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Lilas rouge

Il est des livres dont on se souvient longtemps. Des livres qui vous
marquent à jamais. Lilas rouge fait partie de ceux-là. Ce livre qui
débute à la fin de la seconde guerre mondiale, en 1944, lorsque
Ferdinand Goldberger arrive avec sa famille dans cette Haute-
Autriche vallonnée. Dans ces pages magnifiques, le lecteur est très
vite saisi par le silence. Le silence comme une « délivrance » d’un
homme devant son crime, le silence de ses proches qui a eu raison
d’eux, le silence de ces habitants taiseux, le silence enfin d’une
nature monumentale qui écrase le lecteur de sa beauté. Mais les
souffrances et les traumatismes se transmettent, de génération en
génération, dans les non-dits et Ferdinand Goldberger et ses
descendants vont l’apprendre à leurs dépens.

On a parfois l’impression de se retrouver dans Une vie cachée de
Terence Malick avec ces hommes et ces paysages. Mais ici,
Ferdinand Goldberger y apparaît comme l’exact opposé de Franz
Jägerstätter. Lui-aussi s’est caché pour fuir la guerre mais il a fui son
passé. Or écrit Reinhard Kaiser-Mühlecker, « chaque homme était
cerné de toutes parts par son passé – personne n’avait droit à une
échappée vers le sud, pas même Goldberger. Le croire était une illusion.
Mais la certitude qu’il en était ainsi lui rendait précisément la chose
insupportable ». L’auteur choisit ainsi le bourreau plutôt que le
martyre devenu bienheureux de l’Eglise catholique. La culpabilité
plutôt que l’héroïsme. Mais à y regarder de plus près, les deux
hommes se rejoignent dans cette Autriche croyante, dans la
conviction que Dieu régit tout. C’est en tout cas ce que pense
Ferdinand Goldberger, que le péché originel du crime perpétré a
engendré une malédiction qui doit se transmettre de génération en
génération.

Et c’est ainsi que le récit avance et se détache des Goldberger, pour
évoquer à travers eux, l’histoire récente d’une Autriche à la fois
victime et complice du plus grand des crimes et qui a dû porter,
jusqu’à son histoire récente notamment lors de l’élection de Kurt
Waldheim en 1986 à la présidence de la République, le poids d’avoir
été le berceau du Führer. Héritier des Bernhard et Jelinek dans cette
volonté de confronter l’Autriche à son douloureux passé, le livre de
Reinhard Kaiser-Mühlecker s’en distingue cependant par sa froide
distance, comme ce temps qui passe à la propriété des Goldberger et
fait son œuvre. Vivre avec plutôt que d’exorciser le mal et le diluer
dans un nouveau berceau, celui de la propriété de Ferdinand
Goldberger mais également dans celui d’ue nouvelle génération
d’écrivains. Ici réside indubitablement la rédemption. 

Un livre comme un berceau, comme une renaissance. Celui des mots
comme la respiration d’un enfant, celui d’un cri littéraire qui dit la
souffrance passée ou la joie à venir, celui enfin d’une vie qui
s’épanouit, libérée de toute culpabilité. Comme ces lilas rouges qui
refleurissent à chaque printemps même s’ils ont la couleur du sang.


Par Laurent Pfaadt

Traduit de l’allemand (Autriche) par Olivier Le Lay

Reinhard Kaiser-Mühlecker, Lilas rouge,
Chez Verdier, 704 p

Mémoires, soldat jusqu’au dernier jour

« L’oncle Albert ». C’est ainsi que les soldats de la Wehrmacht et de la
Luftwaffe appelaient Albert Kesselring, peut-être le moins connu
des maréchaux allemands de la seconde guerre mondiale, à l’instar
des von Manstein et Rommel. Avec ces mémoires écrites en
captivité, publiées en France en 1956 et enfin rééditées par
l’entremise de l’historien Benoit Rondeau, l’un de nos plus grands
connaisseurs de cette période historique, il nous possible de
découvrir ce maréchal et surtout d’enrichir notre connaissance des
faits militaires du second conflit mondial.

Chef d’état-major de la Luftwaffe entre 1936 et 1938, ayant joué un
rôle fondamental dans la victoire des troupes de Franco en Espagne,
ce proche d’Hitler sans pour autant être un intime, officia lors de la
bataille d’Angleterre et à l’Est avant de commander la Wehrmacht
en Italie lors du débarquement des troupes alliées en Sicile en juillet
1943. Son nom reste ainsi attaché à la défense de la ligne Gustave
marquée par la fameuse bataille de Monte Cassino dont il souligna
d’ailleurs la vaillance des troupes coloniales françaises ainsi que par
l’abandon de la ville de Rome, déclarée « ville ouverte »

Les annotations de Benoit Rondeau permettent au lecteur de
naviguer avec facilité dans les différents théâtres d’opérations et
réunions d’état-major parfois techniques. Elles permettent de
pénétrer dans le cercle très fermé des hommes qui ont fait, du côté
allemand, la seconde guerre mondiale et de comprendre certains
épisodes complexes telle l’affaire Fritsch, du nom du chef d’état-
major de la Wehrmacht, disgracié en 1938 car homosexuel mais qui,
en réalité, s’opposait aux velléités bellicistes d’Hitler et de Goering.
L’apport de Benoit Rondeau demeure ainsi primordial pour
décrypter les mots d’un homme qui s’est voulu soldat jusqu’au
dernier jour, de ce maréchal pour le moins ambigu qui « n’a pas une
seule fois reconnu le caractère criminel du régime, pas plus qu’il n’a admis
la moindre faille à la « grande » Wehrmacht ». Pas un mot pour la
répression des Juifs à l’Est qui confère presque au déni, justification
de la répression des résistants, on comprend mieux pourquoi « 
l’oncle Albert » était autant aimé de ses troupes. Car jusque devant
le gibet, il n’a pas trahi ses hommes. 

Par Laurent Pfaadt

Albert Kesselring, Mémoires, soldat jusqu’au dernier jour,
édition présentée et annotée par Benoît Rondeau
Chez Perrin, 576 p.

La réparation du monde

C’est un roman comme on en écrit plus. Un roman titanesque dans
son intensité, à la fois grandiose et difficile. Celui où les hommes ne
sont que le jouet du destin, celui où on ne peut rien contre la fatalité.
Celui où le combat même lorsqu’il est vain et perdu est magnifique.
Les Kempf car c’est d’eux dont il s’agit, vivent depuis le XVIIIe siècle
dans ces marges que l’impératrice Marie-Thérèse a colonisé avec ces
Allemands de souche devenus, au fil des siècles, Roumains, Hongrois
et ici, Croates, dans ce qu’on appelait encore la Slavonie du temps de
l’Autriche-Hongrie.

Publié en 2015 et déjà traduit dans une dizaine de langues, la
réparation du monde évoque la question haut combien complexe dans
cette région, de l’identité, de sa multiplicité et de sa destruction sous
les coups de boutoir des totalitarismes. L’auteur s’est ainsi appuyé
sur son abondante documentation familiale pour construire un
roman centré autour de son personnage principal, Georg Kempf,
jeune étudiant en médecine projeté dans la seconde guerre
mondiale. L’auteur montre ainsi avec solennité que les choix
individuels ou les non-choix que nous faisons ont toujours des
impacts irréversibles. Ici en l’occurrence, rejoindre la SS pour
échapper à une guerre fratricide dans les Balkans. Mais fuir son
destin est parfois pire que de l’affronter car ce dernier vous attend,
vous happe quand vous vous y attendez le moins et se venge de
vous. Georg Kempf en fit les frais en assistant aux premières loges
de cet opéra macabre que fut l’anéantissement de l’Europe, de sa
mémoire comme de ses peuples. Envoyé dans le sud de la Pologne,
au cœur de l’enfer, entre extermination et massacres, la conscience
de Georg Kempf hésite souvent entre dégoût et fascination du pire.
Voulant fuir la guerre civile, il ne participa « que » moralement, en
tant que SS, au plus terrible des génocides avant d’affronter cette
même guerre fratricide. Le destin s’est ainsi vengé.

Chevauchant l’incroyable prose et composition littéraire du
dramaturge croate, le lecteur a parfois l’impression de chevaucher
ce fameux cheval rouge d’Eugenio Corti. Dès les premiers chapitres,
le lecteur est poussé sur une route escarpée qu’il ne quittera plus
jusqu’au point final, quelques six cent pages plus loin. La beauté de la
nature cohabite avec l’horreur des hommes donnant au récit un
caractère épique proprement stupéfiant. Des encadrés viennent
projeter la voix du narrateur, fils de notre héros, comme une sorte de
coryphée. Elle nous rappelle que quels que soient les choix que nous
faisons, ils ont toujours des répercussions sur les générations à
venir. Avec ce roman qui ajoute une pierre supplémentaire à
l’excellence des lettres balkaniques, Slobodan Snajder nous offre
ainsi une puissante leçon d’histoire et d’engagement, domptant,
d’une certaine manière, la main vengeresse du destin.

Par Laurent Pfaadt

Slobodan Snajder, La réparation du monde
Chez Liana Levi, 624 p

Martha Argerich raconte

Qui aurait pu prédire que cette jeune femme de 24 ans avec ses airs
de « reine assyrienne » comme le rappelle avec malice Olivier Bellamy,
éclabousserait le monde de la musique classique en s’asseyant
devant son piano lors de ce fameux récital d’anthologie de 1965, et
deviendrait au lendemain de ses 80 printemps, fêtés le 5 juin dernier,
l’une des légendes du piano des 20e et 21e siècles, à la fois adulée et
toujours aussi mystérieuse ? Quelques-uns peut-être. 

Remontant le fil de ce destin hors normes, Olivier Bellamy,
journaliste à Radio Classique et Classica, nous trace, à travers
quelques grands entretiens et miscellanées qui sont autant de
sentences de la « reine », le portrait de cette femme qui ne se livre
que rarement. Au centre de ces pages, il y a bien entendu la musique
et le piano avec en majesté, ses Beethoven et notamment ce
quatrième concerto qui décida, pour cette enfant de Buenos Aires,
de son incroyable destinée, ces Schumann ou ce Chopin, « son amour
impossible » qu’elle sublima. 

Les grands pianistes et les chefs se succèdent ainsi au fil des pages : le professeur Friedrich Gulda, omniprésent, dont elle fut l’unique
élève, Nelson Freire, l’ami de toujours qui « sent tout ce que je sens »,
Claudio Abbado avec qui elle réalisa peut-être ses plus beaux
disques ou Daniel Barenboim qu’elle admire. Elle est tantôt peu
amène sur certains pianistes dont nous tairons le nom, enjouée pour
d’autres comme Piotr Anderszewski par exemple. A la manière d’un
concerto, avec ses mouvements lents et rapides, ses accents
désinvoltes et ténébreux, la pianiste évoque son enfance, sa vie, sa
relation avec le chef Charles Dutoit, son rapport à la mort après
avoir vaincu un cancer, la musique comme vecteur de démocratie ou
ses liens avec la France dont l’âme « possède quelque chose de voilé »« 
J’aime beaucoup jouer du piano, mais je n’aime pas être une pianiste » 
conclut-elle dans ce livre qui contribuera à façonner un peu plus
cette légende…

Par Laurent Pfaadt

A écouter : Martha Argerich, The Legendary 1965 Recording, Warner Classics

Olivier Bellamy, Martha Argerich raconte,
chez Buchet & Chastel, 272 p.

La vie de Nathan Polonsky

On en voudrait presque à l’auteur de nous avoir menti
littérairement, de nous avoir fait croire à une destinée toute tracée,
à une success story. Conscient, en raison du bandeau rouge barrant
le livre, de la tragédie à venir, on a donc avancé, angoissé, en avalant
les pages, et partagé entre la catastrophe annoncée et un éventuel
miracle. Car jusqu’au déferlement de la peste maccarthyste, on
s’accroche à cette illusion, celle que Nathan Polonsky, artiste social
réaliste, vétéran de la seconde guerre mondiale, puisse échapper à
cette chasse aux sorcières. Pourtant, insidieusement, presque
invisiblement, les mâchoires du fanatisme, de la suspicion, se
refermèrent sur lui. Lui-même ne s’en rendit compte que
tardivement. Et quand il en prit conscience, il était déjà trop tard.

Voilà en substance ce qui attend le lecteur de cette fresque qui
progresse comme un cancer. Tout le talent de Jocelyne Rotily est là.
Dans cette incroyable connaissance du New York artistique de
l’après-guerre avec ses galeries d’art, ses artistes outsider, des
appartements grands comme des palais sur la Ve avenue où l’on joue
avec la célébrité aux salles de boxe moites où on la guette. Dans le
rêve américain de Nathan Polonsky, celui d’une ascension artistique
et académique sans limites, d’une histoire d’amour idyllique et de
convictions mises au service de son art. « Tout roulait sur des
roulettes » écrit ainsi Jocelyne Rotily.

Comme un cancer donc. Dans cette Amérique qui recommence à
vivre où tout redevient possible, la prose vivante et si persuasive de
Jocelyne Rotily nous laisse cependant deviner, comme dans cette
virée dans le Tennessee ou dans ce voisin un peu trop présent, que
quelque chose cloche. Puis le cancer du macarthysme surgit et
contamine toute la société. Commence alors la douleur, la violence
qui se répand, attaque tout et tout le monde dont notre héros.
Polonsky tenta de se battre. En vain. Car face à un Etat déchainé, il
ne fit pas le poids Cette haine l’obligea à subir la déchéance, la haine
et finira par le forcer à l’exil. A travers cette fresque palpitante,
bourrée de clins d’œil, Jocelyne Rotily nous dit ainsi que la frontière
entre démocratie et régime totalitaire est parfois fort ténue, comme
l’a montré les récents évènements du Capitole.

Par Laurent Pfaadt

Jocelyne Rotily, La vie de Nathan Polonsky,
Le Passeur, 496 p.

Philippe II, l’apogée du Siècle d’or espagnol

Nos connaissances sur Philippe II, fils de Charles Quint, roi des
Espagne et empereur d’un Nouveau Monde gigantesque
commençaient à dater. Nous en étions restés au livre d’Ivan Cloulas
(Fayard, 1992) présentant un Philippe II cruel et bigot.

Cette nouvelle biographie de Francis Dupau qui n’est pas issu du
monde universitaire – ce qui n’enlève rien au sérieux et à la qualité
de son propos – vient heureusement dépoussiérer tout cela où
plutôt dénouer « l’énigme Philippe II ». L’auteur y déconstruit les
mythes, notamment celui de cette fameuse légende noire dans un
chapitre fort brillant où il démonte ces opérations de
communication avant l’heure des ennemis de Philippe II pour
replacer ce dernier dans le contexte de son époque à travers une
narration assez subtile mêlant l’homme et le roi.

Comme le rappelle judicieusement l’auteur, Philippe II fut d’abord
un roi consort – époux de la reine Marie Tudor – conditionnant ainsi
son rapport à l’Angleterre, avant de monter, à près de trente ans, sur
le trône d’une Espagne devenue un empire mondialisé. C’est à
travers ce prisme, celui du basculement vers un autre monde, une
autre époque de l’histoire de l’humanité que doit s’analyser, selon
Francis Dupau, la personnalité et le mode de gouvernance de
Philippe II. Et ce dernier, héritier du Moyen-Age et de Thomas
d’Aquin, ne parvint jamais complétement à s’inscrire dans cette
nouvelle mondialisation symbolisée par les caravelles et la gestion
lointaine de territoires.

Alors que son père discuta avec Luther à Worms en 1521, initiant
un processus qui devait aboutir à la paix d’Augsbourg en 1552 et au
principe « Cujus regio, ejus religio », « Tel prince, tel religion »,
Philippe II se montra un catholique intransigeant. Mais là où la
légende noire, notamment celle fabriquée par les huguenots
hollandais et français – Francis Dupau montre bien à cet égard
l’ingérence du roi d’Espagne dans la crise de succession des Valois en
1589 – construisit un fanatique, l’auteur insiste sur le fait qu’il fut
avant tout animé par la raison d’Etat, voyant à tort le protestantisme
comme un facteur de troubles, de chaos.

Ce roi de l’écrit, misanthrope, aimant la nature et soucieux de ne pas
se laisser enfermer dans son palais de l’Escurial, instaura une
bureaucratie verticale et adopta un style autoritaire afin de réussir
le passage si difficile de la conquête à l’administration avec quelques
ratés dont le plus célèbre, celui de la défaite de l’Invincible Armada,
est relaté presque jour par jour.

La narration dépeint également Philippe II comme un politique où
malgré quelques postures idéologiques, le roi d’Espagne fut avant
tout guidé par une forme de cynisme. Il est ainsi paradoxal que ce
fut, pour cet « homme du passé » pour emprunter les mots d’un
ancien président de la République, sa seule modernité.

Par Laurent Pfaadt

Francis Dupau, Philippe II, l’apogée du Siècle d’or espagnol,
Chez Perrin, 480p.

NAKED LOVE

PREMIERE: DO 10.06. | 20:00 Uhr | Saal E-Werk Freiburg
Streaming Termin: DO 10.6. | 20:00 Uhr über infreiburgzuhause.de
Weitere Termine: FR 11.06. | SA 12. 06. jeweils 20:00 Uhr
SO 13.6. | 19:00 Uhr || Saal

Foto©Jennifer Rohrbacher

„Alte Wege werden verlassen, neue Wege neugierig begangen …“

Ausgehend von einer zehnmonatigen Interviewrecherche zum
Thema „Wie liebst du? Liebe in einer sich transformierenden
Gesellschaft” entwickelt die DAGADA dance company mit ihren fünf
Tänzer*innen eine berührende Tanzsprache, die in zehn Episoden
einen Reigen von zarten, schmerzenden, tabuisierten,
hoffnungsvollen Begegnungen eröffnet.

Dabei geht es um Themen wie multiserielle Monogamien,
Patchwork, Einsamkeit, Asexualität, Dauerdating, Pornokonsum
oder die Ökonomisierung von Liebesdiensten – der Blick auf heutige
Beziehungsrealitäten eröffnet Konfliktpotential. Aber es gibt auch
die Suche nach neueren, freien Formen der Liebe.

NAKED LOVE ist keine getanzte Gesellschaftskritik, sondern der
Versuch, das unaussprechlich Wesentliche im Menschen und der
Liebe unserer Zeit zu begreifen: Zulassen und loslassen als
unabdingbare Regel in der Liebe.

Im Rahmen der „DANCE DATES – Die Dating-Plattform für
zeitgenössische Tanzstücke“ wird am 10. Juni im Anschluss an die
Premiere von „NAKED LOVE“ die Filmaufnahme des Stückes „A
Litte too Close“ des Choreografen Edan Gorlicki gezeigt. Dieses
DANCE DATE ermöglicht die Begegnung zweier Choreografinnen
und ihrer Produktionen und schließt mit einem Choreografinnen-
Nachgesp

Eine Produktion des E-WERK Freiburg in Kooperation mit
tanznetz|freiburg und dem Kulturamt Freiburg.

NAKED LOVE
A love circle in dance | DAGADA dance company
Gefördert von TANZPAKT Stadt-Land-Bund

MIT
Künstlerische Leitung: Karolin Stächele/DAGADA dance company
Choreografie: Karolin Stächele in Zusammenarbeit mit den Tänzer*innen
Konzept: Karolin Stächele, Sabine Noll
Tanz: Christian Leveque, Marco Rizzi, Jonathan Sanchez, Natalia Gabrielczyk, Simone Elliott
Dramaturgische Begleitung: Sabine Noll
Musik: Paul Tinsley
Bühne: Sönke Ober
Licht: Natalie Stark
Kostüm: Karolin Stächele
Produktionsleitung: Luka Fritsch
Assistenz: Katharina Ludwig
Projektleitung: Laila Koller/E-WERK Freiburg

E-WERK Freiburg
Eschholzstraße 77
79106 Freiburg
www.ewerk-freiburg.de

Assoluta, Béatrice Uria-Monzon

Assoluta servait à désigner, au XIXe siècle, les voix de ces divas à la
fois tragiques et tonitruantes, à l’aise aussi bien dans les aigus que
dans les graves.

Grace à sa voix à la fois sensible et puissante, à la tessiture douce
comme le velours et solide comme l’acier, entre mezzo et soprano,
Béatrice Uria-Monzon nous convie à un magnifique voyage dans cet
opéra italien qu’elle a chanté sur les scènes du monde entier.
Quelques airs connus comme le « Casta Diva » du Norma de Puccini
ou le « Pace, pace mio Dio » de la Force du Destin de Verdi,
semblable à un vent, feront frémir les néophytes. Des redécouvertes
comme ce magnifique « La Mamma morta » d’Andrea Chénier
d’Umberto Gioradano qui brille d’une incroyable émotion raviront
assurément les puristes. Le tout bien évidemment porté par un
orchestre haut en couleur et rompu au répertoire italien. 

C’est aussi l’occasion d’apprécier ce qui se fait de mieux dans l’opéra
italien. Moins médiatisée qu’une Netrebko ou qu’une Gheorgiu,
Béatrice Uria-Monzon n’en demeure pas moins l’une des plus belles
interprètes de ce répertoire. Il faut dire que la mode est aux
sopranos puissantes, capables de contre-ut à vous déchirer les
tympans. Avec Béatrice Uria-Monzon, la musique revient à sa
source, à ces divas qui inspirèrent les maestros italiens, à ces voix
qui ne cherchent pas à impressionner mais à inspirer, à ce souffle
enivrant et ténébreux. Plus qu’un astéroïde, ce disque invite ainsi à
contempler une étoile.

Par Laurent Pfaadt

Assoluta, Béatrice Uria-Monzon, Orchestra del Teatro Lirico Giuseppe Verdi di Trieste, dir Fabrizio Maria Carminati
Chez Aparté

Tea Rooms

Il y a près de vingt ans, assis à la table d’un célèbre salon de thé
madrilène, j’observais les clients, les serveuses, les churros trempés
dans le chocolat chaud. Je pris une photo sépia. Cette image m’est
subitement revenue en mémoire en lisant l’ouvrage de Luisa Carnés, 
Tea Rooms. Petit bijou littéraire ressurgi du passé – merci à ces
éditeurs intrépides, chercheurs de trésors – le livre de cette
ouvrière espagnole autodidacte décrit à merveille une Espagne pré-
républicaine au bord du gouffre de la guerre civile avec ses codes et
ses injustices.

Véritable chronique sociale, écrit dans un style alerte, sec, ne
laissant que peu de respiration au lecteur, Tea Roomsraconte, à
travers Mathilde, le quotidien des employés d’un salon de thé. Tirée
de sa propre expérience, Luisa Carnes nous dépeint avec ironie et
férocité, les rapports de pouvoir, les petites mesquineries
quotidiennes qui régissent ce salon de thé mais également, à travers
lui, cette société espagnole des années 30 où se croisent ouvriers,
militaires, acteurs en vogue et dévots. Il y a dans ces pages le
déclassement des unes, la survie des autres et les rêves brisées de
toutes. A travers les yeux de ces gens qui doivent travailler pour
survivre, de ces invisibles d’une autre époque, l’auteur déploie une analyse à la fois sociologique, comportementaliste, anthropologique
et politique. Il y a celles qui construisent leurs personnages, celles
qui souhaitent fuir leurs conditions, celles qui s’avilissent devant
l’autorité et celles enfin qui usent de faux-semblants pour ne pas
disparaître. La modernité du texte saute immédiatement aux yeux 
avec cette exploitation des plus pauvres et ces femmes-objets
réduites à leur physique. Toute l’humanité est là. Et au milieu, cette
fracture, cette « ligne de partage » entre riches et pauvres. « Bien
qu’on ne sache pas encore la définir avec des mots, on la voit, on la sent à
tout moment » écrit Luisa Carnés. Comme un séisme, cette ligne de
partage plongera, quelques années plus tard, l’Espagne dans le
chaos. Et les rêves brisés de quelques-uns deviendront les
cauchemars de tous.

Par Laurent Pfaadt

Luisa Carnés, Tea Rooms
La Contre allée, 254 p.

Concertus Musicus Wien

Les dieux rassemblés sur l’Olympe de la musique. C’est un peu à cela
que ressemble ce magnifique disque. Bien évidemment, on ne
présente plus le Concertus Musicus Wien. L’une des plus
prestigieuses phalanges baroques s’aventure une fois de plus avec
brio dans le répertoire classique avec deux œuvres emblématiques
de cette période, la 5e symphonie de Franz Schubert et la 99de
Joseph Haydn. Immédiatement, la fidélité aux œuvres saute aux
yeux. Intimité – une formation orchestrale réduite – et chaleur de
l’interprétation liée à l’utilisation d’instruments d’époque donnent
l’impression de se trouver dans un salon viennois ou londonien. 

Stefan Gottfried avait la lourde tâche de succéder au pupitre à la
légende Harnoncourt dont il fut l’assistant. Et il faut dire qu’il s’en
tire avec les honneurs. Sa direction souple et alerte met
astucieusement les œuvres en valeur, surtout la 5e de Schubert
qu’Harnoncourt affectionnait particulièrement après une Inachevée
inquiétante, mystérieuse particulièrement réussie. La captation live
dans l’écrin du Musikverein de Vienne, haut lieu de la musique
viennoise, permet surtout, grâce au chef et ses musiciens, de les lier
et de comprendre l’influence qu’eut Haydn sur le jeune Schubert. Du
grand art assurément.

A écouter également : Schubert : (Un)finished, Symphony 7, Lieder,
Concertus Musicus Wien, dir. Stefan Gottfried, Aparté

Par Laurent Pfaadt

Schubert : symphonie n°5, Haydn : symphonie n°99, Concertus Musicus Wien, dir. Stefan Gottfried,
Chez Aparté