Voyage au bout de l’enfer

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Nouveau roman
magistral de
Louise Erdrich

Tous les écrivains
américains ont leur
territoire de
chasse. Mais le
gibier qu’ils
traquent est un
peu particulier. Il est corrompu, névrosé, fantastique et obsédant.
Stephen King a son Maine, James Ellroy arpente les bas-fonds de
la Los Angeles des années 50, Jim Harrison soufflait sur ce
Montana préservé les vicissitudes de la vie moderne. Non loin de
là, Louise Erdrich a fait de l’état voisin, le Dakota du Nord où
demeurent encore vivaces les légendes indiennes, le décor de ses
romans où se côtoient ces deux mondes, ancestral et moderne,
parfois irréconciliables et souvent en confrontation. Souvent, la
parole donnée fait face au règne de l’argent et l’honneur tente de
résister tant bien que mal aux infamies de notre société.

Révélée au grand public par son deuxième roman, le pique-nique
des orphelins
en 1985 qu’il est possible de relire aujourd’hui dans
une nouvelle traduction, Louise Erdrich s’est vite imposée comme
l’une des grandes figures de la littérature américaine.

Dans son nouveau roman qui parachève le cycle de la Malédiction
des colombes
et du grandiose Dans le silence du vent, Louise Erdrich
continue d’explorer et d’expliciter la grande matrice de son œuvre
: l’identité. Roman après roman, nouvelle après nouvelle, cette
quête littéraire arbore ainsi de nombreux masques. Celui pour
rester fidèle à soi-même, à ses ancêtres et à ses coutumes mais
également celui pour affronter et vivre dans cette société
américaine qui a détruit par le fer puis par la corruption cet
héritage.

Dans Larose, Landreaux Iron est ainsi un nouvel avatar de cette
quête. Tuant accidentellement Dusty, le fils de son voisin, lors
d’une chasse au cerf, Landreaux va très vite se retrouver pris
entre deux feux et à devoir revêtir tantôt le masque de la tradition
en confiant Larose, son plus jeune fils, aux parents de Dusty,
tantôt celui de cette société qui lui rappellera en permanence sa
culpabilité.

La vie de Landreaux va devenir dès ce jour funeste un chemin de
croix permanent. Il envisagera le suicide, plongera dans l’alcool.
Avec sa femme, Emmaline, il tentera de faire face. Avec sa voix
puissante, unique, Louise Erdrich nous conte ainsi l’histoire de ce
couple hanté par le fantôme de cet enfant mort. Et à chaque fois
qu’il pensera avoir atteint la fin de sa pénitence, la vengeance
posthume du destin fera son œuvre en ravivant des haines jusque-
là contenues comme celle de ce vieux copain de classe.

A travers ce nouveau roman qui égale les précédents, Louise
Erdrich puise dans ses racines Ojibwé matière à une réflexion plus
globale sur la nécessité de s’appuyer sur son héritage, sur ses
racines pour affronter le monde contemporain. A l’image de
Landreaux Iron puisant dans ses coutumes matière à sa survie, le
message que nous délivre Louise Erdrich est plus que jamais d’une incroyable modernité.

Laurent Pfaadt

Louise Erdrich, Larose, Albin Michel, 528p.

A lire également : le pique-nique des orphelins, le livre de poche, 504p.

Une réflexion sur « Voyage au bout de l’enfer »

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