Médée-Matériau de Heiner Muller

D’abord nous sommes invités à lire le texte projeté sur un écran
dans la traduction de Jean Jourdheuil et Heinz Schwarzinger.
Commence un spectacle qui pour beaucoup va se révéler à la
limite du supportable. Mais comment pourrait-il en être
autrement quand on va vers cet absolu de souffrance que, Médée,
ce personnage hors norme symbolise et représente.

Le metteur en scène Anatoli Vassiliev a choisi pour prendre en
charge le rôle ce cette barbare une comédienne exceptionnelle,
Valérie Dréville .Elle a travaillé  auprès de lui et ils ont, il y a onze
ans déjà monté ce texte d’Heiner MÜller qu’ils reprennent
aujourd’hui, une pièce d’une densité telle qu’elle nous étouffe par
sa noirceur.

C’est une interprétation sans concession qui nous advient avec
Valérie Dréville.

Assise comme La Pythie sur un trône en bois, simplement vêtue
d’une robe colorée, jambes écartées, l’actrice au centre du
plateau apparaît comme une maîtresse des lieux.

Soudain une voix rauque sort de sa gorge, de ses entrailles pour
interpeller Jason et la nourrice. Les mots sont hachés, éructés,
stoppés net parfois avant des reprises où la voix s’égare dans les
replis de l’être, rendant le texte presque incompréhensible.
Comme il nous a été présenté au début de la représentation, nous
en retrouvons les mots même s’ils ont été déformés par cette
diction inhabituelle.

Nous sommes déroutés mais Médée ne l’est-elle pas, elle qui s’est détournée de son destin, a trahi son peuple, tué son frère pour
l’amour de Jason qui maintenant l’abandonne?

Devant ce fait ,Médée est sans merci, implacable. Pour exister
encore elle se défait de sa relation à Jason, fait mourir la fiancée
et les enfants.

C’est un rituel de mort qui nous fascine mais que le jeu de la
comédienne met à distance de l’horreur et de l’apitoiement.

Elle propose un jeu très physique qui engage tout son corps dans,
paradoxalement une grande économie de gestes .Il lui suffit de
couvrir son visage de traînées blanches pour devenir une
farouche guerrière, de mettre en évidence un phallus entre ses
jambes pour  marquer  l’inscription  de Jason sur son propre
corps, de dégrafer sa robe et l’enlever pour en faire la torche qui
brûlera Créuse, la future épouse de Jason, enfin d’amener vers
elle les deux petites marionnettes qui représentent ses enfants et
ceux de Jason pour, après les avoir serrés contre elle ,les
déchiqueter et les jeter dans la vasque où  se consument dans les
flammes son passé, son amour et sa haine.

Tout au long de  représentation seront projetés sur un écran en fond de scène l’immensité du ciel et les mouvements de la mer agitée comme les reflets de l’âme tourmentée de Médée.

Un spectacle puissant et déconcertant à l’instar de ce personnage  tragique.

Marie-Françoise Grislin

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