Archives de catégorie : Ecoute

Cinquante nuances de rock

© Brian Marks

Le mythique
groupe de blues-
rock fête ses
cinquante ans.
Cela valait bien
une anthologie de
légende

Cinquante ans.
Rares sont les
groupes pouvant
se targuer d’une telle longévité. Peut-être les Rolling Stones et
pourtant eux, à l’inverse des ZZ Top, ont modifié à plusieurs
reprises leur formation initiale. Depuis 1969, Billy Gibbons, Dusty
Hill et Frank Beard, reconnaissables à leurs looks et au show
permanent qu’ils offrent à leurs fans, remplissent les salles du
monde entier. Il suffit de quelques accords de guitare imités par
des millions de fans et de tutos sur youtube pour reconnaître,
immédiatement, leurs innombrables tubes.

Pour fêter dignement cet anniversaire, le légendaire trio nous
offre ce formidable cadeau, cet album Goin’50 édité par leur label
historique, Warner, qui rassemble leurs plus grands tubes, de leurs
débuts avec notamment l’album Tres hombres et son mythique
titre La Grange enregistré dans les studios Ardent à Memphis – le
groupe prit d’ailleurs l’habitude d’enregistrer là-bas jusqu’à
Rythmeen en 1999 – à leur retour récent aux racines du blues en
passant par leurs succès des années 80-90 comme Rough Boy,
Sharp Dressed Men ou Gimme all your lovin. Cette compilation
permet ainsi de mesurer pleinement les influences ainsi que les
styles musicaux qui ont nourri les trois Texans. Enfants de B.B.
King, de Muddy Waters, les ZZ Top ont ainsi créé, au fil de leurs
albums, leur propre son.

La saga des ZZ Top commence, selon la légende, avec la guitare
offerte à Billy Gibbons par Jimmy Hendricks. Puis vint le nom en
hommage à B.B. King, Z.Z. King devenant Z.Z. Top. Mais à travers
leur musique, les ZZ Top représentent aussi un condensé de
culture américaine, de l’industrie automobile américaine
triomphante à la conquête spatiale, symbolisée par cette Ford B
rouge de l’album Eliminator (1983) qui s’écoula à près de quinze
millions d’exemplaires devenue navette spatiale dans Afterburner
(1985). Mais assez parler, il est temps de monter le son !

Par Laurent Pfaadt

ZZ Top, Goin’ 50, 3 CDs, Wea,
Warner music

Matriochka

Portée par une
grande interprète,
le charme de la
harpe opère à
chaque fois. Dès
les premières
notes, cet
instrument,
comme béni des
dieux, transporte
chaque auditeur
vers un ailleurs
féerique. La
harpiste Alexandra
Luiceanu fait incontestablement partie de ces muses qui vous
ensorcèlent. Et lorsque le sortilège vous emporte vers la grande
musique russe, il est impossible voire même déconseillé de
résister.

Sur ce disque, la magie de la harpe d’Alexandra Luiceanu produit
immédiatement son effet. Elle nous plonge dans une sorte de
rêverie musicale, dans un voyage hors du temps. Pièces originales
et transcriptions se succèdent et progressivement se dévoilent
tous les visages de l’âme romantique et notamment celui de cette
Russie éternelle dont elle fait revivre avec majesté, les grandes
heures. Alors, laissez-vous aller et fermez les yeux.

Par Laurent Pfaadt

Matriochka: Romantic Fantaisies & Transcriptions from Russia
par Alexandra Luiceanu,
Evidence

Florilège baroque

L’ensemble
Amarillis figure
parmi les
meilleures
formations
baroques
françaises. Dirigé
par Héloïse
Gaillard,
l’ensemble a joué
avec les meilleurs
solistes et les plus
belles voix,
notamment celles
de Karine Deshayes et de Sonia Yoncheva. A l’occasion de son 25e
anniversaire, il nous propose un petit florilège de son répertoire.

Véritable voyage dans l’Europe baroque, de la France de Louis XIV
à l’Italie en passant par l’Angleterre d’un Haendel ou d’un Purcell,
ce florilège est également l’occasion de mesurer l’extraordinaire
maîtrise du répertoire de l’ensemble qui fait cohabiter
monuments et petits bijoux oubliés. Légèreté d’un Telemann,
mélancolie d’une chaconne d’Haendel, ces instrumentistes de
talent et en premier lieu les bois d’Héloïse Gaillard sont rejoints
par les voix irremplaçables de Patricia Petitbon, particulièrement
émouvante dans Mancini et de Stéphanie d’Oustrac, magnifique
dans le lamento de Didon ou dans la Médée de Clérambault. Plus
qu’une découverte, une confirmation donc.

Par Laurent Pfaadt

Florilège baroque, Ensemble Amarillis,
Evidence

Zones

Virtuose dès son
plus jeune âge et
élève de Pierre
Hantaï, la
claveciniste
américaine Lillian
Gordis nous
embarque
littéralement dans
l’univers de ce
Scarlatti qu’elle
connaît
particulièrement
bien. Baptisé
Zones, son album surprend par sa liberté artistique. Son
interprétation témoigne d’une fluidité impressionnante combinée
à une prodigieuse virtuosité et laisse entendre un Scarlatti
rafraîchi. Et s’attaquer à ce dernier tant au piano qu’au clavecin
requiert assurance et maîtrise technique. On ne s’y risque pas
sans dégâts et il faut être Ivo Pogorelich ou Pierre Hantaï pour
oser se confronter au maître.

Audace de la jeunesse ? Travail acharné ? Inspiration du maître ?
Peut-être les trois finalement tant l’interprétation de Lillian
Gordis semble aérienne et profonde à la fois. En tout cas, rendons
grâce à la musicienne d’honorer d’une si belle manière ce génie
révolutionnaire injustement oublié. Peut-être le clavecin tel que
vous ne l’avait jamais entendu…

Par Laurent Pfaadt

Zones,
Domenico Scarlatti, Lillian Gordis,
Paraty

Rains

Le nouvel
enregistrement
des percussions de
Strasbourg
consacré à la
création
contemporaine
japonaise permet
de se familiariser
avec cet univers
singulier et
emprunte à la
tradition musicale
du Japon pour le
confronter à la modernité. De ces interprétations, une nouvelle
fois superbement maîtrisées et qui fait la renommée mondiale des
percussions de Strasbourg, découle une palette assez large
d’émotions : à l’oppression ressentie chez Hosokawa et Kishino
succède celle, plus martiale et plus primitive, de Yoshihisa.

Rain Tree de Toru Takemitsu, certainement le compositeur nippon
le plus célèbre, appartient à un autre monde. Littéralement «
l’arbre de pluie », l’œuvre se veut moins une démonstration qu’une
inspiration. L’utilisation du vibraphone combinée aux marimbas
procure une sensation de poésie, presque de rêve, un peu comme
les mots de Kenzaburō Ōe. Une fois de plus, avec ce disque, les
Percussions de Strasbourg jouent les avant-gardistes. Il est
toujours agréable de trouver des musiciens et des formations
musicales prêtes à sortir des sentiers battus et à proposer des
créations de compositeurs amenés très certainement, dans
plusieurs décennies, à devenir des classiques.

Par Laurent Pfaadt

Rains
Hosokawa – Kishino – Taïra – Takemitsu,
Les Percussions de Strasbourg,
Outhere, Believe Digital

Salieri expose ses talents

Un opéra méconnu
du compositeur
viennois. Une
splendide
redécouverte

Tout le monde
connait les Noces de
Figaro
d’après
Beaumarchais. Peu
en revanche savent
que ce dernier
écrivit la pièce
ainsi que le livret
de l’opéra Tarare d’Antonio Salieri, le compositeur jaloux du génie
de Mozart dans le film Amadeus. Grâce aux Talens lyriques et à
son chef, Christophe Rousset, il est enfin possible d’apprécier ce
petit bijou dans son intégralité. Il faut dire que le chef ne
s’aventure pas en terrain inconnu puisqu’il a mis en musique l’an
passé les Horaces de ce même Salieri qu’il affectionne par ailleurs (voir interview).

De Paris au Japon en passant par Bucarest ou Vienne, la formation
musicale des Talens lyriques est aujourd’hui incontestablement
l’un des meilleurs ambassadeurs de la musique baroque française.
Elle brille une fois de plus dans cette interprétation qui mêle
intelligemment le lyrisme d’un Salieri et l’espièglerie de
Beaumarchais sans omettre le message politique de ce dernier. Il
faut dire que le maestro s’est appuyé sur l’excellent centre de
musique baroque de Versailles toujours enclin à promouvoir des
pans méconnus du répertoire français.

Les habituels compagnons de route de Christophe Rousset et
devons-nous dire de Salieri sont, une nouvelle fois, réunis : Judith
van Wanroij, impériale dans la Nature et Spinette notamment
dans le Prologue, Tessis Christoyannis et Cyrille Dubois qui
interprète le rôle-titre de Tarare. Ils sont rejoints par de nouvelles
voix dont Enguerrand de Hys et surtout par l’une des plus belles
sopranos françaises, Karine Deshayes qui campe une sublime
Astasie, la bien-aimée de Tarare. Sa voix puissante et
charismatique explose véritablement dans son duel avec Spinette
dans le quatrième acte, venant ainsi couronner une production en
tout point réussie.

Les Talens lyriques seront dans les prochains mois au Théâtre des
Champs-Elysées (24 septembre),
à l’arsenal de Metz (30 novembre) et
au Wiener Staatsoper de Vienne (8-15 novembre).
A ne pas rater donc.

Par Laurent Pfaadt

Antonio Salieri, Tarare, Les Talens lyriques,
dir. Christophe Rousset, Aparté

Mavis Staples

Dans l’un de ses
plus beaux live,
Hope at the Hideout
(Anti, 2008), Mavis
Staples promettait
à son public de
revenir. Avec We
get by
(« On fait
face »), elle a tenu
sa promesse et de
quelle manière ! En
compagnie d’un
Ben Harper qui a produit et écrit ce
disque, elle nous offre certainement après You are not alone (Anti,
2010) l’un de ses plus beaux albums. La patte blues-rock du
chanteur qui s’offre un duo avec Mavis Staples sur la chanson
éponyme de l’album est immédiatement reconnaissable et produit
une merveilleuse alchimie.

Album après album résonne toujours l’ardent message d’amour et
de justice de Mavis Staples qui va au-delà de la musique. Sa voix,
ensorcelante, n’est pas uniquement un chant. C’est une prière,
continue, contagieuse sur ces accords portés par l’incroyable
guitare de Rick Holmstorm, compagnon de longue date de Staples,
notamment sur le titre Heavy in mind où perce une forme de
douleur mélancolique, non cicatrisée, celle qui s’étale sur la
pochette de l’album. Cette voix qui résonne depuis la marche de
Selma au côté de Martin Luther King contient un espoir, une force
qui ne s’est jamais tarie et qui, en ces temps agités, doit être
écoutée, entendue, relayée.

Par Laurent Pfaadt

We get by, Anti

Bach and Co

Après un détour
par la Venise
baroque dans un
disque salué par la
critique, Thibault
Noally et les
Accents nous
convie cette fois-ci
à un nouveau
voyage musical,
direction
l’Allemagne de
Bach et de ses contemporains. Ce
disque est, il faut le dire, assez plaisant puisqu’il oscille entre les
concertos des deux figures de proue du baroque allemand (Bach et
Telemann) et les œuvres de compositeurs quelque peu oubliés. Et
à l’écoute d’un Johan David Heinichen ou d’un Christoph Förster,
force est de constater que la figure du cantor de Leipzig a parfois
été injuste avec ses contemporains que l’histoire musicale a réduit,
à tort, à des acolytes.

Ce plaisir ne serait rien sans la très belle interprétation de cette
formation musicale dont la plastique est proprement stupéfiante,
capable de se mesurer à la puissance bachienne (avec seulement
deux violons !) et d’adopter une approche proche de l’intime
comme dans le concerto de Johann Friedrich Fasch où le hautbois
d’Emmanuel Laporte fait des merveilles. Une belle découverte
donc.

Par Laurent Pfaadt

Les Accents, Thibault Noally,
Aparté

1939

Ces trois concertos
pour violon
composés en 1939
et regroupés ici
offrent, de la
Grande-Bretagne à
la Hongrie en
passant par
l’Allemagne, un
panorama musical
de cette année
1939. Ceux de
Walton et de Bartók sont les
plus connus à la différence du concerto funèbre de Karl Amadeus
Hartmann, inspiré par l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1938
mais joué pour la première fois en 1959.

La tension est immédiatement palpable, la violoniste Fabiola Kim
parvenant magnifiquement à retranscrire cette angoisse, bien
soutenue par un orchestre très à l’écoute. Son violon est lumineux,
excellant aussi bien dans les morceaux de bravoure que dans les
mouvements plus lents en leur conférant un supplément d’âme qui
accentue cette dramaturgie qui se dégage de ces œuvres. Fabiola
Kim qui assume sans complexité l’héritage des monstres sacrés
qui ont porté ces œuvres (Heifetz, Schneiderhan et Szekely) ne
devrait donc pas rester longtemps une inconnue du grand public.

Par Laurent Pfaadt

Violin Concertos by Bartók, Hartmann and Walton – Fabiola Kim –
Münchner Symphoniker,
dir. Kevin John Edusei,
Solo Musica, Sony

Wilhelm Furtwängler, The Radio Recordings (1939–1945)

Drôle de sensation à
l’écoute de ce coffret
qui se veut être
autant un voyage
dans l’histoire de
l’orchestre le plus
prestigieux du
monde en compagnie
de la légende
Furtwängler qu’un regard perplexe d’une musique mise au service
du plus grand totalitarisme du 20e siècle. Car comment ne pas
écouter les Maîtres chanteurs de Nuremberg de Richard Wagner
sans penser à la jubilation du Führer et aux millions de morts de la
Shoah ? Car cette musique est indissociable de l’histoire qu’elle
servit.

Il n’en demeure pas moins que ce prodigieux travail de restauration
qui a permis de retrouver le son originel, sert un coffret contenant
de véritables pépites et des interprétations de légende à jamais
inégalées comme par exemple le quatrième concerto de Beethoven
par Conrad Hansen ou l’interprétation de la première symphonie du
maestro. Ces concerts font au final de ce coffret, une pièce
indispensable à la discothèque de tout mélomane et de tout
admirateur des Berliner Phliharmoniker.

Par Laurent Pfaadt

Berliner Philharmoniker recordings