Archives de catégorie : Exposition

Balthus : géométrie secrète d’une sauvagerie feutrée

Même si Passage du Commerce-
Saint-André (1952-1954) est un
prêt de longue durée visible en
permanence au musée, monter
une rétrospective Balthus ne
coulait pas de source pour la
Fondation Beyeler. Les goûts
d’Ernst et Hildy les portaient plus
naturellement vers d’autres
univers. Des convergences
s’invitent malgré tout. Balthus
était un ami de Giacometti et
avait ce lien privilégié avec la
Suisse où il a passé son enfance,
convolé pour ses premières noces et établi sa dernière villégiature : la
Rossinière dans les Alpes vaudoises. Une connivence confortée par la
présence amicale de sa veuve, Setsuko Ideta lors de l’ouverture. La
rétrospective d’une quarantaine de toiles couvre l’ensemble de sa vie
d’artiste de 1928 à 1994.

Parution hebdoscope 1054 octobre 2018

Suite de l’article de Luc Maechel

 

 

A la Ville et Eurométropole de Strasbourg

La preuve nous en est donnée chaque début de saison à l’annonce des programmes que nous ont concoctés les différentes institutions de la Ville et Eurométropole de Strasbourg.

Dans les choix multiples qui nous sont proposés quelques spectacles nous attirent plus particulièrement.

Au TNS « Le partage de midi », une des grandes oeuvres de Paul Claudel, mise en scène par Claude Vigner.

« SaÏgon » de Caroline Guiela Nguyen où l’histoire bouscule la vie des gens.

« Thyeste » de Sénèque dans la mise en scène de Thomas Jolly dont la création a eu lieu au Festival d’Avignon cet été dans la cour d’honneur du Palais des Papes.

« I am Europe » qui signe les retrouvailles avec Falk Richter dans une pièce politique qui nous parle d’émigrants et de frontières.

« John » une des premières pièces de Wadji Mouawad sur le suicide des adolescents  dans une mise en scène de  Stanislas Nordey.

« Qui a tué mon père » d’Edouard Louis, également mis en scène par Stanislas Nordey,une réflexion sur la violence sociale.

Au TNS deux auteurs « classiques dans de grands textes sur la passion amoureuse

« La dame aux camélias » d’Alexandre Dumas fils mis en scène par Arthur Nauzyciel

« Les palmiers sauvages » de William Faulkner par Séverine Chavrier directrice du CDN Orléans/Centre Val de Loire.

Dans le foisonnement des spectacles inscrites au programme du Maillon certains nous semblent quasiment indispensables à voir, comme:

« Hymn to love » de Marta Gornicka qui dirige ce choeur saisissant qui dénonce le populisme  comme précédemment dans son « Magnificat » il dénonçait  le sort réservé aux femmes dans la catholique Pologne.

« Eins zwei drei » qui signe le retour de Martin Zimmermann

« Bacchantes-Prélude pour une purge « , un spectacle de danse joyeux et ébouriffé de la chorégraphe cap-verdienne Marléne Monteiro Freitas présenté avec Pôle-Sud

« Beytna » un grand rituel avec invitation à partager un repas élaboré pendant la représentation du chorégraphe libanais Omar Rajen en collaboration avec, entre autres, le belge que nous connaissons bien, Koen Augustijnen

« Requiem pour L. », retour très attendu des Ballets C de la B pour cette oeuvre de Mozart interprétée par des artistes  venus de plusieurs continents dirigés par Fabrizio Cassol et Alain Platel, présenté avec Pôle-Sud

« Optraken » du Galactik Ensemble  présente cinq acrobates  performant et drôles

« Humanoptères » de Clément Dazin nous emmène à Offenburg pour apprécier les sept performers-jongleurs qui s’y produiront.

A suivre aussi l’exposition « Un siècle sans entracte », une histoire du Wacken 1924-2019 avant la démolition de ce lieu chargé de bien des souvenirs.

La programmation des TAPS nous interpellent avec plus de vingt spectacles pleins d’humanité et de sensibilité.

En tout début de saison nous retrouvons avec bonheur Mounia Raoui, une actrice que nous avons beaucoup appréciée dans les mises en scène de Jean-Louis Martinelli quand il dirigeait le TNS. Mounia Raoui expose dans « Le dernier jour où j’étais petite » les tourments de sa vie d’artiste.Jean-Yves Ruf l’accompagne dans sa mise en scène.

De Marivaux on pourra voir « La seconde surprise de l’amour »;

« Jeunesse » de Joseph Conrad mis en scène par Guillaume Clayssen

« Partout la main du rêve a tracé le dessin » à partir  des dessins et écrits de Victor Hugo ,spectacle conçu et mis en scène par Jean-Marc Eder

Parmi les auteurs à l’affiche:Tchékov (Le chant du cygne); OdÖn von Horvàth (Allers-retours); Serge Valletti (Carton plein);Molière un « Avare » mis en scène par Fred Cacheux.

A noter pour le jeune public « Souliers rouges » d’Aurélie Namur  mise en scène De Félicie Artaud  et « Sur la route de Poucet » d’après Charles Perrault par Mathieu Létuvé.

Le TJP continue sa programmation qui lie indéfectiblement Corps Objet Image dans un nouveau sigle COI. Enfants jeunes ou moins jeunes , adultes sont invités à suivre tous les spectacles et les quatre Week-ends qui proposent de vivre des expériences artistiques en particulier sur le thème de l’attention.

Parmi bien d’autres, nous avons retenu

En début de la saison  la création de Renaud Herbin « At the still point of the turning world », avec une danseuse(Julie Nioche) deux marionnettistes ,une musicienne et plein de marionnettes;

De la danse encore et des sculptures  pour ce « Swing Museum » signé Héla Fattoumi et Eric Lamoureux, et aussi, présenté avec Pôle-Sud « Laisse le vent du soir décider » avec les performeurs danseurs  Damien Briançon et Etienne Fanteguzzi de la Cie Espèce de Collectif qui montent sur le plateau un meccano géant et allient danse invention et dérision.

Le retour d’Eve Ledig avec sa dernière création « Un opéra de papier » où elle marie, comme toujours poésie et questionnement sur la vie.

Deux spectacles que nous sommes curieux de découvrir: présenté par le Rodéo Théâtre » La vie devant soi » d’après l’ouvrage éponyme   de Romain Gary (Emile Ajar)

et  de Silvia Costa « Dans le pays d’hiver » présenté avec Le Maillon, une adaptation  des « Dialogues avec Leuco » De Cesare Pavese en italien surtitré en français.

Pôle-Sud,  qui est centre de développement chorégraphique national, propose une riche programmation de danse contemporaine.

Entre bien d’autres nous avons retenu « La danse aux Musées »

au MAMCS avec Hela Fattoumi et Eric Lamoureux (entrée libre) »OSCYL variation »

au Musée de l’oeuvre Notre-Dame avec Mark Tompkins, Philippe Poirier, Rodolphe Burger et La Cie Dégadézo et une cinquantaine de participants (entrée libre) »Entrons dans la danse »;

« Bacchantes-Prélude pour une purge » le spectacle burlesque de Marlène Monteiro-

Freitas  au Maillon.

Danse et jeux mêlés au TJP avec « Laisse le vent du soir décider »

signé Alain Platel et Fabrizio Cassol  de Damien Briançon et Etienne Fanteguzzi

un spectacle plein d’humour et de réminiscences au titre prometteur et engagé « El pueblo  unido jamàs serà vencido » d’Alssandro Bernardeschi et Mauro Paccagnella de la Cie Wooshing Machine

Energie et humour noir avec Ann Van Den Broek dans « Accusations »

Energie et humour léger dans »Idiot-Syncrasy » d’Igor et Moreno

Au Maillon, Les Ballets C de la B pour un magistral « Requiem pour L. »

Amala Dianor, artiste associé  à Pôle-Sud présente à Hautepiere « The Falling stardust » où se croisent différents styles de danse

A suivre le Festival ExtraDanse qui  compte de  belles prestations, à voir entre autres « Les Gens  de Fouad Boussouf qu fait se rencontrer les danses traditionnelles du Maroc avec le Hip Hop.

Enfin, en Juin, on suivra  avec Extra Ordinaire les réalisations produites par les rencontres entre 13 artistes invités et les gens des quartiers Meinau-Neuhof dans le cadre des Scénographies Urbaines qui en sont à leur 8ième édition.

Un magnifique choix de spectacles pour cette saison 18-19

Par Marie-Françoise Grislin

André Evard

© Claude Menninger

C’est en 2005 que
Jürgen A.Messmer
fonde la galerie du
même nom en
mémoire de sa fille
Petra trop tôt
disparue. La
première
exposition rendait hommage au peintre et dessinateur suisse André Evard en
l’honneur duquel un prix international décerné à de jeunes
artistes a été créé.

La galerie Messmer qui a présenté de nombreux artistes tels
George Braque, Pablo Picasso, Salvador Dali, Raoul Dufy,
Victor Vasarely et bien d’autres grands noms, renoue cet été
avec la prédilection affichée de Jürgen A.Messmer pour les
œuvres d’André Evard.

Né en 1876 à Renan dans le Jura suisse, l’artiste part vivre à
la Chaux-de-Fonds puis s’installe à Paris de 1923 à 1927 où il
côtoie George Braque, Théo van Doesburg, Robert Delaunay
au Salon d’Automne ou à celui des Indépendants.

Très vite, on le considère comme un peintre d’avant-garde et
son style influencé par le pointillisme et l’expressionnisme lui
donne une place toute particulière entre cubisme et
constructivisme. Car André Evard n’a cessé d’osciller entre
l’art abstrait et l’art figuratif et de mélanger les genres pour
développer un style singulier, identifiable entre tous.

Inspiré par la nature, d’où le titre de l’exposition « Farben der
Natur » (Couleurs de la nature), André Evard a peint moult
natures mortes et paysages pour se tourner définitivement
vers une vision panthéiste et figurative de la nature. Les
œuvres accrochées à la galerie en témoignent, les couchers
de soleil embrasent l’horizon jusqu’à le transcender, les
nuages s’étirent, flamboient dans le bleu ou le rose, les
arbres en fleurs font vibrer la toile…

C’est une nature débordante de vie que le peintre nous
octroie dans une profusion de couleurs vives parfois insolites
mais qui expriment toujours la quête de la lumière pure. Ces
couleurs prégnantes où dansent le rouge, le bleu, le jaune, le
rose nous en mettent plein les yeux pour nous inviter à
entrer dans les tableaux de l’artiste jusqu’à nous immerger
dans un bain de lumière qui a partie liée avec notre cosmicité
et notre part d’éternité. André Evard possède le don de nous
restituer le rythme du monde car comme nous le rappelait
Bachelard « L’Art est l’écoute de notre voix intérieure », cette
voix, le peintre la porte jusqu’aux marges de l’infini où elle
entre en résonance avec la nôtre dans une parfaite harmonie
avec le temps qui nous traverse, nous fait et nous défait.

Françoise Urban-Menninger

Galerie Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl

Jusqu’au 9 Septembre 2018

 

Cléone au musée Würth d’Erstein

Photo Claude Menninger

La passion chevillée
au corps

Hélène de Beauvoir, dont je
m’abstiendrai de préciser
qu’elle est la sœur de…,
collectionne depuis peu les
hommages alors qu’elle aurait
tant souhaité être reconnue de
son vivant ! Lors d’une
rencontre avec l’artiste à
Goxwiller où elle m’avait invitée
à la fin des années 90, Hélène
de Beauvoir déclarait « avoir été oubliée » par Paris mais
également par les protagonistes de l’art officiel de la région.

Désabusée mais d’une énergie toujours débordante, elle
m’avait reçue alors qu’elle achevait une œuvre monumentale
réalisée sur plexiglas. Le souvenir vivace de cet après-midi
ensoleillé d’automne, c’est celui d’ une confidence
inattendue. Sur un ton espiègle, elle m’avait déclaré laisser
dans chacun de ses tableaux une note d’humour
compréhensible d’elle seule, « c’est mon petit secret », avait-
elle ajouté malicieusement.

Cette note drolatique, je l’ai retrouvée dans les créations que
Cléone dédie à Hélène de Beauvoir sous l’intitulé « La
passion chevillée au corps ».

L’ode à la féminité de la styliste fait évidemment écho aux
tableaux de l’artiste bien en avance sur son temps quant à la
définition de ce que l’on appelle aujourd’hui le féminisme.

Cléone, comme Hélène de Beauvoir a connu la notoriété à
Paris avec sa maison de couture, puis à son instar, elle s’est
installée en Alsace avec son atelier à la Petite Pierre et sa
boutique à Strasbourg rue des Hallebardes. Sa « griffe » est
maintenant signe d’élégance et de magnificence à
Strasbourg, Paris ou New York !

La styliste qui se plaît à jouer du noir et du blanc dialogue en
toute liberté et complicité avec les gravures épurées
d’Hélène de Beauvoir. « Le noir est la couleur de l’élégance »,
affirmera Cléone lors du vernissage de son exposition et
d’invoquer l’histoire du costume alsacien.

On ne peut que tomber sous le charme de ses robes
agrémentées de dentelles vénitiennes, cousues et brodées
avec des perles fines de Murano. On se prend à rêver devant
« Les gondoliers » peints en 1960 par Hélène de Beauvoir en
revêtant une robe azurée créée par Cléone qui nous invite à
prendre le large entre ciel et mer…

Devant les toiles « Neige à Courchevel » et des « Skieurs », la
robe de Cléone floconne dans une grâce immaculée,
intemporelle qui flotte tel un poème de lumière.

On retiendra également, l’image belle, envoûtante d’une
robe flamboyante qui semble entrer en dansant dans une
toile d’Hélène de Beauvoir pour s’embraser dans une
rencontre qui transcende tous les écrits et que seule l’âme
peut saisir…

La styliste qui adore les matières premières crée des « robes
transformables », elle leur ajoute comme Hélène de
Beauvoir, des petites notes magiques qui font la différence
et identifient sa griffe.

Ainsi les poches d’une robe noire deviennent-elles de petits
masques ! Cléone ne cesse d’innover et de se réinventer au
fil de ses découvertes au quotidien. Les bris d’un rétroviseur
sont recyclés, peints en blanc, bleu, dorés ou argentés, ils
sont incrustés tels des bijoux dans une ceinture aux allures
stellaires, une énorme épingle à nourrice se transforme en
fermoir de choix…

Nul doute que « La passion chevillée au corps » de Cléone
rejoint celle du bonheur de peindre d’Hélène de Beauvoir !
Ces deux femmes exceptionnelles illustrent à merveille la
prédiction d’une autre femme au destin fabuleux, celle de
Simone Veil 
qui affirmait que « Le changement passera par
les femmes » !

Françoise Urban-Menninger

Jusqu’au 9 septembre 2018

Images du corps flottant

L’exposition Corpus Baselitz du Musée Unterlinden de Colmar se concentre sur les quatre années écoulées avec des travaux d’atelier et des œuvres issues de 19 collections particulières européennes dont beaucoup n’ont jamais été montrés.

Parution hebdoscope 1052 Juillet/août

Gotik o.k, 2018
huile sur toile, Galerie Thaddaeus Ropac
photo Luc Maechel

Suite de l’article de Luc Maechel :
Baselitz : Images-du-corps-flottant

Exposition de photographies

Photo Claude Menninger

Actrices et
acteurs français
dans le cinéma
italien

C’est dans le
cadre de la
première
semaine du
cinéma italien dans le monde et des 23 èmes rencontres du
cinéma italien que l’institut de Strasbourg propose un
parcours à travers 45 photographies prises sur les
tournages italiens de 1954 à 2016.

Présentée en collaboration avec le Centro Cinema de la
Ville de Cesena et le comité de jumelage Reims-Florence,
cette exposition ouverte en présence d’Alain Claudot
contribue à faire connaître l’histoire du cinéma en
témoignant de la participation constante des stars
françaises dans les productions italiennes.

Cette galerie d’image conçue par Antonio Maraldi,
directeur du Centro Cinema de Cesena à partir des archives du Centre nous remémore des films tels que
« Don Camillo monsignore ma non troppo » tourné en
1961 avec Fernandel. On retrouve également les figures
emblématiques d’Alain Delon dans « Rocco » ou dans « Le
guépard », de Jeanne Moreau aux côtés de Marcello
Mastroianni dans « La nuit » mais aussi de Dominique Sanda ou d’Anouk Aimée dans « Le jardin des Finzi
Contini ».

Cette collaboration entamée dès 1930 avec l’ère des
versions multiples, s’est poursuivie dès 1950 et perdure
aujourd’hui avec des têtes d’affiche telles celles d’ Isabelle
Huppert dans « La belle endormie », de Juliette Binoche
dans « L’attente » et de bien d’autres actrices ou acteurs
français…On citera encore parmi les photographies
exposées celles représentant Bernard Blier dans « Le cocu
magnifique » ou de Belmondo dans « La Viaccia »…Autant
d’images propres à réveiller notre mémoire ou à aiguiser la
curiosité des plus jeunes.

Dans le même temps, en collaboration avec l’Odyssée
plusieurs films sont proposés au public tels « Une journée
particulière » d’Ettore Scola, « Bellissima » de Luchino
Visconti ou encore « Fortunata » de Sergio Castellitto.

Un vrai régal pour le public que ce festival
cinématographique avec une splendide exposition aux
images belles, intemporelles qui prolongent en chacun
d’entre nous la magie du septième art.

Françoise Urban-Menninger

Exposition à voir jusqu’au 22 juin 2018
à l’Institut Culturel Italien de Strasbourg

L’air et la chair

© Luc Maechel

Bacon / Giacometti

C’est la première fois
qu’un musée
confronte le travail
d’Alberto Giacometti
(1901–1966) et de
Francis Bacon
(1909–1992). Un
dialogue audacieux
et envoûtant
présenté par la
Fondation Beyeler du 29 avril au 2 septembre avec une centaine
d’oeuvres de ces deux artistes majeurs du XXe siècle.

Suite de l’article de Luc Maechel :
Bacon/Giacometti : L’air et la chair

Parution papier hebdoscope,  juin 2018 n° 1051

Les Journées Européennes de la Culture – EKT

Radikal AkteOuverture à
Karlsruhe d’EKT, les
Journées
Européennes de la
Culture qui se
tiennent du 20 avril
au 5 mai 2018. La
24e édition d’une
manifestation
partagée tous les
deux ans par les
institutions
culturelles sur
l’ensemble du
territoire.

Comme entrée en matière, une exposition, Revolution! Für
Anfänger*innen
(visible jusqu’au 11 novembre). De l’interactivité,
mais peu d’objets rares ou précieux comme pour celle, très belle,
consacrée aux Étrusques et toujours visible dans le même Badisches
Landesmuseum|Schloss
. C’est une vaste installation qui investit
l’ensemble de la salle d’un chaos ménageant des sous-espaces où
sont déclinées les différentes thématiques. Mentionnant les
premiers frémissements de la guerre des paysans, le projet source
clairement le phénomène dans la pensée philosophique et politique
européenne du « Siècle des Lumières » même si des évènements
extra-européens s’invitent à partir du XXe siècle. Ainsi les acteurs, la
place du Bade-Wurtemberg, les moyens : imprimerie ou plus
récemment réseaux sociaux, etc. L’une surprend : cet espace
guillotine, un instrument plutôt post-révolutionnaire permettant
aux vainqueurs de préserver leurs positions, leur pouvoir… Mais
Révolution française et Terreur ne sont-ils pas indissociables pour
un historien ? L’appropriation des idéaux, des symboles
révolutionnaires par la décoration, la littérature, certains artistes
clôture la visite… Y figurent, entre autres, la célébrissime photo du
Che, un manuel pour fabriquer sa guillotine et cette paire de
pantoufles (Reomira Krey : Pantoffeln « Die Revolution kommt »,
1998 Badisches Landesmuseum) qui symbolise peut-être une option
assez proche d’une révolution idéale : celle qui se ferait sans
victimes, sans dégâts et permettrait d’accéder sans effort à un statut
de pantouflard. La révolution, un rêve petit bourgeois ? Chaque
visiteur pourra d’ailleurs évaluer son potentiel de révolutionnaire en
participant à un quiz à chaque étape (toutes les réponses sont
bonnes) et en soumettant ses choix à l’ordinateur en fin de parcours.

Cérémonie officielle d’inauguration à l’hôtel de ville ensuite avec les
allocutions du maire de Karlsruhe, Dr Frank Mentrup, de Mme
Theresia Bauer, Ministre für Wissenschaft, Forschung und Kunst du
Bade-Wurtemberg et surtout du Prof. Dr Susanne Baer, juge au
tribunal fédéral depuis février 2011. Elle développe les enjeux en
termes de droits, le sens et les perspectives de ces luttes pour les
Mutations de nos sociétés dans une langue très musicale rythmée
par ces « Gleiche Reschte für Alle » comme un leitmotiv et ponctuée
avec gourmandise d’anglais.

En soirée, le spectacle inaugural invite dix-huit femmes de Karlsruhe
et environs à interpréter Radikal Akte, une pièce nourrie des mots de
luttes historiques ou contemporaines et qui scandent un quotidien
prédestiné par les mâles dominants et les combats pour s’en
émanciper. Sur scène, un gigantesque cœur fiché d’un canon, une
sorte de char d’assaut en guerre contre l’oppression masculine et
patriarcale. Son rouge sang circulera sur le plateau au gré des
tableaux, s’éparpillera avec ces feuillets rouges lus et jetées à la
volée, avec le pourpre des rubans abandonnés par les actrices lors
de la seconde partie de la pièce et offrira au final l’image d’un champ
de bataille. Le choix dramaturgique s’inspire de la tragédie grecque
avec une femme, vêtue d’une chemise de nuit, comme coryphée très
vite rejointe par un chœur exclusivement féminin. Des femmes
potiches toutes identiques : perruques blondes et bouclées,
chemisier blanc, jupe rose, seules les différences d’âge se devinent
sous le maquillage blanc. Au début, elles répètent ou prolongent
collectivement les mots du coryphée. Le premier tableau s’achève
avec la projection sur le fond de scène de ces mêmes femmes, une
chorégraphie de marche où elles viennent à tour de rôle face
spectateur avec leur look actuel (libéré ?), leurs diversités, leur âge
aussi. Au fil du spectacle, les individualités se détachent du groupe et
prennent corps grâce aux mots du texte de Gerhild Steinbuch. Des
séquences jouées, chantées, chorégraphiées. L’une déploie une
formidable énergie – la transe d’une boîte de nuit – où les femmes se
débarrassent de leur costume pour ne garder qu’un sous-vêtement
telle la coryphée au début. Une forme d’accouchement pour devenir
elles-mêmes ? Quelques petites pannes de mémoire vite rattrapées
laissent deviner qu’il s’agit de non-professionnelles, mais la
générosité de leur engagement rayonne et le spectacle en joue pour
poser la question de la radicalité : un passage obligé du changement ?

Par Luc Maechel

L’âme des objets transmissionnels, liens familiaux avec la Shoah

Photo Claude Menninger

Plusieurs
animations sur ce
thème ainsi qu’une
exposition
photographique
réalisée par Michel
Borzykowski, coa-animateur du
« Réseau 2G » à
Genève, nous donnent à voir et à appréhender « ce que tu as
hérité de tes pères », selon l’expression de Goethe, reprise
par le psychiatre et psychanalyste Daniel Lemler.

Ces « objets transmissionnels » mis en scène dans des
photographies prises par Michel Borzykowski, comme leur
qualificatif l’indique, ont été transmis aux survivants de la
Shoah. Dans le mot « transmissionnel », l’on perçoit
également la notion de « mission » car c’est à un véritable
devoir de mémoire que ces objets font référence.

C’est ainsi que lors de rencontres avec des descendants de la
2e ou  3e génération de rescapés de la Shoah, des objets mis
en lumière ont témoigné de l’âme toujours présente de ceux
qui ne sont plus. Ces objets font le lien avec les vivants et les
morts.

Ils nous parlent tel ce morceau de plomb qui servait au père
de Lydia à presser les tissus à découper et sa fille, de nous
confier, qu’il contient tout « un poids affectif ». Pour
Charlotte, c’est une théière d’Indonésie qui lui permet de
renouer avec sa famille juive déportée. Yves, quant à lui,
jongle avec les chapeaux de ses oncles ! L’écrivain Joseph
Joffo exhibe la bille qu’il avait obtenue en échange de son
étoile jaune…Gloria a conservé une poupée qui pleure quand
on tourne la clé insérée dans son dos et qui, à n’en pas
douter, fait remonter à la surface du monde les larmes qui
hantent ses nuits.

Car tous ces objets, aussi modestes soient-ils, contribuent à
lutter contre l’oubli. Et même si « l’intensité du traumatisme
s’atténue à chaque génération » comme le pense Michel qui a
conservé une montre qui lui fait signe depuis l’au-delà, il
prend soin d’ajouter « les dangers de demain nous sont
encore inconnus ».

Et Daniel Lemler de conclure dans sa conférence que chaque
objet transmissionnel renvoie à une histoire particulière en
lien avec l’Histoire avec un grand H et d’affirmer, à très juste
titre, que nous sommes tous des « survivants de la Shoah »
qui a secoué l’Europe dans les tréfonds de l’âme humaine. Il
nous appartient aujourd’hui de sortir de notre carcan
narcissique pour accueillir l’altérité qui ne peut que nous
ouvrir des horizons meilleurs.

Françoise Urban-Menninger

Lieu d’Europe – Strasbourg

Alfredo Müller

Consulat
général de
Suisse,
Institut
italien de la
Culture

A l’occasion de la
publication du
catalogue raisonné de la peinture d’Alfredo Müller, une
double exposition se tient actuellement à Strasbourg pour
lui rendre hommage et mettre en lumière les œuvres de
cet artiste encore trop méconnu.

C’est Hélène Koehl, présidente des Amis d’Alfredo Müller,
qui a rédigé ce catalogue raisonné en trois langues
(français, italien, anglais) avec en outre la contribution
d’historiens de l’art des trois nationalités.

La double exposition présentée à Strasbourg illustre la
dimension internationale de cet artiste de nationalité
suisse, né en 1869 à Livourne en Italie et décédé à Paris en
1939. Disciple du maître portraitiste florentin Michele
Giordani, il participe à l’Exposition universelle de Paris en
1889, il découvre l’oeuvre de Manet, puis celle de Cézanne
en 1895 dont on reconnaît l’influence dans ses tableaux.

L’histoire d’Alfredo Müller est liée à la grande Histoire, au
Krach de 1890, aux tensions politiques, à la guerre de
1914 qui se profile…Mais l’artiste n’est guère reconnu à sa
valeur, la critique officielle ira jusqu’à railler son
« cézanisme » !

Et pourtant, c’est une œuvre considérable que nous laisse
cet artiste peintre et graveur qui vit tour à tour en Toscane,
en France…Une œuvre qui nous parle indéniablement
aujourd’hui avec force et sensibilité dans la double
exposition présentée à Strasbourg car Alfredo Müller le
signifiait lui-même : « Le secret de l’acte de peindre ne
procède pas d’un raisonnement mais d’une émotion
instinctive dont le mystère résiste à toute interrogation ».

Au Consulat de Suisse, on découvre, émerveillé, les années
françaises de 1895 à 1912 ainsi que les années toscanes
de 1913 à 1932. On ne peut que tomber sous le charme de
toiles belles, intemporelles qui semblent suspendre le
temps comme dans la scène où des jeunes femmes se
réunissent sur l’herbe ou encore dans cette nature morte
qui génère la sérénité.

A l’Institut italien, les Arlequinades nous entraînent dans
un joyeux charivari de couleurs dont l’écrivain Taine dans
son « Voyage en Italie » nous disait « qu’elles nous aidaient
à oublier les maux de la vie ». Mais derrière les masques et
les jeux d’ombres et de lumières, c’est toute la mélancolie
inhérente à la Commedia dell’Arte que l’on pressent.

Cette double exposition exceptionnelle permet non
seulement au public de découvrir ou redécouvrir Alfredo
Müller mais également d’inscrire cet artiste dans une
dimension, voire une identité européenne dont il s’est fait,
à n’en pas douter, l’un des précurseurs.

Par Françoise Urban-Menninger