consacré à Mussolini et dont le dernier tome de sa trilogie est attendu à la rentrée 2023 rencontrera ses lecteurs à la Maison de la poésie, le 20 avril à 19h. Son dialogue avec Mario Desiati, prix Strega 2022 pour Spartiati à la Maison de la poésie, le vendredi 21 avril, devrait être l’un des temps forts de cette semaine.

Paolo Rumiz qui, dans ses livres, notamment le formidable Appia (Arthaud, 2019) ou plus récemment Le Fil sans fin, voyage jusqu’aux racines de l’Europe (Arthaud, 2022) n’a eu de cesse d’explorer le patrimoine européen, devrait réserver à son public quelques moments littéraires et humains inoubliables. Sa conversation avec Paolo Cognetti sur la scène Bourdonnais du Grand Palais éphémère, le 22 avril à 14h promet d’être passionnante.

Les amateurs de sensations fortes viendront également à la rencontre de Donato Carrisi, l’un des maîtres du polar qui s’est très vite imposé sur la scène internationale depuis Le Chuchoteur en 2010 (Calmann-Levy) viendra présenter à ses fans, le dernier-né de ses créations, La Maison sans souvenirs (Calmann-Levy, 2022) au pavillon italien du Grand Palais éphémère, le 22 avril à 11h. Frissons garantis !

Sans oublier Milena Agus conduisant la légion transalpine de Liana Levi, Erri de Luca, Alessandro Piperno, Alessandro Baricco, Giosuè Calaciura et tant d’autres….. Toutes les infos sont à retrouver sur http://www.italissimofestival.com/

Par Laurent Pfaadt

Festival Raccord(s)

Né à l’initiative des Éditeurs associés et organisé en partenariat avec une quinzaine d’éditeurs indépendants, Le Festival Raccord(s) fête le livre et la lecture chaque année, crée des espaces de dialogue avec d’autres formes d’art et de savoir et invite le public à découvrir les ouvrages sous une forme originale : lecture théâtrale, performance, exposition, atelier, spectacle jeunesse, balade ou dégustation qui se doublent d’un salon pour rencontrer et découvrir la production des éditeurs indépendants participants.

Cette année, les éditeurs associés au festival sont les Editions Asphalte, Le Chemin de Fer, Cheyne, La Contre Allée, Esperluète, Jasmin, Nada, L’œil d’Or, Papier machine, Solo ma non troppo, Les Venterniers, Ypsilon et Zinc.

Pour la première fois, Raccord(s) prend ses quartiers dans un lieu unique, vivant et chargé d’histoire au cœur de Paris : le magnifique Couvent des Récollets, qui abrite la Maison de l’architecture Ile de France, lieu culturel de mise en débat de la fabrication de la ville. A cette occasion, une partie de la programmation s’articulera autour de l’urbanisme, l’architecture, la vie en ville, en lien avec le lieu qui nous accueille, avec notamment une randonnée-lecture guidée dans le quartier des Récollets.

Par Laurent Pfaadt

L’entrée est libre et gratuite à toutes et tous, enfants comme adultes. Retrouvez Raccord(s) ici :
https://www.festival-raccords.com https://www.facebook.com/festivalraccords https://www.instagram.com/festivalraccords/?hl=fr

Festival Raccord(s) 1er au 3 juillet 2022
Couvent des Récollets, Maison de l’Architecture, Paris

Bibliothèque ukrainienne, épisode 2

Plus de 50 jours après le début de la guerre, nous poursuivons notre série visant à promouvoir des ouvrages traitant de l’Ukraine ainsi que des auteurs ukrainiens afin de sensibiliser l’opinion et d’éclairer les lecteurs sur ces enjeux qui traversent le pays alors que pleuvent sur Kiev, Kharkiv, Marioupol ou Mykolaïv, les bombes russes. Rétablir la vérité historique, redire l’attachement de l’Ukraine à l’Europe, et promouvoir les lettres et la culture ukrainiennes à travers leurs écrivains, leurs artistes, tels sont les enjeux de cette bibliothèque ukrainienne.

L’autre enjeu, affirmé d’emblée dans le premier épisode de notre série, est de mobiliser un maximum de lecteurs et d’acteurs sur les dangers que courent les bibliothèques du pays, toutes les bibliothèques, qu’elles soient historiques ou non. Alerter sur la disparition d’un savoir national et sur la fin de l’accès aux livres, à la lecture mais également à la mémoire pour toute une population, tel est également l’autre enjeu de cette chronique. Continuons donc à nous mobiliser pour sauver les bibliothèques ukrainiennes avec #Saveukrainianlibrary. Ainsi, dans cet épisode, vous trouverez les photos de la destruction de la bibliothèque de Tchernihiv, près de la frontière avec le Belarus.

Ceci étant dit, promenons-nous dans cette nouvelle bibliothèque ukrainienne

Pierre Lorrain, L’Ukraine, une histoire entre deux destins, Bartillat, 670 p.

Comprendre l’Ukraine, sa résistance, son désir d’indépendance, sa vocation européenne, c’est d’abord comprendre son histoire. Grâce au livre de Pierre Lorrain, spécialiste reconnu de la Russie, cet ouvrage permet assurément d’y voir plus clair.

Complété par les premières années de la présidence Zelensky, l’ouvrage de Pierre Lorrain entre ainsi dans la complexité de ce pays, entre Europe et Russie, entre aspirations européennes et berceau de l’histoire russe. Couvrant ainsi plus de mille ans d’histoire, le livre de Pierre Lorrain témoigne d’une exceptionnelle objectivité qui permet de cerner les grands enjeux et les forces à l’œuvre dans ce conflit. Assurément une lecture salutaire en ces temps de guerre.

Jean Lopez, Kharkov 1942, Perrin, 316 p.

L’histoire de l’Ukraine contemporaine s’est édifiée dans le sang. Et Kharkov devenue aujourd’hui Kharkiiv, a malheureusement renoué avec son tragique passé. Haut-lieu de la guerre à l’Est entre Wehrmacht et Armée rouge, elle a été le théâtre de trois batailles sanglantes. Après avoir pris la ville en septembre 1941, les Allemands affrontèrent ainsi au printemps 1942, des Soviétiques bien décidés à infléchir le cours de la guerre après avoir stoppé la Wehrmacht devant Moscou, quelques mois plus tôt. Premier opus de la nouvelle collection Champ Bataille des éditions Perrin, ce récit haletant de la bataille par un Jean Lopez toujours aussi passionnant, nous fait entrer dans ce combat titanesque. Agrémenté de cartes et de témoignages de premier plan, le lecteur suit au jour le jour, dans les états-majors et sur le front, le récit de cette bataille majeure.

Niels Ackermann & Sébastien Gobert, New York, Ukraine, guide d’une ville inattendue, éditions Noir sur Blanc, 204 p.

Et si on vous disait que les Etats-Unis sont déjà présents en Ukraine, est-ce que vous nous croirez ? C’est pourtant bien le cas comme le rappelle le très beau livre de Niels Ackermann et Sébastien Gobert sur la ville de New York en Ukraine dont voici notre chronique :http://www.hebdoscope.fr/wp/blog/new-york-ukraine-guide-dune-ville-inattendue/

Maria Galina, Autochtones, traduit du russe par Raphaëlle Prache, Agullo éditions, 2020

Ecrivain de science-fiction, Maria Galina nous emmène avec ce récit inquiétant dans une ex-république soviétique que l’on identifie très vite à l’ouest de l’Ukraine, à la recherche d’un obscur groupe d’artistes des années 20 qui aurait créé un opéra mythique « La mort de Pétrone » ne donnant lieu qu’à une seule représentation. Un enquêteur bien décidé à retrouver la trace de ces hommes et ces femmes commence alors à recueillir des témoignages et s’enfonce dans un abîme aux frontières du réel. Et très vite, il est confronté à d’étranges phénomènes.

D’autant plus que les autochtones, dont on ne sait s’ils sont humains ou non, semblent fortement intéressés par son enquête. D’indices en contre-vérités, le lecteur, ensorcelé par le subtil talent de conteuse de Maria Galina, avance alors dans un labyrinthe fait de détours historiques et policiers. Entre loups-garous et le Maître et Marguerite de Boulgakov, enfoncez-vous dans le blizzard littéraire fascinant de Maria Galina. Sans certitude de retour…

Interview de Maria Galina (entretien réalisé le 1er avril)

Comment allez-vous aujourd’hui ? Pouvez-vous nous décrire la situation à Odessa ?

Plus d’un mois s’est écoulé depuis le début de la guerre et, dans une certaine mesure, une routine s’est installée avec les bombardements et les sirènes annonçant les raids aériens. Odessa reste relativement calme par rapport à ce qui se passe dans l’est de l’Ukraine et dans certaines petites villes non loin de Kiev. Il y a une certaine activité marchande à Odessa – même les animaleries sont ouvertes – et il n’y a pas de pénurie alimentaire jusqu’à présent. Même le célèbre marché alimentaire Privoz est actif. Bien sûr, il y a des restrictions militaires, telles que des couvre-feux et des postes de blocage, des barricades et des contrôles…

Vous aviez prévu de venir au Festival Intergalactiques à Lyon fin avril. Est-ce toujours le cas ?

Non. Aujourd’hui, il est très difficile de quitter l’Ukraine. Tous les vols ont été bien évidemment reportés. De toute façon, je ne quitterai l’Ukraine qu’en dernier recours, s’il n’y a pas d’autre issue. J’aime la France. Elle est, à bien des égards, similaire à l’Ukraine – multiculturelle et diversifiée – mais en même temps d’un seul tenant, avec une histoire ancienne, complexe et unique.

Avez-vous des contacts avec des auteurs russes ? Comment vivent-ils la situation ?

Beaucoup de mes amis et collègues ont quitté à la hâte la Russie afin d’éviter d’être complices de ce crime. Beaucoup d’autres sont restés et vivent aujourd’hui sous la menace de poursuites s’ils protestent ouvertement contre la guerre. Mais de nombreux écrivains de science-fiction soutiennent également activement cette agression, et il m’est très difficile de comprendre quel mécanisme psychologique les habite. C’est un phénomène assez étrange, car en théorie, ceux qui imaginent le futur devraient s’appuyer sur des idéaux humanistes. Ils ont été fortement influencés par la propagande et sont eux-mêmes devenus les instruments de cette dernière. Je suis fier de ces membres de Russian Fandom qui sont restés quant à eux, inébranlables. Mais il y en a très peu hélas.

Pensez-vous que cette guerre va entraîner le développement de la littérature et de la langue ukrainienne ?

Les guerres et les cataclysmes sociaux en général, aussi cynique que cela puisse paraître, servent généralement de puissants stimulants créatifs. L’Ukraine, au cours des vingt dernières années, a fortement développé sa propre littérature y compris de science-fiction. Aujourd’hui, elle essaie de rompre avec l’héritage impérial, ce qui aurait pour conséquence de favoriser des découvertes créatives très intéressantes et inattendues. En règle générale, en tant de crise, la réponse littéraire la plus immédiate est celle de la poésie et de l’essai. Après seulement vient la prose et la fiction. L’Ukraine a aujourd’hui besoin de forger son propre mythe culturel sans lequel aucun pays ne peut exister. Et maintenant que ce mythe est créé – dans lequel les écrivains de science-fiction ukrainiens ont d’ailleurs leur propre rôle à jouer – tout est réuni pour construire un nouveau récit national.

Quant à la langue, le russe était très répandu ici avant la guerre même s’il régresse aujourd’hui. Tous les Ukrainiens sont bilingues et jusqu’à présent la langue que vous parliez n’avait pas d’importance. Certaines personnes ne réalisaient même pas quelle langue ils utilisaient pour communiquer ou pour écouter les informations. Les choses ont changé aujourd’hui.

Comment pouvons-nousaider les auteurs ukrainiens ?

Tout d’abord, il est important de réaliser que l’Ukraine se bat non seulement pour son indépendance mais également pour sa propre survie. Deuxièmement, il faut savoir que la Russie utilise tous les agents de propagande y compris les auteurs russes pour s’imposer. Il faut proposer aux auteurs ukrainiens toutes les plates-formes culturelles disponibles afin qu’ils puissent s’exprimer. Car jusqu’à présent, la culture ukrainienne est restée, pour ainsi dire, dans l’ombre. Mais c’est une culture européenne vibrante et vivante. Et j’aimerais que cette culture soit reconnue à sa juste valeur dans le monde entier.

Par Laurent Pfaadt

Prix Sheikh Zayed Book Award 2022 : Les finalistes

Qui succédera à Iman Mersal, lauréate 2021 pour Sur les traces d’Ennayat Zayat (Actes Sud) ?


Assurément, les auteurs retenus dans les catégories littérature, jeune auteur et auteur jeunesse gagnent à être connus et ce prix, l’un des plus importants consacrés à la littérature et à la culture arabes et d’un montant de 170 000 euros, les aidera assurément. A cela s’ajoute également un prix récompensant un éditeur qui a œuvré pour les lettres et la culture arabes. Et surprise plus que méritée de trouver la si belle collection Sindbad d’Actes Sud à qui l’on doit les découvertes de Naguib Mahfouz, Mahmoud Darwich, Waciny Laredj ou plus récemment le très beau Monsieur N de Najwa Barakat qui figura dans la première sélection du Fémina étranger. Enfin, deux prix récompenseront les ouvrages de Culture arabe dans une autre langue et les traductions.

Après examen de 3000 candidatures venues de 55 pays dont la France, les finalistes sont donc :

Catégorie littérature :

  • Ghorbat Al Manazil (Etrangers à la maison) du romancier et journaliste égyptien Ezzat Elkamhawy, publiée par Al Dar Al Masriah Al Lubnaniah en 2021
  • Wa Tahmelany Hayraty  Wa  Dh’anony.  Seerat  Altakween  (Ma  confusion  et  mes pensées  m’emportent  :  Biographie  de  la  formation)  du  critique  et  universitaire marocain Said Bengrad, publié par Le Centre culturel du livre en 2021
  • Maq’ha Reesh, Ain Ala Massr (Regard sur l’Égypte : Le Café Riche) de la poétesse et romancière émiratie Maisoon Saqer, publié par Nahdet Misr Publishing en 2021

Catégorie jeune auteur :

  • Al Kaa’in al Balaghi al Lugha wal Aaql wal Istita’a fi Kitab ‘Al Bayan wal Tabyeen (L’être rhétorique : langage, raison et capacité dans le livre Al-Bayan wal-Tabyeen) de l’écrivain marocain Mustafa Rajwan, publié par Dar Kunouz Al Maarifa en 2021
  • Al Badawa fi  al  She’er  al  Arabi  al  Qadeem  (Le  bédouinisme  dans  la  poésie  arabe ancienne)  du  Docteur  Mohamed  Al-Maztouri  (Tunisie)  publié  par  the  Faculty  of Literature, Arts and Humanities at Manouba University and the GLD Foundation (Al-Atrash Complex for Specialised Books) en 2021
  • Al Hikaya al Shaabiya al Saudia al Maktooba bil Fus’ha : Dirasa fi al Muta’aliyat al Nasiya (Contes  populaires  saoudiens  écrits  en  Fus’ha  :  étude  de  la  transcendance textuelle) de l’écrivaine saoudienne Manal Salem Al-Qathami , publié par the Arab Diffusion Foundation en 2021

Catégorie littérature jeunesse :

  • Shams Tadhak (Un soleil souriant) de l’auteur syrien Bayan Al-Safadi, publié par Dar Al Banan en 2020
  • Loghz al Kora al Zujajiya (Le mystère de la boule de verre) de l’autrice syrienne Maria Daadoush, publié par Dar Al-Saqi en 2021
  • Maw’idi maa al Noor (Mon rendez-vous avec la lumière) de l’autrice marocaine Raja Mellah publié par Al Mu’allif en 2021

Catégorie éditeur :

  • Les Editions SINBAD (France)
  • Bibliotheca Alexandrina (Egypte)
  • Internationale Jugendbibliothek (Munich – Allemagne)

Catégorie Culture arabe dans une autre langue :

  • Avicenne – Prophétie et gouvernement du monde, de l’historienne franco-marocaine Meryem Sebti, publié par les Editions du Cerf en 2021. (France)
  • L’Alhambra: à la croisée des histoires, de l’historien turc Edhem Eldem, publié par Les Belles Lettres en 2021. (France)
  • Revealed Sciences : The Natural Sciences in Islam in Seventeenth-Century Morocco de l’universitaire américain  Justin    Stearns, publié Cambridge University  Press  en 2021.(Etats-Unis)
  • The Arabian Nights  in  Contemporary  World  Cultures:  Global  Commodification, Translation, and the Culture Industry du Dr. Iraquien- américain Muhsin J. Al-Musawi, publié par Cambridge University Press en 2021. (Etats-Unis)
  • Die Deutschen und  der    Faszination,  Verachtung  und  die  Widersprüche  der Aufklärung, de l’historien allemand Joseph Croitoru, publié par Carl Hanser Verlag en 2018. (Allemagne)
  • El perfume de la existencia : Sufismo y no-dualidad en Ibn Arabi de Murcia, de l’écrivain espagnol Fernando Mora, publié par Almuzara en 2019. (Espagne)
  • Surrealismi Arabi 1938-1970 : Il Surrealismo e la letteratura araba in Egitto, Siria e Libano, de l’écrivain italien Arturo Monaco publié par Istituto per l’Oriente C. A. Nallino en 2020. (Italie)
  • Etymologic Dictionary of Ancient Arabic (Based on the Material of Selected Texts of Pre-Islamic Poetry). Issue III, de Dr en philologie russe Anna Belova, publié par Institute of Oriental Studies of the Russian Academy of Sciences en 2016. (Russie)

Catégorie Traduction :

  • ‘Ratha’il al Maarifa: Bahth fi al Ahkaam al Akhlaqiya al Fikriya’ (Les Vices du savoir: Essai d’éthique intellectuelle) du philosophe français Pascal Engel, traduit du français vers l’arabe  par  Dr  Kassem  Almekdad  et  publié  par  Ninawa  Studies  Publishing  & Distribution en 2021.
  • ‘Fadaalat al Ikhwan fi Tayibat al Ta’aam wal  Alwan’ (Best  of  Delectable Foods  and Dishes from Al-Andalus and Al-Maghrib: A Cookbook by 13th Century Andalusi Scholar Ibn Razin Al-Tujibi, 1227–1293), écrit par Ibn Razin Al-Tajibi, traduit de l’arabe vers l’anglais par Nawal Nasrallah, et publié par Brill Publishing en 2021.
  • ‘Nash’at al  Insaniyat  Einda  al  Muslimeen  wa  fi  al  Gharb  al  Maseehi’  (The  Rise  of Humanism in Classical Islam and the Christian West) écrit par George Makdisi, traduit de l’anglais vers l’arabe par le Dr. Ahmed Aladawi, publié par Madarat for Research and Publishing in 2021.

Réponse donc le 24 mai prochain au Louvre Abu Dhabi pour connaître les lauréats.

Pour hebdoscope Laurent Pfaadt

« Fuir est très vite devenu la seule alternative »

Lui est pianiste international russe, finaliste du célèbre concours international Van Cliburn et se produisant sur les scènes du monde entier. Elle, est compositrice et pianiste. Tous les deux enseignaient au conservatoire Tchaïkovski à Moscou. Nikita Mndoyants et Maryana Lysenko ont quitté leur pays quelques jours après l’invasion de l’Ukraine avec leur fille de 3 ans pour se réfugier en France, dans le nord de l’Alsace, le 6 mars dernier. Comme un symbole, leur fille a effectué sa rentrée dans la même classe qu’une petite ukrainienne, arrivée quelques jours plus tôt.


Au moment où la guerre en Ukraine s’est déclenchée, vous étiez en Russie. Quelle a été votre réaction ?

Nikita Mndoyants : Quand les médias de masse n’étaient pas censurés nous entendions des rumeurs. Mais nous ne pouvions croire qu’au 21e siècle, une telle chose fut possible. Nous avons été choqués, sidérés quand la guerre a commencé. Et puis, la vie en Russie a commencé à changer. Très vite. Exprimer son opinion contre la guerre pouvait vous conduire en prison pour quinze ans. Fuir est très vite devenu la seule alternative. Tous ceux qui comprenaient réellement ce qui se passait ne pouvait accepter cela et demeurer silencieux. La peur régit aujourd’hui la vie de ceux qui n’ont pas pu quitter le pays. Il y a des manifestations contre la guerre dans toutes les grandes villes de Russie mais personne ne les voit car il n’y a plus de médias d’opposition. En parlant aujourd’hui, nous craignons également pour nos proches, nos parents qui sont restés là-bas et pourraient subir les conséquences de nos prises de position.

Maryana Lysenko : De nombreuses personnes soutiennent le régime car elles sont endoctrinées par la propagande. Même des membres de ma famille font confiance à celle-ci. C’est devenu très difficile de discuter avec eux. Lorsque je leur montre des vidéos provenant de mes amis ukrainiens qui font état de destructions et d’attaques, ils ne me croient pas. Ils pensent qu’il s’agit de propagande ukrainienne. Et lorsque les Américains et les Européens ont infligé des sanctions à la Russie, ils ont continué à croire dans la propagande en me disant : « L’Ouest est contre nous et de toute façon, nous allons survivre. On va être fort et on surpassera tout cela ».

Vous avez alors décidé de quitter le pays…

Nikita Mndoyants : Oui, d’abord pour notre fille. Ils ont détruit l’avenir pour tout le monde. Nous ne voulons pas qu’elle se retrouve dans ce dilemme de devoir choisir entre fuir son pays et accepter de vivre ainsi en Russie. Notre génération peut encore agir, décider. Mais eux n’auront plus la possibilité de le faire. Nous ne reviendrons pas en Russie dans ces conditions, avec ce régime.

Maryana Lysenko : Il ne s’agit pas d’une question de sécurité car j’ai participé à des mouvements de protestation en Russie lorsque cette dernière a envahi la Crimée et le Donbass en 2014. Nous aimons tellement notre pays et c’est très douloureux pour nous. J’y suis tellement attachée, mes racines sont ici. Même lorsque la guerre a débuté, j’ai essayé de me convaincre, jour après jour, de rester en Russie et de me battre. Le plus dur a été d’entendre ces gens que je connaissais et qui s’opposent au régime me dire : cela ne sert plus à rien de se battre maintenant. J’ai donc dû me convaincre qu’il était impossible de rester là-bas. Ce n’était pas une question de sécurité mais plutôt une question d’éthique, d’humanité.

Interview Laurent Pfaadt

Beethoven s’invite chez Chopin

Le prochain Beethoven Eastern Festival de Varsovie se tiendra du 3 au 15 avril 2022

C’est d’ores et déjà devenu une habitude, une tradition, celle qu’à
Chopin de convier Beethoven chez lui. On imagine aisément le génie
de Bonn se rendant à Varsovie pour y admirer un pianiste
d’exception, celui qui joue le Clavier bien tempéré du grand Bach
mieux que personne, celui que l’on compare déjà à Mozart.

Il faudra attendre près de deux siècles pour que ce rêve devienne
réalité grâce à un autre grand nom de la musique polonaise et
mondiale, grâce à un autre compositeur majeur de son siècle,
Krystof Penderecki. Et il est bien connu que derrière tout grand
homme, il y a une femme, en l’occurence Elżbieta Penderecka, celle
qui a rendu possible cette rencontre entre Beethoven et Chopin à
travers le Beethoven Eastern Festival dont elle est la présidente.

Ainsi, du 3 au 15 avril 2022, la 26e édition du festival verra une
pléiade d’artistes rendre hommage au compositeur de la 9e
symphonie. De symphonies, il sera évidemment question avec cette
même neuvième et le NFM Wrocław Philharmonic qui ouvrira le
festival sous la direction de Giancarlo Guerrero et dont la voix de
bronze de la soprano autrichienne Genia Kühmeier résonnera d’une
tonalité européenne bien particulière à quelques kilomètres d’un
conflit qui ensanglante les marches de l’Europe. D’autres
symphonies comme la Pastorale ou la 4e seront respectivement
interprétées par le Korea National University of Arts Symphony
Orchestra et l’Israel Camerata Jerusalem. Les 3e et 4e concertos
pour piano de Beethoven seront également à l’honneur avec les
pianistes polonais Łukasz Krupiński accompagné par la Sinfonia
Varsovia et coréen, Minsoo Sohn. Bien évidemment, patrie de
Chopin oblige, plusieurs récitals de piano permettront d’apprécier le
toucher si unique d’un Yekwon Sunwoo, vainqueur du concours Van
Cliburn en 2017 ainsi qu’une Nocturne Op. 27 no. 2 par un Martin
James Bartlett qui fera, à n’en point douter, battre le cœur de toute
une nation.

Varsovie retiendra également son souffle en écoutant les merveilles
de quelques-uns de ses plus brillants esprits musicaux, à commencer
par Krystof Penderecki et Karol Szymanowski dont la quatrième
symphonie sera interprétée par l’Orchestra of the Karol
Szymanowski Philharmonic de Cracovie. Il sera d’ailleurs question
de Cracovie, la veille, le 9 avril, avec la Chaconne in memoriam du pape
Jean-Paul II tirée du Requiem polonais d’un Penderecki qui sera
également à l’honneur avec son Lacrimosa.

D’autres œuvres seront absolument à découvrir notamment la 7e
symphonie « Angel of Light » du compositeur finlandais Einojuhani
Rautavaaraa, encore relativement méconnu et si peu joué mais dont
l’œuvre témoigne pourtant d’une beauté épique stupéfiante que
mettra certainement en valeur le chef Paweł Przytocki à la tête du
Arthur Rubinstein Philharmonic Orchestra. Durant cette même
soirée du 5 avril, les spectateurs apprécieront le concerto pour
violon de Max Bruch par l’une plus grandes solistes, Arabella
Steinbacher.

Enfin, la neuvième symphonie dite du « Nouveau Monde » d’Antonín
Dvořák par le Jerzy Semkow Polish Sinfonia Iuventus Orchestra
sous la conduite de la cheffe d’orchestre américaine Joann Faletta
offrira peut-être quelques espoirs à un monde plongé aujourd’hui
dans ce ciel de ténèbres où le Requiem de Schnittke rendra
l’hommage nécessaire aux morts de cette guerre en clôture d’un
festival qui s’annonce, d’ores et déjà, chargé en émotions.

Par Laurent Pfaadt

Retrouvez toutes les informations sur le Beethoven Easter Festival sur : http://beethoven.org.pl/en/

Festival Italissimo

Après deux éditions chahutées par la pandémie de Covid 19, le
festival de littérature et de culture italiennes ITALISSIMO revient à
l’occasion de sa septième édition. De nombreux lieux parisiens,
l’Institut culturel italien en tête mais également Science Po, la
Sorbonne, la Maison de la poésie, la bibliothèque du Centre
Pompidou ou les cinémas Panthéon et l’Entrepôt, résonneront ainsi
de littérature, de poésie et de cinéma venus de l’autre côté des
Alpes.

Parmi les auteurs italiens invités figureront quelques grands noms
de la littérature mondiale tels que Claudio Magris, l’un des plus
grands écrivains de notre époque, prix Strega, le Goncourt italien,
pour Microcosmes et dont le nouveau livre, Temps courbe à Krems
(Gallimard), se veut une variation sur la vieillesse, un peu à la
manière d’un Hermann Hesse, mais également Erri di Luca, prix
Femina étranger en 2002 pour Montedidio et dont le récent
Impossible (Gallimard) avait été chroniqué dans nos pages, Silvia
Avallone, auteure du mémorable D’acier (2010) et qui publie Une
amitié (Liana Levi), Francesca Melandri, Emanuele Trevi ou encore
Wu Ming, pseudonyme regroupant un collectif d’auteurs ayant
publié notamment Manituana en 2009 (Métailié) et Poletkult
(Métailié) sorti il y a quelques semaines.

Au côté de ces illustres écrivains, les visiteurs découvriront de
nouvelles plûmes transalpines à commencer par Daniel Mencarelli
dont le livre Nous voulons être sauvé (Globe) sorti il y a quelques jours
s’aventure dans un hôpital psychiatrique, Marta Barone (Grasset), Giuseppe Catozzella et Manuela Piemonte et son Adieu au rivage
(Robert Laffont) dont l’écriture poétique conduira les lecteurs dans
l’Italie fasciste des années 40 en compagnie de trois sœurs
inoubliables.

Tout ce beau monde sera accompagné par quelques auteurs français
emmenés par Laurent Gaudé, René de Ceccatty, Pierre Adrian ou
Jérôme Kircher, des politologues, illustratrices, acteurs et musiciens,
mais aussi des cinéastes qui manient très bien la plume, tels Cristina
Comencini ou Ferzan Özpetek. Italissimo rendra également un
hommage appuyé à Pier Paolo Pasolini, à l’occasion du centenaire de
sa naissance

Par Laurent Pfaadt

Festival de littérature et de culture italiennes
6-10 avril 2022